Un avenir sans faim

Numéro 261 - novembre 2011

 

Sri Lanka, l’économie au service des droits humains

Alors que la situation des droits de l’homme reste dramatique, la société civile sri lankaise, soutenue par le secrétariat général des Nations unies, demande une enquête pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Parallèlement, elle plaide pour le maintien des sanctions économiques.

Auteur(s) : Violaine Plagnol

Depuis longtemps, les défenseurs des droits de l’homme sri lankais se battent contre l’impunité. Aujourd’hui, ils s’appuient sur un rapport d’experts, nommés par le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, rendu public fin avril 2011, qui estime « crédibles les accusations de violations graves des droits de l’homme par les rebelles tamouls et les forces gouvernementales au cours des derniers mois de la guerre civile en 2009 ». Il considère aussi que « certaines de ces violations pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. » Mais ce rapport restera lettre morte s’il n’est pas suivi par l’ouverture d’une enquête. Un processus long auquel s’oppose déjà la Chine, alliée de taille de Colombo. Le gouvernement sri-lankais persiste, lui, à faire la sourde oreille.

Pourtant, la situation des droits de l’homme ne s’améliore guère depuis 2009, comme le décrit Brito Fernando, président de Right to Life Human Rights Center, venu plaider la cause de son peuple au Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève [1] : « Les meurtres et disparitions de militants des droits de l’homme se poursuivent. Le président Mahinda Rajapaksa les qualifie de traîtres à la nation, en particulier quand ils sont d’origine tamoule. Les médias sont sous contrôle gouvernemental et sont utilisés pour répandre l’idéologie d’une conspiration de l’ouest qui financerait les organisations de droits de l’homme. Des meurtres et menaces se multiplient contre les journalistes. Trente-sept d’entre eux ont été tués depuis 2005 et ils sont nombreux à avoir quitté le pays. Les principaux partis politiques d’opposition ont été mis en pièces. En offrant de l’argent, des portefeuilles ministériels ou en agitant des menaces, le président a réussi à diviser et briser toute opposition. Enfin, les militaires sont placés aux postes stratégiques, dans les conseils provinciaux et les ambassades. »
Parallèlement à leur travail de « diplomatie » dans les grandes institutions internationales, les leaders associatifs insistent sur l’importance du lien entre la sphère économique et celle des droits de l’homme. Certains sont même favorables aux sanctions économiques. Herman Kumara [2], directeur de Nafso, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, regrette ainsi que les prêts consentis pour la reconstruction du pays par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale n’exigent rien en matière de respect des droits de l’homme, à l’instar de l’Europe. En effet, face au refus de Colombo de coopérer sur les questions de droits humains, l’Union européenne (UE) a suspendu en août 2010 ses accords GSP+ de préférence généralisée, qui concédaient aux produits sri lankais un accès privilégié sur le marché européen. Il est difficile pour l’instant d’évaluer réellement l’impact de cette décision car le Sri Lanka a pu écouler sa production sur d’autres marchés comme la Chine, l’Iran ou la Russie. On ne peut nier néanmoins certaines conséquences néfastes : « La course à la préservation de la compétitivité liée à la perte du GSP+ a renforcé le développement des pratiques de marchands de main-d’œuvre » déplore Sylvain Ropital, chargé de mission Asie-Pacifique au CCFD-Terre Solidaire. Pourtant, un an après la suspension de ces accords, et face à la persistance des exactions, les militants des droits de l’homme souhaitent le maintien de cette sanction. Elle range en effet le pays au rang des États ennemis à la démocratie. Or, le Sri Lanka ne peut rester isolé sur la scène internationale car son économie a besoin des touristes et investisseurs étrangers. Acculées, les autorités devront changer de méthodes. « Cette volonté de ne pas tourner le dos complètement à l’Occident est très importante pour les acteurs locaux et redonne un peu d’espoir dans ce ciel noirci par les intimidations et criminalisations émanant du gouvernement » conclut Sylvain Ropital.

[1Brito Fernando et Herman Kumara sont aussi membres de « La plate-forme pour la liberté », collectif de forces vives opposées à la politique nationaliste cinghalo-bouddhiste du président Rajapakse.

[2Brito Fernando et Herman Kumara sont aussi membres de « La plate-forme pour la liberté », collectif de forces vives opposées à la politique nationaliste cinghalo-bouddhiste du président Rajapakse.

Article mis en ligne le 16 novembre 2011

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