Un avenir sans faim

Numéro 269 - novembre 2012

 

Rédigé le 5 novembre 2012

L’expertise reconnue de Kambale Malembe

Partenaire du CCFD-Terre Solidaire depuis son engagement dans la région des Grands Lacs suite au génocide rwandais de 1994, Kambale Malembe, originaire du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), récolte les fruits de son travail sur les questions foncières. Le Forum des amis de la terre (Fat), qu’il a créé, fait désormais autorité à l’échelle nationale.

Malembe siège depuis le 26 avril aux côtés de représentants des ministères et de juristes, au sein de la commission nationale chargée de rédiger les mesures d’application du nouveau code agricole, promulgué en décembre 2011. Il préside même la sous-commission chargée des questions foncières. Une responsabilité qui prolonge le plaidoyer mené par le Fat depuis 2007, pendant l’élaboration de la loi. Durant cette période, l’association a sensibilisé les décideurs politiques et administratifs congolais à la nécessité d’inclure les organisations paysannes et les chefs coutumiers dans la gouvernance foncière.

Ce n’est pas un hasard si la société civile du Nord-Kivu, province de l’est de la RDC, frontalière du Rwanda et de l’Ouganda, s’est engagée sur ce sujet. La terre est en effet au centre de la plupart des causes du conflit qui déchire toute la région. « La question foncière y est plus sensible qu’ailleurs, explique Malembe. Le surpeuplement et la surexploitation des sols, les tensions créées par la présence de populations originaires du Rwanda depuis le début du XXe siècle, les mouvements de réfugiés depuis le génocide de 1994, auxquels s’ajoute l’activité de groupes armés soutenus par le Rwanda, expliquent que la situation du Nord-Kivu intéresse la sécurité nationale. »

Concilier gestion moderne des terres et pratiques coutumières

La nécessité d’une nouvelle gouvernance foncière s’imposait pour remédier à ces problèmes structurels. L’objectif est de concilier la gestion « moderne » des terres, avec les pratiques coutumières, plus proches des réalités locales mais totalement débordées par l’ampleur des problèmes.

Le plaidoyer du Fat a débouché sur la reconnaissance par la loi de comités consultatifs locaux, aux différents échelons décentralisés, composés des chefs coutumiers (propriétaires traditionnels des terres), des organisations paysannes et des associations féminines. Ces comités seront chargés, entre autres, de trancher les conflits fonciers avant qu’ils ne soient soumis, si nécessaire, au système judiciaire.

Le rôle de la commission, où siège actuellement Malembe, est d’élaborer les textes permettant la mise en pratique de la nouvelle loi. Mais elle se heurte à un problème financier : l’État n’a pas toujours débloqué le budget prévu pour son fonctionnement et les agences internationales n’ont pas délié leur bourse. Seuls le CCFD-Terre Solidaire, une fondation italienne et un consortium d’ONG belges l’ont soutenue.

C’est que cette loi contrarie des investisseurs qui convoitent de vastes superficies pour y développer des projets d’agriculture industrielle. Elle leur impose en effet une étude d’impact écologique et social. Plus gênant, des pressions congolaises ont obtenu que les sociétés étrangères investissant dans l’agriculture, soient détenues à 51 % par des nationaux. Cette vision, contraire à l’approche libérale défendue par les agences onusiennes et l’Usaid (Agence américaine pour le développement international), est contrée par un travail de lobbying qui retarde l’application de la loi.

Article mis en ligne le 5 novembre 2012

S’informer

9 mai 2017

Climat : premier test international pour Emmanuel Macron

Paris, mardi 9 mai 2017 - Alors que la France vient d’élire son nouveau président de la République, les négociations sur la mise en œuvre de (...)

18 avril 2017

Avis du Tribunal Monsanto : l’agrobusiness jugé responsable de violer des droits humains et l’environnement

Le 18 avril 2017, cinq juges de renommée mondiale ont rendu un avis consultatif, six mois après la tenue du premier tribunal citoyen (...)

14 avril 2017

Témoignage de Mgr Muyengo, évêque d’Uvira au Sud Kivu (RDC)

298 Mars-Avril

Nommé depuis décembre 2013 évêque d’Uvira, âgé de cinquante-huit ans, dans la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), (...)

Nos projets

30 janvier 2017 Assesoar

Le rêve agronomique d’Ayrton au Brésil

Issu d’une famille de petits agriculteurs brésiliens dits "conventionnels", Ayrton Luis Rodrigues Freiré a choisi de se former à (...)

23 janvier 2017 Assesoar

Au Brésil, des agriculteurs familiaux résistent depuis 50 ans à un agro-business destructeur

Alors qu’elle a fêté en 2016 son demi-siècle d’existence, l’association Assesoar, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, peut s’enorgueillir (...)

30 septembre 2016 AS-PTA

A Rio, des potagers bios améliorent la vie des plus modestes

Depuis 1999, l’Assistance et services à des projets d’agriculture alternative (AS-PTA), partenaire du CCFD-Terre Solidaire, développe un (...)