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Cet article est extrait du site http://www.ccfd.asso.fr


 
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Les communiqués de presse

Forum social mondial : L'Afrique fait entendre sa voix

FDM mars 2007
Reportage au Forum social mondial de Nairobi, du 20 au 25 janvier 2007.


Organiser un Forum social mondial en Afrique était une gageure. Du 20 au 25 janvier dernier, Nairobi a accueilli le 7e rendez-vous des altermondialistes. Au-delà des rituelles manifestations festives, des milliers d’ateliers qui s’enchaînent à rythme effréné, des débats suscités sur la place des pauvres dans le Forum social, une étape a été franchie : l’élargissement aux organisations africaines d’une société civile mondialisée pour ériger un contre-pouvoir citoyen face aux États et aux grands opérateurs économiques qui façonnent la mondialisation.

À l’heure de tirer les enseignements du 7e Forum social mondial qui s’est tenu du 20 au 25 janvier dernier à Nairobi au Kenya, le premier réellement mondial du genre organisé sur le continent africain (Bamako au Mali, avait accueilli en 2006, l’un des trois Forums de l’édition « polycentrique »), il y a toujours les adeptes du verre à moitié vide et ceux du verre à moitié plein.
Côté verre à moitié vide, on note une participation en-deçà des 80 à 100 000 personnes annoncées. Le FSM aura réuni moins de 50 000 participants. Des galères de logistique, des insuffisances de traduction, des lacunes dans l’information des participants... Mais rien de vraiment surprenant pour un événement où se tiennent en quatre jours des milliers d’ateliers, où doivent converger, manger, boire et travailler des dizaines de milliers de personnes.
Plus substantiel, le décalage social entre le FSM et son contexte a suscité passions et débats. La « marchandisation » du Forum (restaurants, eau payante...), la présence policière de plus en plus visible (dans une des villes les moins sûres d’Afrique) ont été dénoncées, non sans arrière-pensées politiques. Mais de fait, l’écart était sensible entre un environnement particulièrement pauvre, pourtant au cœur des préoccupations de ceux qui veulent agir pour un autre monde, et l’univers de militants instruits, disposant d’un pouvoir d’achat, même modeste, mais bien au-dessus de celui des millions de Kenyans dont le revenu quotidien est d’à peine un dollar par jour. La faiblesse de la présence populaire dans les allées du Forum contrastait avec les éditions précédentes. Notamment avec celles de Porto Alegre ou de Mumbay en 2004.

Au total plus de 35 000 Africains

Le prix d’entrée mis en cause (500 shillings pour les Kenyans, environ 5 dollars), n’était pourtant probablement pas le vrai problème. D’abord parce que sept mille personnes ont bénéficié d’un tarif à 50 shillings grâce à la contribution d’organisations d’Église locales, avant que ne soit décidée l’entrée gratuite du Forum. Ensuite parce que le Kenya n’est ni l’Inde, ni le Brésil, connus pour leurs mouvements populaires forts, organisés, profondément ancrés dans les milieux pauvres comme le sont, par exemple, les Sans-terre brésiliens, ou les Intouchables/Dalits en Inde.
Et précisément, c’était tout l’intérêt de tenir un Forum social en terre africaine : donner une impulsion à une société civile encore entre dépendance à l’égard des bailleurs de fonds européens, héritage pesant des dictatures et formes traditionnelles d’organisation sociale. En ce sens, les adeptes du verre à moitié plein ont de quoi alimenter leur optimisme. Des citoyens de pays jamais représentés au FSM – Ethiopie, Somalie, Soudan, Ouganda... – 1 500 Tanzaniens, plusieurs centaines de Sud-Africains... y ont pris part. Au total, plus de 35 000 Africains (dont une grande majorité de Kenyans) alors qu’habituellement, ils ne se comptaient que par dizaines.
Ensuite, le Forum a joué son rôle de catalyseur d’énergie. Ceux qui venaient pour la première fois ont découvert que leur action isolée s’inscrit dans une vaste mouvance mondiale. Ainsi, les Kenyanes de la petite association « Les filles de Mumbi » (du nom de la mère fondatrice des Kikuyu, ethnie majoritaire au Kenya) venues vanter les mérites de la consommation de plantes locales au lieu de produits importés, se sont rendu compte que leur message correspondait à tout le travail entrepris à l’échelle mondiale sur la souveraineté alimentaire...
Les associations européennes, maghrébines et africaines qui traitent de la migration et avaient vécu des moments poignants de convergence lors du Forum social de Bamako l’an dernier, ont créé cette fois des liens avec des associations nord-américaines et asiatiques... On n’en finirait pas de dresser l’inventaire des transformations personnelles, des actions décidées en commun, des rapprochements suscités par le Forum. Prochain rendez-vous en 2009.


Thierry Brésillon

Une autre France-Afrique est possible

À Cannes, lors du Sommet France-Afrique du 15 au 17 février dernier, le président Chirac a fait ses adieux aux dirigeants africains. L’élection présidentielle ouvre la perspective d’une nouvelle ère dans cette relation spéciale, dont l’histoire, façonnée par des réseaux occultes, a été jalonnée de grands projets de coopération, mais aussi de scandales, d’interventions militaires et d’amitiés sulfureuses (Eyadéma, Mobutu…).
Pour la première fois, des responsables d’associations africaines ont pris l’initiative d’interpeller les candidats français à la présidentielle pour les appeler à assainir cette relation. L’initiative est appuyée par le CCFD et un atelier a été organisé lors du FSM pour débattre d’une proposition de texte.
« Le développement des pays pauvres est le grand absent du débat électoral en France, sauf quand il est évoqué comme rempart à l’immigration », a déploré Jean Merckaert, chargé du programme Financement du développement au CCFD, en ouverture de cet atelier.
Finalisé à l’issue du FSM et signé par cent cinquante organisations et réseaux de vingt pays africains, le texte demande que la France construise une nouvelle relation avec l’Afrique « sur la base de la vérité, de la justice, de la légalité et de la liberté ». En rupture avec une politique qui « favorise le maintien au pouvoir de chefs d’État […] dont les traits communs restent le pillage, le gaspillage des ressources publiques, les massacres d’innocents… ».

Des actes forts
Les signataires demandent en particulier au futur chef de l’État français de poser des actes forts dès le début de son mandat pour marquer l’entrée des relations avec l’Afrique dans une nouvelle ère (publier par exemple, les accords secrets militaires et de coopération conclus avec certains gouvernements africains). Ils appellent à l’instauration « de règles commerciales et économiques internationales transparentes qui bénéficient à toutes les populations africaines », notamment en suspendant les négociations sur les Accords de partenariat économiques ou en réglementant les industries qui exploitent les ressources naturelles africaines, et de renforcer la société civile pour contribuer à la démocratisation. Ce texte a été publié dans Le Monde le 12 février et dans plusieurs journaux africains.

Th. B.

Lire le texte de l'appel

Des Massaïs dans la délégation du Crid

La délégation du Crid* s’était enrichie d’une touche locale : un groupe de quatre Massaïs, vêtus de leur tenue traditionnelle (kikoy – pagne coloré – , colliers de perles et bijoux en argent). Rien de folklorique, leur affaire est sérieuse : « Nous avons de gros problèmes depuis que la FAO (l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation) a planté, dans nos zones de pâturages une plante, le prosopis juliflora, [censée lutter contre l’érosion et fournir du bois de chauffage, ndlr]. Elle dégrade l’environnement, provoque des caries chez nos bêtes qui perdent leurs dents et meurent, donne à leur viande un mauvais goût si bien que nous ne pouvons plus la vendre », explique Edward Tamar, le plus âgé du groupe.
Membres d’une petite communauté de 30 000 à 40 000 personnes, les Ilchamus (Ceux qui voient loin) forment un des groupes les plus marginalisés du Kenya. Ils sont soutenus par la CMK (Communauté des musées du Kenya), partenaire d’une association membre du Crid : les Petits Débrouillards, dont le but est de promouvoir l’éducation scientifique. Ce sont eux qui ont fait venir les Iichamus au FSM.
« Nous sommes désavantagés par le fait que personne ne nous représente au Parlement, poursuit Edward. Nous avons donc saisi l’Agence nationale de gestion de l’environnement qui nous a donné gain de cause. Nous avons obtenu de la Cour constitutionnelle la création d’une circonscription électorale. Mais pour l’instant, rien n’a changé et nous sommes victimes d’intimidation. C’est pourquoi nous sommes venus au FSM pour nous faire entendre. »
Un pari réussi. À l’issue du Forum social, ils ont été reçus en audience par le président de la République du Kenya Mwai Kibaki.

Th. B.

Le Centre de recherche et d’information pour le développement regroupe les organisations françaises de développement, dont le CCFD.


Accords de partenariat économique
Une mobilisation africaine

Pendant plus de trente ans, les relations commerciales entre les pays européens et les pays dits Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) ont été régies par des accords donnant à ces derniers un accès préférentiel aux marchés européens. Ils doivent céder la place à la création d’une zone de libre-échange. À terme, les importations européennes auront accès aux marchés africains, dans les mêmes conditions que les produits africains, qui eux, pourront accéder au marché européen, sans droit de douane. Une symétrie trompeuse qui va placer en concurrence, notamment, une agriculture à dominante vivrière et familiale, avec une agriculture industrielle à hauts rendements. C’est ce principe que doivent mettre en œuvre des Accords de partenariat économique, en cours de négociation, à partir de 2008.
Les relations entre l’Europe et l’Afrique, réputées « inégales » et « prédatrices », ont été un des thèmes majeurs du FSM. « Les APE s’inscrivent dans cette logique, s’indigne Bonaventure Wakana, chargé des programmes de Acord-Afrique. C’est une mainmise sur l’Afrique ! Mais nous avons maintenant la capacité d’analyser, de nous organiser et de résister à cette nouvelle forme de domination. »


Relations inégales et prédatrices
La dénonciation des APE a donc logiquement émergé comme une des mobilisations phares du FSM. Acord a lancé une campagne sur le thème « Stop ! Think ! Resist ! » (Stop ! Réfléchis ! Résiste !), avec deux des principaux réseaux d’organisations agricoles africaines : le Roppa (pour l’Afrique de l’Ouest) et Pelum (pour l’Afrique australe). Cette campagne rejoint celle d’Oxfam en Europe, que relaie Oxfam-France/Agir ici.
Bonaventure exprime les inquiétudes que soulève la conclusion prochaine des APE : « Ils vont détruire la capacité de production d’une majorité de la population. Les petits propriétaires vont devenir des employés. Enfin les États vont voir leurs recettes fiscales diminuer du fait de la suppression des droits de douane, et donc voir leurs capacités s’affaiblir encore. »
Acord va lancer une vaste campagne de sensibilisation à la base. Pendant le FSM, cent cinquante scouts kényans ont fait signer des pétitions dans Nairobi et recueilli, en quatre jours, 35 000 signatures. Deux mille manifestants les ont remises à la délégation de la Commission européenne.
Le chef de la délégation, Eric van der Linden, est venu leur répondre, affirmant que les besoins de développement seraient pris en compte, les tarifs douaniers levés progressivement et les produits sensibles protégés. Rappelant que l’Europe est le plus gros contributeur dans l’aide à l’Afrique, il a soutenu que la concurrence était la meilleure manière de faire baisser les prix et de réduire la corruption. Des arguments qui n’ont pas convaincu un public concerné par l’appauvrissement des petits producteurs.

Th.B.

La mutation d'Acord

Le lancement de la campagne « Non aux APE » est pour Acord la concrétisation d’une transformation significative. Longtemps basé à Londres, ce consortium qui regroupe des associations de bailleurs de fonds européens (dont le CCFD) est devenu une alliance dirigée par des Africains, basée à Nairobi. Sa vocation est d’être désormais « un acteur du mouvement social africain, explique Bonaventure Wakana. Les problèmes auxquels sont confrontés les paysans que nous soutenons sont nos problèmes. Il faut que nous rentrions dans le débat sur les politiques publiques, plutôt que d’agir comme opérateur de programmes de développement. »
« Le changement d’état d’esprit des équipes salariées de techniciens en citoyens, demande un effort continu, explique-t-il. Mais nous devons surtout obtenir notre autonomie financière d’ici 2010. »

Mais que font les Scouts au CCFD ?

« Essayez de laisser ce monde un peu meilleur qu'il ne l'était quand vous y êtes venus. » Fort de cette recommandation extraite du testament de Robert Baden-Powell, fondateur du scoutisme, Antoine Dulin assure que les scouts ont toute leur place dans ce grand rendez-vous des altermondialistes.
Antoine était l’un des représentants des Mouvements et Services d’Église, membres du CCFD, présents à Nairobi. Participer au Forum social était un rêve pour lui. Autant pour l’expérience personnelle, que pour faire vivre une certaine idée du scoutisme. « Le quatrième axe de notre projet pédagogique est Habiter la planète autrement. Pas simplement en vivant proche de la nature, mais en contribuant à former des citoyens responsables et solidaires, convaincus que le monde peut être changé. » L’ouverture à l’international, la confrontation à d’autres cultures est cruciale, dans cette prise de conscience. Le Forum social mondial, sur le continent africain où le scoutisme est particulièrement vivant, est un moment privilégié pour ce genre d’expériences. « Presque à la manière d’un Jamboree ! », s’amuse Antoine.
À l’issue de leur parcours, les scouts se voient offrir la possibilité de mettre en œuvre un projet de solidarité, dont une bonne partie s’effectue à l’étranger. Pour Antoine, à la fois membre du groupe Afrique du Service international des Scouts et Guides de France, et bénévole auprès de la Direction des études et plaidoyer du CCFD, le FSM était aussi l’occasion de renforcer les liens entre le CCFD et le Mouvement.

Sortir du pessimisme sur l’Afrique
Côté expérience personnelle, sa présence à Nairobi a été également fructueuse. « J’ai vécu des moments forts de rencontres avec des scouts de pays africains. J’ai été conforté dans l’idée que les sociétés des pays du Sud ont assez de compétences pour prendre en charge leurs problèmes et qu’il faut relativiser le rôle des associations du Nord. Il faut sortir du pessimisme concernant l’Afrique ! J’ai été passionné par le fonctionnement non-institutionnel, auto-géré du Forum social mondial. C’était une expérience enthousiasmante, enrichissante et unique ! »

Th.B.

A lire sur le site des Scouts et Guides de France, le témoignage d'Antoine Dulin.

 

De l’éducation à la transformation

Le CCFD proposait un atelier d’échanges de pratiques sur le thème « À quoi servent l’éducation au développement et l’éducation populaire ? » Plusieurs partenaires y ont pris part, ainsi qu’un groupe de Québécois impliqués dans l’action sociale alternative.
« En reliant directement les acteurs de transformation sociale et les acteurs de sensibilisation, l’éducation fait le lien entre le ici et le là-bas, entre la théorie et l’action », résume Denis Perdrix, chargé de la formation du réseau au CCFD et animateur de cet atelier. Cette rencontre a permis d’identifier trois enjeux pour l’éducation au développement et l’éducation populaire :
• Permettre une insertion sociale et citoyenne.
• Proposer une démarche de transformation personnelle, de libération individuelle, dans une optique de non-violence.
• Ouvrir à un travail de transformation sociale en proposant de nouvelles grilles de lectures du monde, en permettant un aller et retour permanent entre l’action citoyenne et l’analyse des phénomènes sociaux et politiques.

Th. B.

comité catholique contre la faim et le développement
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