Numéro 215 - octobre 2006

 

Rédigé le 12 octobre 2006

Changer le monde, mode d’emploi

10 octobre 2006 Chico Whitaker revient sur les relations entre pouvoir et société civile dans le changement social, à l'occasion de la sortie de son ouvrage Changer le monde, nouveau [nouveau] mode d'emploi.

À quoi sert le Forum social mondial ?
Chico Whitaker : D’abord à permettre à tous ceux qui viennent, de montrer qu’ils existent, et montrer ce que chacun fait. En Inde, en 2004, le Forum a entraîné une véritable explosion des mouvements populaires indiens, notamment ceux travaillant avec les Dalits, les Intouchables.
Mais aussi à discuter des alternatives, économiques, politiques ou autres, et à trouver
des convergences qui permettront de créer des initiatives plus larges, plus articulées, fédérant encore plus de participants. En s’orientant vers des articulations « planétaires ». Dans la mesure où le système néolibéral domine le monde entier, il faut que l’opposition ait la même dimension. Pour autant, le Forum en tant que tel représente simplement une
opportunité de rencontres. Il y a des discussions, des réflexions, mais pas de conclusion ou de déclaration finale. Les participants arrivent à leur conclusion par eux-mêmes. Après le Forum, ils font ce qu’ils veulent.

Quel bilan tirez-vous après ces six années d’existence du Forum social mondial ?
C’est un processus qui a finalement rempli un rôle. Les gens ont retrouvé la possibilité d’agir avec une certaine efficacité.

En Amérique latine, par exemple, l’accord commercial que les Américains voulaient imposer n’a pas abouti grâce à des mouvements sociaux qui ont mis les gouvernements dans l’impossibilité d’accepter.
En Inde, toutes les forces politiques, les forces sociales, les mouvements étaient divisés et entraînés dans des bagarres dans la grande tradition de la gauche. Ils se trompaient d’ennemis et détestaient plus leurs camarades de lutte que ceux qui tiennent le système. Nous leur avons rappelé un des principes fondamentaux du Forum, celui du respect de la diversité. Diversité à tous les niveaux, vision idéologique, cheminement... Il faut respecter le rythme de chacun, le choix de ses méthodes. Et construire sur des convergences des alternatives aux situations vécues.

Une version new-look du fameux « Prolétaires de tous les pays unissez-vous » ?
Il y a un peu de cela. Disons « opprimés du monde entier ». Pas seulement au niveau du travail, mais aussi au point de vue de la vie quotidienne : les femmes, les exclus, les migrants. C’est vraiment unissez-vous !
Si vous restez divisés, vous n’arriverez jamais à vaincre le monstre de la logique capitaliste qui individualise, qui sépare les gens, et qui les domine en les prenant un à un.
Si on est ensemble, si on agit ensemble, c’est mieux. Le changement que nous proposons vient des différents types d’initiatives collectives que nous prenons, mais il doit aussi venir de nous-même. C’est-à-dire que nous devons changer de l’intérieur et passer à une perspective d’éthique qui nous rende capables de nous engager par un choix personnel et non pas par obéissance à un ordre. Dans le Forum, nous donnons à chacun la possibilité de travailler en réseau de façon horizontale et de prendre ses responsabilités.

Pourquoi avez-vous démissionné du Parti des travailleurs ?

Parce que j’ai vu le Parti des Travailleurs se transformer en un parti exactement comme les autres. Parce que les relations entre le parti et le pouvoir législatif n’ont pas changé.
Au Brésil, il faut qu’il y ait une majorité, alors pour être bien sûr, on l’achète. Avec différentes choses et entre autres de l’argent. C’est la pire des corruptions et le parti est entré dans cette dynamique que je ne peux pas accepter. J’ai été député au niveau municipal, j’ai vu comment cela se passait. Lula a été une vraie déception pour un grand nombre de personnes.
Le paradoxe c’est que Lula, un homme élu pour résoudre le problème de la pauvreté et de l’inégalité, sera certainement réélu au premier tour par les plus pauvres et par les plus riches du pays. Par les plus pauvres, parce qu’il a trouvé un moyen de calmer leur faim, en leur prêtant de l’argent tous les mois, et par les plus riches, parce que les banques au Brésil n’ont jamais gagné autant parce qu’il n’a pas changé la politique économique.
Il sera donc élu avec l’appui des États-Unis, les classes moyennes, minoritaires, ayant plutôt tendance à ne pas voter pour lui.
S’il annonce maintenant qu’il lui faut un deuxième mandat pour terminer ce qu’il voulait faire, qui peut m’en assurer ? Je préfère fortifier la société civile pour qu’elle soit capable d’obliger Lula à agir autrement.
Pour autant, j’ai conclu ma lettre de démission, en disant que je serai peut-être obligé de voter Lula.
Parce que, quand même, les autres sont tellement pires !


Propos recueillis par Patrick Chesnet

Un vieux compagnon de route du Ccfd
C’est en 1967 que les chemins de Chico Whitaker et du Ccfd se sont croisés pour la première fois. À la suite du coup d’État de 1964, le jeune homme, qui avait travaillé sur les questions de la réforme agraire avec la Conférence nationale des évêques du Brésil, doit quitter son pays. Réfugié en France, il rejoint le Ccfd, où il met en place le service « Projets ».
Invité par les Nations unies à travailler pour sa mission économique en Amérique latine, il part pour le Chili et assiste à la fin tragique du gouvernement Allende.
De retour en France, il retrouve le Ccfd et anime de nombreuses rencontres sur les problèmes du Brésil ou du Chili. Il est rentré chez lui en 1981 et sera de 1996 et 2003, le secrétaire de la Commission brésilienne Justice et Paix, avant de se consacrer entièrement au Forum social mondial. Il reste, comme il le dit lui-même, « très lié au Ccfd ».

Article mis en ligne le 12 octobre 2006

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