Décision du Club de Paris sur la dette
irakienne
Main basse sur l'Irak
Dimanche 21
novembre, les 19 pays réunis au sein du Club de Paris ont convenu d'un
allègement de 80% de la dette irakienne.
Comme le craignait la
Plate-forme Dette et Développement, qui a manifesté le 17 novembre dernier
devant Bercy, cette décision est le résultat d'un vaste marchandage entre les
pays créanciers, soucieux de défendre leurs intérêts mais peu regardants du
droit international.
Un vaste marchandage
Les
Etats-Unis, pressés par les lobbies pétrolier et de la reconstruction,
réclamaient 95 % d'annulation ; la France, l'Allemagne et la Russie ne voulaient
pas concéder plus de 50 %. Au terme de quatre jours de négociations et au prix
de concessions envers Bush réélu, les pays créanciers se sont mis d'accord sur
deux points fondamentaux :
Main basse sur l'économie irakienne
Une première tranche
de 30% de la dette sera annulée au 1er janvier 2005, mais le reste (50%)
dépendra de la soumission du nouveau gouvernement irakien aux exigences du FMI,
lui-même contrôlé par… les pays membres du Club de Paris ! Les pays riches ont
d'ailleurs tout fait pour conclure les négociations avant les élections du 30
janvier, afin d'assurer leur mainmise sur l'économie irakienne, sans prendre le
risque d'avoir à traiter avec un gouvernement plus légitime.
La Plate-forme Dette et Développement, soucieuse du respect de la
souveraineté de l'Irak, dénonce l'ingérence programmée du FMI dans la politique
économique irakienne.
Elle demande que l'annulation de la dette irakienne soit inconditionnelle,
dès qu'un gouvernement sera démocratiquement élu en Irak.
Auto-absolution des créanciers
Il serait scandaleux de
faire payer aux Irakiens une dette qui a servi les desseins guerriers de Saddam
Hussein, comme il est scandaleux de faire payer aux Philippins la dette de
Marcos ou aux Nigérians, celle de la junte militaire. Chaque fois, les pays
créanciers ont une lourde responsabilité. Dans le cas irakien, ils ont
abondamment prêté au régime de Saddam Hussein pour financer la guerre
Iran-Irak.
Pourtant, les créanciers se sont bien gardés de reconnaître leurs
responsabilités, précisément pour " ne pas créer de précédent ", comme l'a
souligné le ministre allemand des finances, pour des pays comme les Philippines
ou le Nigeria.
La Plate-forme Dette et Développement appelle le
gouvernement français à faire toute la lumière sur ses responsabilités dans la
formation de la dette irakienne, par un audit complet des créances
concernées.
Elle lui demande de ne pas comptabiliser l'annulation de
la dette irakienne au titre de l'aide publique au développement (APD), tant que
l'impact positif des créances sur le développement de l'Irak n'est pas
démontré.