Numéro 183 - février 2003

 

Côte d’Ivoire - Soutenir les forces de paix

Christophe Courtin,nouveau directeur des projets du Ccfd, estime, plutôt que de se laisser piéger par une vision stéréotypée du conflit, qu’il faut se montrer solidaire des acteurs locaux de la construction d’une démocratie.

Auteur(s) : Christophe Courtin
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À voir de loin, à interpréter rapidement et à lire en diagonale les informations grand public sur les événements de Côte d’Ivoire, le conflit opposerait des côtiers xénophobes à des Sahéliens tolérants, des Sudistes cultivateurs contre des Nordistes éleveurs ou encore des chrétiens contre des musulmans. Il n’aura fallu qu’un mois après le déclenchement de la rébellion pour que le spectre du génocide rwandais s’étale à la première page d’un grand quotidien. Décidément, on n’échappe pas à cette vision de l’Afrique contemporaine qui ne peut être comprise qu’au travers du prisme de l’ethnie ou de la religion.

Comment en est-on arrivé là ?

Nous jugeons au travers de nos représentations nées de l’histoire. Celle de l’Europe, plus particulièrement celle de la France et l’histoire de l’Afrique sont liées. Ce n’est pas la peine de faire un dessin, pensons à la traite négrière, à la colonisation et aux pratiques issues de la décolonisation pendant la guerre froide. Nos systèmes de représentation sur les Africains fonctionnent sur quatre modes : le dominateur, disons raciste, le culpabilisant caritatif, l’idéaliste tiers mondiste et le culturaliste relativiste.

L’Africain est tour à tour, en fonction de l’actualité : un sauvage sanguinaire, un vieux sage qui, sous son arbre, attend que sa bibliothèque brûle, un musicien qui a le rythme dans le sang, une brave femme pleine de bonne volonté qui ne demande qu’à apprendre, une victime apeurée, une fille excisée, un sidéen décharné, un fier pasteur, un despote ou un héros révolutionnaire. Tout cela a pour résultat une sorte d’essence de l’Africain dont le comportement est collectif avant d’être individuel, communautaire avant d’être personnel, ethnique avant d’être citoyen. Le plus consternant est que ces figures de rhétorique essentialistes sont de plus en plus intégrées et cautionnées par les élites africaines elles-mêmes. L’ivoirité ou les « cancrelats » de la Radio mille collines au Rwanda relèvent de cette instrumentalisation des représentations collectives par trop de pouvoirs africains.

Transcender les clivages sociaux

Dans ce contexte, comment le Ccfd doit-il réfléchir et comment peut-il travailler avec les sociétés en Afrique, avec ses partenaires ? À la hauteur de ses moyens, le Ccfd a choisi d’intervenir auprès des nombreux acteurs de la société civile qui veulent transcender les clivages sociaux habituels (ethniques, religieux) et qui font l’analyse que le fonctionnement des structures traditionnelles ou que les modes de représentativité des structures politiques classiques ne sont plus en mesure de répondre aux immenses défis de la société. Le Ccfd a la conviction que ces associations, ces institutions communautaires, ecclésiales ou locales, ces regroupements villageois, ces collectivités territoriales émergentes, structureront véritablement la vie démocratique des pays africains. Devant l’ampleur des problèmes à résoudre, ces acteurs apportent eux-mêmes, à leur niveau et depuis longtemps, des analyses, des diagnostics et des solutions concrètes sur la lutte contre le sida, le combat contre la malnutrition, pour ne prendre que les thèmes les plus emblématiques d’une Afrique que l’on croit partir dans une dérive solitaire. En finançant leurs activités, en les mettant en réseau, en renforçant leurs capacités, le Ccfd qui refuse la logique de simple opérateur de développement, l’urgentisme ou la substitution par des experts, fait le pari que d’acteurs d’une pièce qui se joue malgré eux, les partenaires arracheront le droit d’être des auteurs. Le chemin est long, il ne s’agit pas de « démocratie tropicale », ni d’une nouvelle recette de développement mais bien d’un projet politique du Ccfd de travail sur les fondements de la démocratie, au Sud comme au Nord.

Christophe Courtin

Article mis en ligne le 3 février 2003

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