Numéro 284- Novembre-Décembre 2014

 

Le dernier numéro de Faim et Développement

Dans son dernier numéro, le magazine du CCFD-Terre Solidaire propose un dossier complet : Le défi de la réduction des inégalités

La justice sociale au cœur des enjeux de développement

Les inégalités entre le Nord et le Sud diminuent, mais les habitants des pays du Sud ne bénéficient pas tous de cette dynamique positive. Cette évolution replace la question de la justice sociale – et des politiques publiques pour y parvenir –, au cœur des débats sur le développement.

Bonne nouvelle sur le front de la lutte contre la pauvreté : le nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour est passé de 47 % en 1990 à 22 % en 2010. Une diminution spectaculaire qui permet à la communauté internationale d’atteindre un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), cinq ans même avant la date butoir de 2015 ! Avec des taux de croissance à faire pâlir d’envie les pays du Nord embourbés dans la crise, nombre de pays du Sud – de la Chine à l’Inde en passant par le Brésil ou l’Afrique du Sud – grignotent leur retard par rapport aux pays industrialisés.

Ce rattrapage ne bénéficie pourtant pas à tous de la même manière : des poches de pauvreté subsistent, notamment en Afrique subsaharienne, restée à quelques exceptions près à l’écart de cette évolution. La situation est également très contrastée au sein des pays eux-mêmes. Porté par une croissance de 6,5 % par an en moyenne entre 2002 et 2012, le Ghana a par exemple réussi à faire baisser de moitié son taux de pauvreté mais le nord du pays, en raison de son enclavement et de son climat aride, n’a pas profité de cette dynamique...

Le Ghana n’est pas un cas isolé. Partout, et pas seulement au Sud, les inégalités se creusent entre les gagnants et les perdants de la mondialisation. Dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), les efforts consentis depuis la fi n de Seconde Guerre mondiale pour les réduire ont été balayés après la crise financière de 2008. Y compris en Suède ou en Norvège, pourtant réputées pour leur modèle social. Résultat : dans les pays du Nord, la pauvreté relative qui tient compte du nombre de personnes dont les revenus sont inférieurs de moitié au revenu médian dans un pays, augmente. Globalement, les 1 % des habitants les plus riches du globe, dont la fortune est estimée à 100 000 milliards de dollars, possèdent autant de richesses que les 99 % de la population restante, selon le rapport d’Oxfam « En finir avec les inégalités extrêmes » publié en janvier [1].

Comment en est-on arrivé là ? À se concentrer sur la lutte contre la pauvreté, aurait-on oublié de s’interroger sur la justice sociale, aveuglés par l’idée que la mondialisation – avec le développement du commerce et des échanges – déboucherait par sa force d’entraînement sur un avenir meilleur ? Cette théorie – promue par les institutions internationales (FMI et Banque mondiale en tête) comme par les gouvernements des pays du Sud cherchant par tous les moyens, notamment par le biais d’une fiscalité attractive, à attirer des capitaux étrangers sur leur territoire pour faire décoller leur industrie – a visiblement fait fausse route.

Se traduisant par un accaparement des richesses au profit d’une élite qui n’hésite pas à bénéficier de la déréglementation financière pour placer ses revenus dans les paradis fiscaux. Cette politique a cependant favorisé l’émergence d’une classe moyenne dans de nombreux pays. Mais celle-ci, selon le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) reste vulnérable.

Une fragilité économique renforcée par le désengagement des États. Du fait des coupes budgétaires – au Nord pour réduire le poids des dettes souveraines, au Sud quand, sous l’injonction du FMI, les pays en développement ont coupé dans les dépenses publiques pour réduire le montant de leur dette –, les mécanismes de protection sociale qui jouent le rôle de stabilisateurs sont en recul. Faute de ressources, les États ont également mis en sommeil leurs investissements dans la santé, l’éducation ou l’accès aux biens communs (routes, infrastructures...). Signe des temps, après avoir progressé, l’Indice de développement humain (IDH) du Pnud, créé en 1990 pour mesurer l’accès à l’éducation, à la santé, le niveau de vie, participant au bien-être des populations marque aujourd’hui le pas dans de nombreux pays. En Afrique subsaharienne, le taux d’achèvement par les enfants des études primaires a baissé, passant de 61 % à 58 %, entre 2005 et 2011. Et celui des enfants de moins de cinq ans bénéfi ciant de suppléments en vitamine A est passé, quant à lui, de 81 % à 68 % entre 2009 et 2012, selon les chiffres de la Banque mondiale.

L’explosion des inégalités commence à inquiéter

Dénoncée depuis plusieurs années par la société civile et quelques économistes, à l’image de Josef Stiglitz, l’explosion des inégalités commence à inquiéter les organisations internationales. En janvier, la question fut au centre des discussions du Forum économique de Davos, peu connu pourtant pour ses positions progressistes...

Moralement contestable, la concentration des richesses entre les mains d’un nombre réduit de personnes menace la cohésion sociale et peut devenir source de conflits ou d’insécurité. Elle porte, de plus, atteinte à la croissance économique et pose la question de la poursuite du processus de développement dans la mesure où le surplus de richesses est capté par une minorité qui s’enrichit plus et plus vite que le reste de la population, notamment les pauvres et les classes moyennes en voie de paupérisation. Estimant que les inégalités ne sont pas une fatalité, Oxfam demande aux citoyens et multinationales de « ne pas contourner la fiscalité dans leur propre pays ou dans ceux où ils investissent et opèrent en tirant parti des paradis fiscaux » et aux États de « soutenir une fiscalité progressive sur les richesses et les revenus ».

« Toutefois, note l’OCDE dans son rapport sur la croissance inclusive [2], publié en mai, les mesures adoptées pour réduire l’écart croissant entre riches et pauvres ne pourront être efficaces que si elles vont au-delà du revenu pour s’attaquer à d’autres dimensions, notamment l’amélioration de l’accès à un enseignement, des services de santé et des infrastructures publiques de qualité. » Reprenant les propositions de la société civile, le Pnud demande quant à lui dans son Rapport annuel sur le développement humain [3], la mise en place d’une protection sociale universelle, le droit de tous les peuples à l’éducation, à la santé et à des emplois décents pour lutter contre la vulnérabilité et renforcer la résilience. Des priorités que cette agence de l’Onu, comme nombre d’ONGs, aimerait voir actées par la communauté internationale en train de mettre la dernière main aux nouveaux Objectifs pour le développement, qui après 2015 prendront la suite de ceux du Millénaire...

[1Oxfam, En finir avec les inégalités extrêmes. http://www.oxfam.org/fr/rapports/enfinir-avec-les-inegalites-extremes

[3Pnud, Rapport sur le développement humain 2014. Pérenniser le progrès humain : réduire les vulnérabilités et renforcer la résilience. http://hdr.undp.org/fr/content/rapport-sur-ledéveloppement-humain-2014

Article mis en ligne le 17 décembre 2014

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