Noël contre la faim

Numéro 273- Avril 2013

 

Rédigé le 10 avril 2013

Chine : Le dialogue social grignote du terrain

Fondée en 1994, à Hong Kong par Han Dongfang – surnommé par la presse française le « Walesa chinois » –, l’association China Labour Bulletin (CLB) défend le droit des travailleurs et le droit d’association en Chine. Caï Chongguo (voir ci-contre) décrypte le contexte social économique et politique dans lequel l’association tente de faire évoluer les rapports de force sociaux.

FDM : Comment réagit le pouvoir face à la multiplication des mouvements sociaux ?
Caï Chongguo  : Il faut prendre les mouvements sociaux dans un sens large. C’est toute la société chinoise qui bouge. Depuis dix ans, les historiens ont publié des articles, des ouvrages sur l’histoire moderne très différente de l’histoire officielle. Cette vision pénètre dans les milieux universitaires, intellectuels. Il y a aussi la résistance extraordinaire d’une société civile en train d’émerger, des gens qui, via Internet et le Weibo [le système de microblog chinois], dénoncent la corruption, des ouvriers plus conscients de leurs droits. Après soixante-dix ans de communisme où le Parti se défi nissait comme l’avantgarde du parti ouvrier, affirmant que les ouvriers n’avaient pas besoin de se défendre et de créer de syndicat, où le travail était garanti par les entreprises d’État, la classe ouvrière est en pleine recomposition. Entre 1995 et 2005, 70 millions de salariés qui travaillaient dans les entreprises d’État ont perdu leur emploi, ou ont été mis en retraite anticipée. Durant la même période, 150 millions de personnes venues du monde paysan – les Mingong – sont devenus des travailleurs très précaires : des individus seuls et déracinés, qui n’ont pas de tradition des luttes collectives.

Comment China Labour Bulletin les aide-t-elle concrètement à s’organiser ? Aujourd’hui en Chine, les conditions politiques n’existent pas pour créer un syndicat indépendant. Il faut d’abord aider ces Mingong à s’enraciner et créer des liens de solidarité pour que les ouvriers soient plus conscients de leurs droits. Ils doivent être solides pour revendiquer face à des patrons qui ont tous les pouvoirs, ont peur du changement et sont très liés aux autorités locales souvent corrompues.

Nous sommes obligés de nous situer dans le cadre du syndicat officiel, mais nous tentons de faire élire des délégués qui représentent réellement les intérêts des salariés. Nous travaillons aussi à tisser de nouveaux réseaux avec des avocats, des journalistes, des ONG en Chine pour aider les salariés à faire valoir leurs droits. Si par exemple, nous sommes alertés par un ouvrier sur un licenciement collectif injuste, nous pouvons faire venir des avocats sur place, avec les salariés, lancer une pétition. Si le tribunal local bloque, nous élargissons la mobilisation, et proposons nos infos à la presse, cela fait le buz sur Internet et parfois nous contactons les autorités locales pour débloquer la situation.

Mais quelle est votre marge de manœuvre dans le contexte politique actuel ?
Il faut proposer des solutions réalistes et distinguer le social du politique pour éviter la répression. J’ai beaucoup appris de l’histoire des mouvements sociaux en Europe. En Chine, nous devons briser les tabous et l’autocensure, pour dire que le conflit social c’est normal, et qu’il n’y a pas d’issue par la répression, mais seulement par la négociation. Dans les dernières années, les émeutes, les grèves ont été très nombreuses... et les autorités sont très préoccupées. Si la répression est trop forte, les réactions sont immédiates sur Internet. Alors, actuellement, nous avons un peu plus de marge de manœuvre, même si la situation est très différente selon les régions. Et depuis trois ans, pour changer les rapports de force sociaux, nous mettons en avant les négociations collectives pour trouver des compromis entre patrons, ouvriers et autorités locales. Comme il est beaucoup plus facile pour les Chinois de venir à Hong Kong, nous pouvons désormais former des responsables syndicaux à ce type de négociation.

Et nous faisons la preuve par le terrain que les négociations peuvent marcher. Un certain nombre de dirigeants ont vu les résultats et sont conscients de cette nécessaire évolution. Dans cette période qui marque un tournant historique, on a besoin de soutien international comme celui que nous apporte le CCFD-Terre Solidaire.

Article mis en ligne le 10 octobre 2013

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