Numéro 243 - novembre 2009

 

Je vous écris depuis Gao

La porte du désert, à 450 kilomètres de Tombouctou (Mali). Capitale prestigieuse du grand empire des Songhays : Gao est un lieu pour rêver. La présence du majestueux fleuve Niger affirme qu’il n’y a pas que du sable. Gao, peut-il être un lieu pour revivre ?

Auteur(s) : Guy Aurenche

Chaque semaine, sur une bande frontalière, des véhicules en provenance d’Algérie et de Libye déversent ici leur cargaison humaine, comme on déverse sa poubelle dans le jardin du voisin. Des milliers de migrants, arrêtés dans leur marche vers le Nord, sont rackettés, battus, violés, déshumanisés. Un bon nombre en meurt. La France, l’Espagne, l’Italie, l’Europe ont fermé leurs frontières et confié le « sale boulot » du refoulement à quelques États méditerranéens.

Ce soir, cinquante hommes et deux femmes ont été amenés à la Maison des Migrants*. Sur leurs visages se lit l’épuisement provoqué par plusieurs mois d’errance. Un épuisement physique mais aussi moral, l’humiliation de se voir traités moins bien que les troupeaux !

Dans une extrême pauvreté, quelques hommes s’affairent, proposent à boire et à manger, relèvent les noms, invitent au repos. L’humanité vit-elle encore ? Demain, il faudra aider ces naufragés à poursuivre leur « retour au pays ». Encore quelques milliers de kilomètres. Mais comment, sans argent, ni aide ?

Au loin, le fleuve splendide a pris une teinte orangée, celle du feu qui précède la nuit. En moi, le feu brûle aussi. Celui de la colère honteuse d’appartenir à une Europe qui provoque, en catimini, de tels drames.

Ne fuyons pas en disant que les migrants ont des torts ! Avait-il des torts, ce blessé, dont nous parle un récit vieux de 2 000 ans, sur la route qui menait de Jérusalem à Jéricho ?

J’ai rencontré, dans le dénuement total de Gao, des hommes et des femmes qui ont décidé d’aider leurs frères à se « relever ». Vingt-quatre personnes, originaires des pays traversés par ces migrants, qui se sont réunies pour travailler à « sécuriser » la route du retour. Cela ne calme pas la colère, ni ne supprime les causes qui poussent tant de jeunes à payer le prix fort et à partir, pour vivre, tout simplement. Mais cela permet de retrouver le mot : espérance. Oui, ces accueillants, et nous qui les appuyons, traçons des chemins d’espérance, là où tout espoir est banni.

Ayant fait cette expérience, nous chercherons comment donner à ces gouttes d’eau de vraies dimensions politiques. Au retour de Gao, nous irons rencontrer nos ministres, les responsables à Bruxelles ou au Parlement européen. Sans oublier notre opinion publique qui a peur. « Ce qui embellit le désert, écrit Antoine de Saint Exupéry, c’est qu’il cache toujours un puits. » Aujourd’hui, nous pouvons être ce puits.

Article mis en ligne le 10 novembre 2009

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