Asha Hagi Elmi, Somalie

CCFD-Terre Solidaire


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paroles d'acteurs

Asha Hagi Elmi, Somalie

Une seule issue à la crise : le dialogue politique

Asha Hagi Elmi est présidente de "Sauver les femmes et les enfants de Somalie", partenaire du CCFD depuis 1995.

Figure éminente de la société civile somalienne, elle a joué un rôle de premier plan lors des conférences nationales de 2000 à 2005 durant lesquelles elle a fait le lien entre les seigneurs de guerre et les tribunaux islamiques. Grâce à elle, durant le processus de réconciliation et de pacification, les femmes ont pu prendre la parole et influer sur les décisions politiques.

Suite à la mise en œuvre des accords, elle était membre du Parlement fédéral de transition, mais elle vient d'en être exclue par le gouvernement dominé par les anciens seigneurs de guerre et installé avec le soutien des troupes éthiopiennes entrée en Somalie en décembre dernier pour destituer les Tribunaux islamiques qui avait renversé les institutions de transition en juin 2006, installées depuis le 26 février en Somalie, à Baidoa après plusieurs d'exil au Kénya, alors que le pays était aux mains des différents clans.

Elle vient d'être exclue du Parlement par le nouveau gouvernement dont elle condamne les exactions. Voici sa réaction.

Nairobi, le 30 avril 2007

En 2002, une conférence de paix et de réconciliation était réunie par l’IGAD (l'Autorité inter-gouvernementale sur le Développement - Djibouti, Erythrée, Éthiopie, Kenya, Somalie, Soudan et Ouganda), sous les auspices du gouvernement kényan. Les principaux participants à cette conférence venaient du Gouvernement national de transition (GNT), de la société civile et du Conseil somalien de la réconcialiation et la reconstruction (CSRR) composé essentiellement de seigneurs de guerre, dirigé par Abdullahi Yusuf (l’actuel président du gouvernement fédéral de transition - GFT) et qui une création de l’Éthiopie.

Depuis lors, il y a un clivage clair entre le groupe éthiopien et les autres (la société civile, le GFT). Les principaux sujets de discordes sont :
a. Pour le groupe "éthiopien", la solution à la crise politique somalienne est militaire, alors selon l’autre groupe, la réconciliation, le dialogue politique, la construction de la confiance constituent la seule voie.

b. Concernant le déploiement des troupes éthiopienne en Somalie : le groupe d’Abdullahi le considère comme un moyen de réprimer la population et de conserver au pouvoir, tandis que l’autre groupe y est opposé, dans la mesure où il considère l’Éthiopie comme une part du problème et qu'elle ne peut donc faire partie de la solution. Pour ce groupe, il s’agit d’une invasion.

Les institutions de transition divisées

Cette conférence a donné naissance, avec l’aide d’une manipulation éthiopienne, à un Parlement dominé par les seigneurs de guerre, qui a poussé Abdullahi Yusuf à la présidence en 2004. La division entre nous est demeurée et elle a été à l’origine du spectacle affligeant donné à l’Hôtel Grand Regency (qui abrite le Parlement en exil, Ndr) à Nairobi, le 17 mars 2005 (une rixe avait éclatée entre les députés, dont sept avaient été blessés). Il en était résulté une division des institutions de transition en deux factions, l’une dirigée par le Président du gouvernement et l’autre par le président du Parlement.

Aujourd’hui nous sommes dans une situation où le rêve d’Abdullahi Yusuf s’est réalisé.
Il a amené illégalement les troupes éthiopiennes en Somalie pour opprimer la population et s’accrocher au pouvoir. Seigneur de guerre sans scrupule et assoiffé de sang, il est rejeté par la population.

Il utilise les troupes éthiopiennes pour massacrer des civils innocents sous prétexte de combattre le terrorisme. Il se rend ainsi coupable de crimes contre l’humanité que de nombreux experts désignent comme « génocide »

Une crise humanitaire et politique profonde

Plus d’un million de personnes ont fui Mogadiscio [365 000 selon le HCR, Ndr]. Plus d’un demi-million de personnes ont trouvé la mort et plus de quatre millions ont été blessées, principalement des femmes et des enfants [ces chiffres ne sont pas confirmés, Ndr]. Nous nous trouvons aujourd’hui dans une crise humanitaire et politique profonde. Le seule option sérieuse et d’amener toutes les parties dans un processus de réconciliation afin d’ouvrir la voie à la formation d’un gouvernement sur une base large qui sauve la Somalie de ce désastre.

En plus de massacres et de tueries, le président Abdullahi a montré une attitude dictatoriale : il a limogé illégalement le président du parlement (ainsi que 30 autres parlementaires) et l’a remplacé par un seigneur de guerre membre du CRRS. Il appliqué la loi martiale, il a fermé des médias locaux et fait arrêté les principaux journalistes. Comme le Parlement n’est pas dans une situation propice, les députés ne peuvent pas s’opposer à ses volontés. Le Parlement fonctionne comme une chambre d’enregistrement.

Je me tiens debout face au monde

Parmi les 31 parlementaires exclus se trouvent les principaux leaders somaliens, largement respectés pour leur intégrité, un ancien chef du Gouvernement national de transition, l’ancien président de l’Autorité du Puntland, d’anciens ministres, ambassadeurs, universitaires et des signataires de l’accord de paix, dont moi-même.
Bien que l’exclusion de parlementaires soient contraire à la lettre et à l’esprit de la Charte de la réconciliation, je suis fière d’être victime de mes convictions en faveur de la réconciliation et la paix. Je suis fière de ne pas être compromise avec cette oppression et ces massacres. Je resterai la voix des femmes et des enfants victimes.

Derrière chaque grande cause, il y a un grand prix à payer. C’est pourquoi je me tiens debout face au monde pour dire qu’aucune intimidation, aucune menace, insulte, exclusion de la part des ennemis de la paix, de la stabilité et des vies humaines ne m’empêchera de servir cette noble cause. Je leur prouverai qu’ils ont tort !




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