Numéro 281- mai-juin 2014

 

Maroc/Économie sociale et solidaire, un pas vers l’autonomie

Appuyés par l’association Femme Action, créée en 1989, un nombre croissant de groupes de femmes combattent la pauvreté par la création d’activités, sources de revenus. Un développement rendu possible grâce à l’économie sociale et solidaire.

Leur projet économique a démarré il y a deux ans. À Beni Mellal, dans le Moyen- Atlas marocain, une vingtaine de femmes décident de prendre leur destin en main pour faire échec à la pauvreté. Leur projet ? Faire fructifier leur savoir-faire dans la fabrication de couscous, en utilisant les plantes aromatiques locales, dans le cadre d’une activité économique. À partir du prix de revient des plats, elles fixent le prix de vente en fonction des marges bénéficiaires qu’elles souhaitent réaliser. Le succès ne tarde pas à se manifester, les « entrepreneuses » ayant notamment bénéficié de la notoriété de la Foire internationale de Meknès où leur couscous, présenté pour la première fois, a fait un véritable tabac auprès d’un public à l’affût de recettes authentiques...

Encouragées par ces résultats prometteurs, elles créent une deuxième activité de vente de crêpes artisanales suivie d’une troisième de commercialisation de petits pains « maison ». Objectif : « Démultiplier les sources potentielles de revenus en se mettant à l’abri de la saisonnalité de certaines activités », souligne Zhor Rachiq, présidente de l’association Femme Action, impressionnée par les prouesses de ses « protégées ».

Une dynamique collective

« Au départ, ce n’était pas facile. Mais petit à petit, elles ont pris de l’assurance, puis ont gagné en autonomie », met-elle en évidence. Pour cette association (partenaire du CCFD-Terre Solidaire depuis le début des années 2000) qui soutient des projets, notamment dans le Moyen- Atlas et à Rabat, ce résultat est l’aboutissement d’un long processus reposant sur deux piliers : des cours d’alphabétisation et de calcul qui permettent aux femmes d’acquérir les fondamentaux nécessaires au développement d’activités, et un travail collectif au cours duquel elles ont fait l’apprentissage du partage des tâches et de la solidarité. « C’est une différence de taille par rapport à une logique entrepreneuriale plus traditionnelle où les porteurs de projets n’ont pas la possibilité de béné ficier de cette dynamique propre à l’économie sociale et solidaire, poursuit Zhor Rachiq. Elles ont mutualisé leurs savoirs, écouté et échangé pour trouver les meilleures solutions. »

Une approche qui fait des émules. Comme à Ras Laksar, à une soixantaine de kilomètres de Casablanca. Ici, un autre groupe de femmes s’est lancé dans la trituration d’olives* apprenant le fonctionnement et l’entretien de la machine ou confectionnant des plateaux à fruits en osier vendus au souk. Elles ont aussi créé, dans la capitale, des magasins dédiés à l’artisanat.

À Boumia, à une centaine de kilomètres d’Azrou, dans le Moyen-Atlas, des agricultrices, qui vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, se sont lancées dans un projet d’élevage de chèvres et de production de fromages. Après avoir suivi des formations en techniques d’élevage ou de transformation, elles réfléchissent maintenant à la façon de s’organiser. Première étape : collecter auprès de chacune des participantes quelques dirhams pour payer les services d’un vétérinaire qui vaccinera les animaux, les conseillera dans la conduite du troupeau. « Le prix de ce service devient alors accessible. Elles sont d’accord pour partager les risques comme pour se répartir plus tard les recettes, explique la présidente de Femme Action. L’économie solidaire permet, à beaucoup d’entre elles, de transformer leur rêve en réalité. »

Vers la constitution d’un réseau ?

« Ces initiatives n’existeraient pas sans l’engagement de bénévoles et de partenaires internationaux », reconnaît Zhor Rachiq qui souhaite tout mettre en œuvre pour inscrire ces projets prometteurs dans la durée. Première piste : permettre à ces femmes de trouver de nouveaux débouchés au-delà des frontières, tout en sachant que ce ne sera jamais des productions de masse. Deuxième piste : amener ces groupes à se rapprocher les uns des autres afin de bâtir de nouveaux projets, plus ambitieux, en jouant sur leurs complémentarités.

Des premiers contacts sont en train de se nouer entre le groupe de femmes de Beni Mellal et un groupe à Rabat, un des lieux d’implantation historiques de Femme Action, ouvert à celles qui ont dû quitter leurs terres faute de pouvoir vivre de leur activité. Les premières devraient accueillir les secondes pour un séjour d’une semaine afin de leur présenter leurs réalisations et leur faire partager leur enthousiasme et leur savoir-faire. À suivre...

Article mis en ligne le 16 juin 2014

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