Tribune Arche de Zoé

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Arche de Zoé. Impuissants au delà des Pyrénées ?

13 novembre 2007
Tribune parue dans La Croix le 13 novembre 2007.


A propos de l’arche de zoé et plus largement de la situation au Tchad et au Soudan. « C’est bien triste ! » Tel est le sentiment que j’entends le plus souvent à propos de cette affaire. Triste sûrement, mais aussi révélateur.

Quels sont les faits ?  En 2003 en réponse à un raid de « rebelles » au Darfour, le gouvernement soudanais réplique par une violence disproportionnée, et à travers ses « janjawids », crée les conditions d’un drame humain sans précédent dans la région : 200.000 morts, 2,2 millions de personnes déplacées, renforcement durable de la pauvreté dans les provinces frontalières du Tchad voisin, par la fuite de réfugiés au-delà de la frontière.

Comment réagit la Communauté internationale ? De sommets confus de l’ONU à de fausses réunions de l’Union Africaine, elle montre son impuissance à résoudre de tels conflits où s’entrecroisent pêle-mêle des intérêts politiques locaux et nationaux, économiques (touche pas à mon pétrole !) et ce qu’il faut bien appeler des mauvaises habitudes que l’on peut qualifier pudiquement de « néo-coloniales ».

Les ONG d’urgence réagissent comme elles peuvent et, que ce soit à Abéché ou au Darfour font un travail admirable, elles font leur métier. Des journalistes mènent des enquêtes. Depuis quatre ans !

Parallèlement, l’opinion publique occidentale se tient donc au courant par les journaux, les télés mais aussi par le web ; Sans doute nos dirigeants n’ont-ils pas encore mesuré un des effets de l’internet. Pourquoi les citoyens des pays riches ne réagiraient-ils pas devant tant de misère humaine ? Certains se laissent embarquer dans des raisonnements un peu trop simples : « Et pourquoi est-il si difficile, pénible et long d’adopter des enfants à l’autre bout du monde ? Alors allons-y et faisons-le-nous même !! »

Entendons-nous : bien sûr il est difficile aux hommes décideurs politiques, qu’ils soient français, américains, tchadiens, soudanais ou chinois de s’entendre en bonne intelligence pour résoudre un conflit aussi grave; bien sûr, il est inacceptable ne serait-ce que d’imaginer des opérations comme celles de l’arche de zoé, où la condition des enfants « à sauver » n’est pas vérifiée ; bien sûr, il est pour le moins imprudent de verser quelques milliers d’euros à une association qui ne présente pas de solides références.

Cet événement doit nous pousser à secouer nos gouvernements : qu’avez-vous fait pendant quatre longues années pour la population du Darfour, pour les réfugiés ? Les dirigeants soudanais ne sont que très peu sanctionnés dans les faits, les forces de l’ONU et de l’Union africaine tardent à se déployer…  Comment, vous, toujours prêts a expliquer à l’opinion publique votre puissance, êtes-vous si prompts à déclarer votre incapacité à résoudre de tels drames ? Comment garder la tête haute alors que la résolution de cette crise est de fait beaucoup trop lente ?  Des opérations aussi lamentables que cette arche de zoé pourraient-elles voir le jour si vous agissiez plus vite et avec plus de courage ?

Voilà ce que nous pouvons faire, nous, citoyens des pays du nord : demander des comptes aux organismes internationaux, aux gouvernements qui nous représentent aux organismes des Nations Unies ; qu’ils se réveillent et démontrent, par des actes forts, qu’ils sont effectivement en mesure de trouver des solutions à ces conflits régionaux : sinon à quoi servent-ils ?


Antoine Malafosse
Délégué Général
Comité catholique contre la faim et pour le développement



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