Noël contre la faim

Numéro 287- mai-juin 2015

 

Accueil des réfugiés syriens : Revivre après l’exil

L’association franco-syrienne Revivre, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, accueille les demandeurs d’asile syriens à Paris. Elle les guide dans leur parcours administratif et leur apporte un accompagnement humain adapté à leurs besoins. Étienne Marest, son secrétaire général, nous explique sa mission.

Faim et Développement : Comment se passe l’accueil des demandeurs d’asile syriens en France ?

Étienne Marest : Contrairement aux autres nationalités, les demandeurs d’asile syriens obtiennent en majorité le statut de réfugié. Mais la démarche reste un parcours difficile, pour les Syriens comme pour les autres. Ils doivent sans cesse se débrouiller pour remplir des papiers administratifs auprès de la préfecture, de l’Ofpra, (l’Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides) et des différentes administrations dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas encore.

Comment travaille Revivre auprès des réfugiés syriens ?

Nous avons ouvert une permanence en octobre 2012 dans une petite salle de la mairie du XXe. Depuis, nous avons suivi 511 dossiers, et les demandeurs ont tous obtenu l’asile. Mais le rythme s’accélère. Au cours du premier trimestre de cette année, 320 personnes sont venues demander des informations ou ont commencé des démarches.
Avec cinq bénévoles, une permanente de l’association, trilingue, accueille et accompagne les réfugiés. Nous les aidons à faire les démarches auprès de Pôle emploi pour obtenir l’Ata (Allocation temporaire d’attente, soit environ 340 euros par mois), pour avoir une couverture médicale (la CMU), pour bénéficier d’un titre de transport auprès de la RATP ou encore s’inscrire à la Caisse d’allocations familiales (CAF).
Nous organisons aussi des cours de français, seul moyen pour s’intégrer. Et nous constituons des binômes franco-syriens, pour partager des moments privilégiés : prendre un café, aller visiter un musée, préparer un repas ensemble... En juin, nous avons organisé un grand pique-nique dans le bois de Vincennes.

"Le gros problème, c’est l’hébergement"

La France fait-elle assez pour l’accueil des demandeurs d’asile ?

Je crois que vous connaissez la réponse ! La France est bien disposée pour accorder l’asile aux Syriens, mais elle ne fait pas grand-chose pour les accompagner. Le gros problème, c’est l’hébergement pendant la procédure. Il est très difficile d’avoir une place en Cada (Centre d’accueil des demandeurs d’asile), et le système d’hébergement d’urgence est saturé. Un grand nombre de demandeurs d’asile sont aujourd’hui à la rue.
Et si, par chance, ils obtiennent une place en Cada, ils ne peuvent pas y rester une fois le statut de réfugié obtenu. Or, quel propriétaire acceptera de louer à un réfugié syrien qui touche le RSA ? En réalité, la France met très peu de moyens dans l’accueil. La Suède ou l’Allemagne étant réputées pour mieux les accueillir, les Syriens préfèrent aller là-bas pour demander l’asile.

L’État délègue-t-il de plus en plus de responsabilités aux associations ?

L’idée selon laquelle les associations seraient là pour pallier les carences de l’État est un leurre. Les associations agissent avec peu de moyens, et ne sont pas en mesure de jouer le rôle de l’État. Sur la question de l’hébergement, par exemple, c’est flagrant. Aujourd’hui, il y a un réel manque de volonté et de courage politique.

Dans quel contexte a été créée l’association Revivre ?

L’association a été créée en 2004 par des Français et des Syriens pour soutenir d’anciens prisonniers politiques. Nous avions des partenaires sur place. Mais c’est fini : avec la guerre, tous nos amis ont été arrêtés ou ont disparu. Nous nous sommes recentrés sur l’accueil des réfugiés en France.

Notre particularité – être une association franco-syrienne antérieure à la guerre – nous a permis de dépasser certaines difficultés, car les clivages de la société syrienne se poursuivent dans l’exil. La guerre favorise la méfiance entre les personnes. Nous estimons que ce n’est pas à nous de faire le tri, entre pro ou anti-Bachar.
Nous nous gardons de toute appartenance religieuse ou politique et nous accueillons sans discriminations, même si c’est parfois difficile. Cela nous donne une certaine légitimité auprès des institutions et des demandeurs d’asile qui savent qu’ils peuvent nous faire confiance.
Notre association est parrainée par des personnalités telles que Michel Rocard, Daniel Cohn-Bendit, Jack Lang, ou la journaliste Édith Bouvier [1] qui avait été blessée à Homs.

Cette interview est extraite du dossier : Demandeurs d’asile, quel accueil leur réservons-nous ? du magazine Faim et Développement de juin 2015. Vous pourrez aussi y lire les articles suivants :

Décryptage/Droit d’asile en France : protection des personnes ou gestion des flux ?
Reportage : Accueillir un demandeur d’asile chez soi
Reportage/La Cour nationale du droit d’asile : la Cour des miracles (Découverte de cette institution unique en France).
Reportage/La communauté chrétienne d’Irak déracinée (Rencontre avec une famille accueillie en Anjou).

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[1Journaliste indépendante, Édith Bouvier a été grièvement blessée à la jambe en 2012 lors d’un bombardement à Homs qui avait coûté la vie à la journaliste américaine Marie Colvin et au photographe français Rémi Ochlik.

Article mis en ligne le 9 juillet 2015

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