L'Amérique du Sud est un continent (ou un sous-continent) très vaste, avec des terres et des ressources naturelles à profusion. Et pourtant, dans presque tous les pays de la région, se pose la lancinante question de la terre, porteuse de tensions persistantes.
Le problème est d'abord historique, les terres ayant été dans une très large mesure confisquées par les conquérants, espagnols ou portugais, qui ont institué un régime de très grandes propriétés appelées latifundias. Cette situation d'accaparement du sol par une petite élite, des réformes agraires ont tenté de la corriger au siècle dernier, mais elles sont souvent restées lettre morte.
Les peuples autochtones, soucieux de récupérer le contrôle d'une partie au moins de leurs terres ancestrales, se mobilisent depuis plusieurs décennies. Leur effervescence s'est à l'usage révélée plutôt efficace ; à cet égard, les indigènes de l'Equateur ont fait figure de pionniers. En pleine forêt amazonienne, le peuple kichwa de Sarayaku s'est ainsi vu reconnaître la propriété collective de 140 000 hectares. « C'est une terre sans contamination, raconte leur porte-parole Tupak Viteri, avec des rivières saines, une faune et une flore abondantes. C'est une forêt primaire qui renferme beaucoup de richesse, naturelle et culturelle. Nous vivons de la terre, nous nous nourrissons des produits de la terre, des fruits de la pêche, de l'agriculture et de la chasse. Nous avons une relation directe avec la terre ».
Lire la suite...