Numéro 261 - novembre 2011

 

Mensonges et désinformation…

La construction politique du « problème de l’immigration » passe par une désinformation croissante qui impose ses faits et ses chiffres comme prémisse à tout débat. La défense d’une autre politique de l’immigration demande de déconstruire ces prétendues évidences. Une mission que s’est notamment fixée le collectif Cette France-là en croisant de nombreuses contributions d’économistes, démographes, géographes, juristes, historiens, philosophes, anthropologues, élus, militants et responsables de la fonction publique*. Focus sur les idées reçues les plus répandues.

Auteur(s) : Bénédicte Fiquet

Les migrations depuis les pays en développement vers les pays développés sont massives. FAUX !
Les migrants internationaux représenteraient aujourd’hui environ 230 millions de personnes, soit 3 % de la population mondiale, un taux à peu près stable depuis quarante ans. Mais surtout, seules 37 % des migrations internationales se font du Sud vers le Nord. Ainsi, en dépit d’un accroissement du nombre de migrants par rapport à la population des pays développés (dans les pays de l’OCDE, ils sont passés de 4 à 10 % entre 1960 et aujourd’hui) les chiffres démentent ce prétendu « déferlement » de nouveaux migrants. [1]

La France est un des pays d’Europe qui accueille le plus d’immigrés. FAUX !
Avec 5 260 000 immigrés en 2008, soit 8,4 % de sa population, la France figure dans la moyenne européenne. Ainsi, la proportion de personnes étrangères nées hors du pays est de 10,8 % au Royaume-Uni, 13,9 % en Suède et de 14,1 % en Espagne.
Du point de vue des « flux », la France est l’un des pays développés qui a accueilli la plus faible proportion d’étrangers au cours de ces deux dernières décennies. Depuis 1995, la part des étrangers y a augmenté six fois moins qu’en Espagne ; 3,5 fois moins qu’au Royaume-Uni et 1,8 fois moins qu’en Allemagne.
Enfin, la France n’est pas particulièrement généreuse envers les réfugiés. En 2010, à titre d’exemple, l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) n’a agréé que 13,6 % des requêtes contre 23 % pour son équivalent allemand et 30,7 % pour la Suède. [2]

La fermeture des frontières reste le moyen le plus sûr de réduire les flux migratoires et de sélectionner les migrants. FAUX !
La fermeture des frontières a pour effet de ralentir les retours spontanés des migrants vers leur pays d’origine et d’encourager l’irrégularité du séjour, car ceux-ci ne veulent pas prendre le risque d’un retour au pays sachant qu’il leur sera très difficile de revenir dans le pays d’accueil. Cette politique restrictive encourage donc les installations permanentes au détriment des migrations à caractère circulatoire souhaitées par de nombreux migrants. Elle rebute en revanche les candidats les plus qualifiés, qui préfèrent monnayer leurs compétences dans des pays comme le Canada ou les États-Unis, notamment pour s’installer en famille. [3]

Avec l’immigration, on accueille la misère du monde. FAUX !
Les migrants qui s’installent en France et dans les autres pays de l’OCDE ne sont, dans leur grande majorité, ni des ressortissants des pays les moins développés (mais plutôt des pays émergents), ni les personnes les plus dépourvues de leur pays d’origine. L’émigration exige un tel investissement qu’elle n’est accessible qu’aux personnes dotées d’un certain capital intellectuel et physique, mais aussi socioculturel – contacts à l’étranger, soutiens dans le pays d’origine – et financier important.
Enfin, entre 1990 et 2007, la part des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur est passée de 12 à 25 %, ce qui la rapproche de celle des natifs (moins de 29 % en 2007). [4]

Non seulement les immigrés pèsent sur le budget de l’État, mais ils détériorent le marché du travail. FAUX !
Les migrants qui entrent en France sont principalement dans la tranche d’âge active. De ce fait, ils bénéficient peu des deux transferts sociaux qui pèsent le plus sur le budget de l’État, c’est-à-dire les retraites et les dépenses de santé. Ainsi, même s’ils perçoivent davantage d‘allocations chômage et d’aide sociale, ils contribuent plus par les prélèvements dont ils s’acquittent (impôt sur le revenu, tva, cotisations sociales... ) qu’ils ne coûtent en prestations. Soit, en 2005, une moyenne de contribution par immigré de 2 250 euros contre 1 500 euros pour un natif. Plus un étranger est qualifié, plus son apport aux finances publiques est important.
Quant aux immigrés arrivant sur le marché du travail, en tant que consommateurs, ils créent aussi de la demande, donc de nouveaux emplois. Selon une projection faite au Royaume-Uni, avec une hausse de 10 % du flux d’immigration, le taux de chômage n’augmenterait que de 0,01 % au bout de treize ans. Enfin, l’arrivée de nouveaux étrangers affecte moins le salaire des autochtones qu’elle ne leur permet de se « libérer » de certains travaux pour accéder à des postes mieux rémunérés. [5]

Les enfants d’immigrés réussissent moins bien à l’école. FAUX !
Si en apparence, les enfants d’immigrés ont de moins bons résultats scolaires, c’est qu’ils sont davantage issus de milieux défavorisés et qu’en France le milieu socio-économique reste dramatiquement déterminant dans la réussite des élèves. Or, quand ils sont de catégorie sociale et de composition familiale équivalentes, les enfants d’immigrés sont plutôt meilleurs que les autres enfants. Leurs résultats s’expliqueraient essentiellement par le projet d’ascension sociale qu’ont souvent leurs parents. [6]

Certaines populations ne réussiront jamais à s’intégrer parce qu’elles ne le souhaitent pas, c’est le cas des Roms notamment. FAUX !
Ce type de propos a toujours stigmatisé les immigrés, quelle que soit leur culture d’origine. Il suffit de se souvenir de ce que cristallisait l’insulte « rital » pour s’en convaincre. En revanche, cette stigmatisation et ses effets en termes d’inégalités d’accès au travail ou au logement, par exemple, entravent l’insertion des immigrés dans le tissu social. C’est précisément le cas des Roms, victimes des mesures transitoires – jusqu’à fin 2013 – qui limitent considérablement l’accès au marché du travail des Roumains et des Bulgares. Sans compter que les expulsions et les évacuations répétées des terrains où ils s’installent ainsi que les refus de scolarisation de la part de certaines municipalités contribuent à priver d’école plusieurs milliers de leurs enfants.

* Tous les travaux de Cette France-là sont téléchargeables sur le site du collectif www.cettefrancela.net

[1Sources : le géographe Gildas Simon, la directrice du bureau du Pnud à Bruxelles, Nicola Harrington, petit guide pour lutter contre les préjugés sur les migrants (la Cimade)

[2Sources : le rapport Perspectives des migrations internationales de l’OCDE, les chiffres donnés par la Commission européenne, l’économiste Joël Oudinet, Eurostat

[3Sources : le démographe Hervé Le Bras et l’économiste El Mouhoub Mouhoud

[4Sources : l’économiste El Mouhoub Mouhoud, l’Insee

[5Sources : l’économiste Lionel Ragot dans le cadre de ses travaux pour la Mire (Centre de recherche du ministère de la Santé, des Affaires sociales et du Travail) et l’économiste Joël Oudinet

[6Sources école : Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, l’Insee : France Portrait social 2009

Article mis en ligne le 18 novembre 2011

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