Noël contre la faim

Numéro 285- janvier-février 2015

 

Afrique du Sud/Renforcer la cohésion sociale dans les townships

En mai 2008, sur fond de flambée mondiale des prix de denrées alimentaires, les townships (bidonvilles) de plusieurs villes sont secoués par une série d’attaques xénophobes qui font soixante-six morts et plusieurs milliers de déplacés. Depuis, dans les quartiers les plus pauvres, les tensions entre communautés restent très vives. Des associations partenaires du CCFD-Terre Solidaire travaillent à Johannesburg et au Cap à renforcer la cohésion sociale.

Pôle économique et régional majeur [1]., l’Afrique du Sud attire un très grand nombre de migrants et de réfugiés (entre 3 et 4 millions de migrants sur une population de 52 millions d’habitants), venus des pays voisins Zimbabwe, Mozambique Congo, Somalie... mais aussi de tout le continent, notamment de l’Afrique de l’Ouest. Pourtant, malgré son formidable dynamisme économique, elle reste l’un des pays les plus inégalitaires au monde [2] et plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. C’est sur ce terreau des inégalités sociales que prospèrent depuis des années les tensions dans les townships. Toutes les frustrations des laissés-pour-compte de la croissance économique se sont reportées sur les migrants accusés de tous les maux : concurrence déloyale dans le petit commerce informel [3], délinquance, sida...

Changer le regard porté sur les migrants

Pour faire baisser ces tensions, plusieurs associations partenaires du CCFD-Terre Solidaire mènent des actions qui favorisent le vivre ensemble entre communautés, en insistant sur la contribution des migrants à la société sud-africaine. En 2008, à la suite des attaques xénophobes dans le township d’Alexandra à Johannesburg, le représentant de la communauté ivoirienne Marc Gbaffou crée African Diaspora Forum (ADF) avec d’autres associations de migrants de plusieurs pays africains. L’idée : devenir un interlocuteur des autorités, mais surtout contribuer à changer l’image des migrants. « Après ces violences, ces pillages, les viols, les destructions de leurs magasins, souligne Marc, beaucoup des migrants surtout mozambicains et zimbabwéens, craignaient pour leur vie. Ils avaient souvent tout perdu et voulaient partir. » L’association aide alors sept cent cinquante d’entre eux à rentrer dans leur pays.

Après cette phase d’urgence, sur le long terme, l’association travaille désormais sur plusieurs fronts : sensibilisation et éducation, information des migrants sur leurs droits, rapport avec les autorités. « Beaucoup de Sud-Africains, explique Marc, connaissent mal l’Afrique et de nombreux stéréotypes circulent sur les étrangers : les Nigérians sont des vendeurs de drogue, les Zimbabwéens sont paresseux... il faut faire un travail de fond pour changer cette perception, pour que les gens comprennent pourquoi les migrants sont venus et ce qu’ils apportent à notre société. » Pour déconstruire les préjugés, l’association décide d’envoyer des petits groupes des migrants dans une vingtaine d’écoles des townships. Ils travaillent avec les professeurs pour expliquer aux élèves les raisons qui ont conduit ces Africains à fuir leur pays : la guerre au Congo, le régime dictatorial et la misère au Zimbabwe... Dans le même temps, le quotidien The Star lui ouvre ses colonnes pour une rubrique hebdomadaire dans laquelle les migrants racontent ce qu’ils vivent. Cette rubrique s’est aujourd’hui arrêtée, mais l’association continue à intervenir régulièrement dans le journal dénonçant notamment les abus policiers envers les migrants. Depuis 2010, l’association a en outre obtenu l’agrément de la police pour que des traducteurs viennent dans chaque commissariat de la province Gauteng et aident les migrants à faire avancer leur dossier administratif. Et en décembre 2014, African Diaspora Forum a été, au niveau du comité local, le principal organisateur – avec l’appui du CCFDTerre Solidaire – du FSMM. 

Au Cap, une autre association partenaire du CCFD-Terre Solidaire : Africa Unite travaille également sur ces enjeux, depuis 2004. Sa particularité : avoir été fondée par des habitants désireux de créer des espaces de dialogue entre les différentes communautés après que des réfugiés ont été agressés.

Pour travailler au sein de ces quartiers, Africa Unite a notamment formé, en dix ans, quatre cents médiateurs aux enjeux des droits de l’homme, des droits des migrants et des réfugiés. « Des équipes constituées de Sud-Africains, mais aussi de migrants et de réfugiés interviennent aujourd’hui dans cinq townships, explique Zoe Nkongolo. Ils font des animations dans les écoles, dans les églises et tissent dans les quartiers des liens avec la population. Les gens les voient alors différemment. Ils ne sont pas là pour prendre mais pour apporter, ils ont des compétences à partager. » Insérés dans les quartiers, ils connaissent les blocages, les points de friction, les leaders des différentes communautés, et savent en cas d’agression ou d’actes criminels sur qui s’appuyer pour faire baisser les tensions.

L’interview de Charles Mutabazi, directeur de l’association Aresta en Afrique du Sud

[1Son économie s’est développée autour de l’exploitation de ressources naturelles (or, platine, diamant, ferrochrome [composé de fer et de chrome, ndlr], charbon), et à travers l’émergence d’un puissant secteur de services, notamment financiers

[2L’Afrique du Sud a reculé de trente-cinq places dans le classement IDH entre 1990 et 2014 (à la 121e place). Elle est au second rang après la Namibie dans la liste des pays les plus inégalitaires au monde (coefficient de Gini). Ces inégalités se ressentent particulièrement dans l’accès aux ressources naturelles (eau, énergie) à l’éducation et au système de santé.

[3Les premières victimes de ces agressions sont très souvent les petits commerçants étrangers qui vendent des produits à très bas prix dans les quartiers les plus pauvres et sont accusés par les Sud-Africains de leur voler leur emploi.

Article mis en ligne le 15 février 2015

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