Numéro 259 - juin juillet 2011

 

Birmanie, L’exode, faute de mieux

Selon Htoo Chit, directeur de la Fondation pour l’éducation et le développement – une ONG birmane basée en Thaïlande, partenaire du CCFD-Terre Solidaire – il y aurait actuellement environ quatre millions de migrants birmans en Thaïlande, la plupart sans papiers. L’ampleur de cette exode s’explique par les ravages causés par plus de vingt années de dictature en Birmanie.

Auteur(s) : Patrick Chesnet

« Depuis 1988, la Birmanie vit sous la coupe d’un régime militaire dont l’incompétence a ruiné le pays, explique Htoo Chit, lors de sa visite à Paris, début juin. À cela s’ajoutent le recours au travail forcé et des déplacements de villages entiers. Résultat : des centaines de milliers de personnes essaient de franchir la frontière avec la Thaïlande pour se trouver une vie meilleure.  »
Une amélioration des conditions de vie qui dépend du statut administratif du migrant. Car si les Birmans en situation régulière – à peu près un million selon les statistiques gouvernementales thaïlandaises – bénéficient des mêmes droits que les Thaïlandais : horaires de travail fixes, salaire minimum garanti, sécurité sociale, liberté de mouvement, pour les quelque trois millions d’illégaux, la vie reste extrêmement difficile.
Main-d’œuvre bon marché pour la construction, pour les usines, dans les secteurs de la restauration ou de l’industrie hôtelière, journaliers dans les exploitations agricoles, embarqués sur les bateaux de pêche, « ils triment parfois jusqu’à quatorze heures par jour, souvent sans couverture sociale, pour un salaire de misère. Et certains endurent un quasi-esclavage  », dénonce Htoo Chit. Pour preuve le raid mené, en avril, par la police thaïlandaise contre un atelier de confection clandestin installé en plein Bangkok, la capitale thaïlandaise. Une quarantaine de Birmans, hommes et femmes, y étaient maintenus reclus.

Quant aux immigrées birmanes, qui constitueraient environ 30 % de cette population selon le directeur de la Fed, leur sort n’est guère plus reluisant. Elles sont, elles aussi, exploitées dans des sweatshops textiles ou des usines de transformation agroalimentaire, notamment de produits de la mer, ou encore réduites au rang de bonne à tout faire, pour ne pas dire à tout subir, quand elles ne finissent pas dans les bordels thaïlandais. « Le pire est que, malgré tout, la vie de ces migrants en Thaïlande est bien meilleure que celle qu’ils pourraient avoir en Birmanie », constate amèrement Htoo Chit.

" Pour que cette émigration cesse, il faut une solution politique "

« Si nous voulons que cette émigration massive cesse, il faut tout d’abord trouver une solution politique durable », plaide-t-il. « Or, rien n’indique que ce nouveau gouvernement ait l’intention d’établir un véritable système démocratique en Birmanie. Ce qui veut dire que l’immigration en Thaïlande n’est pas prête de s’arrêter.  »

Article mis en ligne le 15 juin 2011

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