Palestine blocus

CCFD-Terre Solidaire


Cet article est extrait du site http://www.ccfd.asso.fr


 
dossiers et documents
Les communiqués de presse

La Palestine sous blocus

FDM juin 2006
La situation sociale des Palestiniens se dégrade en raison des sanctions internationales. Un contexte délicat pour mener un débat sur la démocratie et les relations avec Israël.


Un processus électoral exemplaire dans un pluralisme authentique a abouti à l'arrivée au pouvoir du parti islamiste : le Hamas, issu de la mouvance des Frères musulmans, à l'issue des élections législatives palestiniennes, le 25 janvier. Il a obtenu une large majorité de 74 sièges sur 132 au sein du conseil législatif palestinien, soit 56 % avec néanmoins une majorité relative au niveau national. Un résultat d'autant plus traumatisant que le Hamas a soutenu la stratégie des attentats contre les civils israéliens (il respecte néanmoins une trêve depuis un an) et figure donc sur les listes des organisations terroristes.

Dès l'entrée en fonction du nouveau gouvernement (le 29 mars), les États-Unis (le 8 avril), suivis par l'Union européenne, et progressivement l'ensemble des bailleurs internationaux décident de sanctions financières. Ils exigent du Hamas qu'il reconnaisse l'État d'Israël, renonce à la violence et endosse les accords signés par l'Autorité palestinienne, en particulier la « feuille de route » censée définir les étapes d'un règlement définitif du conflit.
L'Autorité palestinienne dépend de trois principales sources de financements : les taxes (environ 30 millions par mois), la Tva et les droits de douane perçus par le gouvernement israélien pour le compte de l'Autorité palestinienne (60 millions par mois), les financements extérieurs (1,1 milliard de dollars en 2005, dont environ 500 millions versés par les pays européens, loin devant les pays arabes et les États-Unis).


Les prélèvements intérieurs sont en chute libre. Les aides directes internationales ont toutes été suspendues. Et Israël bloque les versements des sommes dues, y compris les aides exceptionnelles proposées par des pays arabes, qui doivent transiter par les banques israéliennnes. Un blocus financier impitoyable !

L'avertissement de la Banque mondiale


Le premier résultat, le plus tangible, c'est que les 152 000 fonctionnaires ne perçoivent plus de salaires alors qu’ils font vivre environ un million de personnes, soit un quart de la population. À Gaza, 40 % de ceux qui travaillent sont fonctionnaires ! 16 % en Cisjordanie.

L'effet domino est dévastateur, d'autant plus que la suppression des permis de travail en Israël a déjà affaibli considérablement la résistance sociale de la société palestinienne. Nombre d'investissements nécessaires au développement sont bloqués. Les entreprises qui dépendent des marchés publics n'ont plus de travail. La consommation est en chute libre. Les commerçants ne peuvent pas allonger les ardoises indéfiniment, ne peuvent plus payer leurs fournisseurs et les banques exigent le remboursement des emprunts. L'Autorité palestinienne et les fonctionnaires leur doivent un milliard d'euros et l'effondrement financier serait une affaire de semaines.

Les scénarios pronostiquent la chute des services publics. « Des structures complexes comme les systèmes scolaires ne sont pas des machines qui peuvent être arrêtées ou démarrées en appuyant sur un bouton », avertit la Banque mondiale, dans un rapport du 7 mai sur la crise palestinienne. Elle estime que, dans le pire des scénarios, deux Palestiniens sur trois tomberaient sous le seuil de pauvreté d'ici la fin 2006 (56 % en 2005), que le taux de chômage pourrait dépasser 60 %…

Aides humanitaires

Le Quartet diplomatique (Nations unies, États-Unis, Union européenne, Russie), chargé de suivre l'application de la « feuille de route », n'a retenu de la proposition française de faire transiter les fonds via la Banque mondiale et la présidence palestinienne, que la possibilité d'accorder des aides humanitaires. Ce qui est loin de suffire pour faire fonctionner une économie.

Pas plus que la décision du gouvernement israélien de prélever 9 millions de dollars pour financer des achats de médicaments, et de continuer à payer sur les fonds qu'il retient, les fournisseurs israéliens de l'Autorité palestinienne (compagnies d'eau, d'électricité…) qui eux ne seront donc pas lésés par le blocus. Les Ong palestiniennes de leur côté ont prévenu : « Ne comptez pas sur nous pour nous substituer à un gouvernement choisi démocratiquement ». De toute façon, elles n'en ont ni la vocation, ni les moyens.

Avant de remettre sa démission le 1er mai, l'envoyé spécial du Quartet au Proche-Orient, l'Australien, James Wolfensohn, ancien directeur de la Banque mondiale, avait déclaré visiblement amer : « Je serais surpris que quelqu'un sorte gagnant de la fin de la scolarisation des enfants ou d'une famine palestinienne. Et je ne crois pas que des membres du Quartet pensent que cela puisse constituer une politique viable ».

L'idée est de faire plier le Hamas. Pourtant « il est difficile d'imaginer comment l'Autorité palestinienne pourrait remplir les conditions posées par le Quartet si elle n'est plus opérationnelle », relève encore la Banque mondiale.
Les partisans du blocus sont-ils prêts à admettre que le Hamas cessera d'être un mouvement terroriste s'il consent aux conditions posées ? On peut se demander quel est alors le terme envisagé à la sanction ?
Un changement politique intérieur ? Le bon sens indique que l'opinion palestinienne ne pourra pas tenir le Hamas pour responsable de la situation. L'expérience démontre aussi que chaque avancée dans le processus de paix a eu pour effet de diminuer sa popularité. Et inversement.

Nous avons beaucoup perdu

L'argument du terrorisme ne résiste guère non plus à l'examen. Payer les enseignants et les médecins relève-t-il du financement du terrorisme ?
Pourtant l'opinion palestinienne a beaucoup évolué ces dernières années. Les sondages indiquent qu'avant les élections, plus d'un Palestinien sur deux est pour l'arrêt des opérations armées, plus de 40 % rejettent les attaques contre les civils, 66 % sont pour une issue négociée, 58 % sont en faveur de la solution de deux États tandis que 22 % croient en un État multiconfessionnel unique garantissant les droits de tous. On est loin d'une opinion radicale.

Les Palestiniens n'ont pas attendu les pressions extérieures pour mettre leur stratégie en débat. Suleyman al-Chatib de Bethléem, issue d'une lignée de militants de la cause nationale, cadre du Fatah et emprisonné pendant la première Intifada, milite aujourd'hui au sein d'une association israélo-palestinienne, Combattants pour la paix. Avec beaucoup d'autres, il pose une question simple « Quel est le rapport coût-bénéfice de la militarisation de l'Intifada et des attentats ? Nous avons beaucoup perdu ! »

Plus significatif, alors que la tension entre le Hamas victorieux aux élections et le Fatah atteignait un niveau préoccupant, des prisonniers du mouvement national, toutes tendances confondues, Hamas compris, lançaient un appel pour renoncer définitivement aux attentats en Israël. Leur contribution équivaut également à une reconnaissance d’Israël. Elle pourrait servir de base à un référendum en juillet.

Les facteurs extérieurs risquent donc plutôt de fragiliser ces avancées. Le déséquilibre des relations internationales en faveur d'Israël, l'incapacité de l'Europe à peser pour faire valoir une autre approche, l'impunité dont jouit le gouvernement israélien à l'encontre de tous les engagements pris dont ceux de la « feuille de route »… ont détruit toute confiance dans la possibilité d'un règlement équitable. Si bien qu'aujourd'hui, ce n'est pas le regret d'avoir voté Hamas qui s'exprime, mais plutôt la tentation de s'en remettre à l'Iran pour faire contrepoids. Une dégradation supplémentaire des termes du conflit à laquelle personne n'a rien à gagner.

Thierry Brésillon

comité catholique contre la faim et le développement
CCFD-Terre Solidaire - 4, rue Jean Lantier - 75001 Paris - Tél : 01 44 82 80 00 - Fax : 01 44 82 81 43 - Mentions légales