Un avenir sans faim

Numéro 268 - septembre octobre 2012

 

Rédigé le 10 octobre 2012

Un engagement qui bouleverse le cours d’une vie

Rencontre avec Maria Liz Almada, vingt-cinq ans, membre de Joc. Elle est venue à l’Organisation internationale du travail à Genève, en 2011, pour témoigner de la lutte des employées domestiques pour faire reconnaître leurs droits au Paraguay. La jeune femme, elle-même victime d’exploitation, nous raconte son étonnant parcours.

Auteur(s) : Jean-Claude Gerez

“Je suis la fille d’une mère célibataire qui a dû partir à la ville alors que j’étais enfant pour y travailler comme employée domestique. J’ai donc été élevée par mes grands-parents qui vivaient à la campagne. J’allais à l’école et, parallèlement, je les aidais aux travaux de la terre. Mais à l’âge de dix-huit ans, j’ai dû quitter mon village, et je suis partie à Caaguazu (à 200 km à l’est d’Asunción, la capitale) pour pouvoir y poursuivre mes études.

À partir de ce moment, il y a eu un grand changement dans ma vie. Comme la plupart des jeunes filles de mon âge, j’ai trouvé un travail d’employée domestique chez une famille bourgeoise. J’y travaillais de 5 heures du matin à 17 h 30. Puis, je me préparais pour aller suivre mes cours et, en rentrant, je devais continuer à travailler jusque très tard dans la soirée. Mon salaire était de 150 000 guaranies (environ 30 euros par mois.) Je suis restée six mois dans cette maison. Ensuite, je suis retournée à la campagne car je ne pouvais plus supporter ce rythme, les conditions de travail, les mauvais traitements et le salaire très bas.

Après six mois, je suis revenue à la ville avec la même intention de travailler et d’étudier. J’ai alors obtenu une place dans un commerce d’alimentation : je devais disposer les marchandises et recevoir les clients. Au début, cela se passait bien, mais rapidement j’ai revécu les mêmes choses. Il fallait tout faire et le salaire était très bas. Aucun repos. J’étais maltraitée verbalement et même physiquement. Je travaillais de 5 h 30 à 18 heures. Souvent, je n’avais même pas le temps de me déplacer pour aller étudier ou j’étais trop fatiguée pour m’y rendre. J’ai continué comme ça pendant quatre ans, en changeant régulièrement d’emploi ; mais je vivais toujours la même expérience d’abus et de mauvais traitements.

J’ai compris les raisons de mon exploitation

Grâce à celui qui est aujourd’hui mon époux, j’ai connu la Joc (Jeunesse ouvrière chrétienne). J’ai participé à différents espaces de formation politique, citoyenne et chrétienne, qui m’ont permis de comprendre les raisons de cette exploitation. J’ai réalisé que cette réalité était partagée par des milliers de jeunes Paraguayennes. La Joc m’a aussi permis de découvrir mes droits en tant que jeune travailleuse.

Rapidement, j’ai pris conscience qu’il fallait que je les défende. Une tâche très difficile, car les patrons ne veulent pas reconnaître nos droits. C’est une situation d’autant plus complexe qu’il existe de nombreuses femmes au chômage au Paraguay, prêtes à accepter n’importe quelles conditions de travail. J’ai alors décidé d’intégrer le secteur des jeunes travailleuses domestiques, car, unies, nous pouvons faire connaître nos revendications et nous battre pour améliorer nos conditions de vie. Je l’ai expliqué à l’Organisation internationale du travail, en juin 2011, à Genève. C’était émouvant d’être la porte-parole de milliers de Paraguayennes. Et j’ai été frappée de voir qu’il y avait, à travers le monde, de nombreuses femmes dans cette situation.

L’une des choses les plus importantes que j’ai apprises au sein de la Joc, c’est qu’il est fondamental de connaître l’histoire de l’identité ouvrière, parce que sans ce savoir, il est très compliqué de lutter et défendre nos droits. Mon défi est de continuer à lutter et apprendre avec mes compagnons de la Joc. C’est ainsi que nous pourrons créer des stratégies pour nous opposer à cette situation que les employées domestiques vivent dans mon pays. »

Article mis en ligne le 1er mars 2013

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