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Bilan de la participation du CCFD-Terre solidaire au FSM de Belém 2009
Au Forum de Belém, la délégation du CCFD-Terre solidaire et ses partenaires du Sud ont moissonné de nombreuses expériences d'alternatives à la mondialisation ultra libérale et travaillé à des convergences avec d'autres acteurs de solidarité au Nord et au Sud pour construire un monde plus juste (pour tous et en particulier pour les plus pauvres). Deux sujets ont été particulièrement approfondis : la consolidation des réponses à la crise financière, et la réflexion sur les modèles énergétiques en lien avec la gestion durable des ressources naturelles.
Face à la crise financière : propositions et mobilisations
Le CCFD-Terre solidaire a très largement contribué à l’organisation des rencontres regroupant les principaux réseaux internationaux et thématiques d’ONG et de syndicats travaillant sur les questions de dette, de régulation financière et fiscale. Des propositions conjointes ont pu aboutir, dépassant les différences de langage, de nature et de culture des organisations. Ce texte a été finalisé en Assemblée thématique, et recueille aujourd’hui les signatures d’organisations (230 signataires à ce jour). L’unanimité s’est faite pour contester la légitimité du G20 pour répondre à la crise, et pour demander que cette tâche soit confiée à un organisme plus large et plus démocratique, au sein d’une ONU réformée. Les propositions de taxes mondiales, de création d’un nouveau système de réserves internationales, le démantèlement des paradis fiscaux, la surveillance stricte des mouvements de capitaux, la lutte contre la spéculation sur les matières premières sont autant de propositions formulées lors de l’assemblée thématique finale. Un atelier plus spécifique sur le plaidoyer à mener à l’occasion du G20 a été mené à bien, et une mobilisation internationale programmée pour le 28 mars, avant la rencontre des chefs d’Etat du G20.
Alternatives énergétiques : lancement d’une dynamique
L’objectif du CCFD-Terre solidaire était d’encourager une mise en relation d’organisations du Sud mobilisées face aux grands projets énergétiques (hydroélectrique, industries extractives, agrocarburants), de favoriser la mise en réseaux et la consolidation de propositions alternatives. La série d’ateliers organisés sur ce thème a permis un échange riche et varié, en particulier entre une quinzaine d’organisations d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, et le Mouvement brésilien des Affectés par les Barrages, fort de 30 années d’expérience de luttes et de propositions alternatives. La projection d’un film réalisé par la CIDSE sur les mobilisations face aux industries extractives en Amérique latine, et les apports de Michel Doucin, ambassadeur de France pour la RSE, sur les mécanismes existants pour interpeller les entreprises sur leur responsabilité, ont permis de réfléchir aux pistes d’actions à renforcer. Au Brésil, une mobilisation conjointe pour la souveraineté alimentaire et énergétique est lancée. Les partenaires du CCFD-Terre solidaire sont invités à s’associer à cette dynamique. La nécessité d’un travail conjoint avec des scientifiques engagés a été soulignée. Le CCFD-Terre solidaire a ensuite porté les recommandations issues des travaux de ces 3 journées devant l’assemblées thématique sur la justice climatique.
De multiples expériences à partager avec la société civile française
Les 21 bénévoles du réseau ou des mouvements, dont les 2/3 ont moins de 40 ans, avaient reçu un mandat de leurs délégations ou mouvements pour vivre l’expérience du FSM : celle d’une rencontre avec les sociétés civiles du monde entier. Leur participation est un investissement pour leur délégation, qui les charge d’être ensuite moteurs pour vivifier le réseau CCFD-Terre solidaire. Ils ont pleinement assumé cette responsabilité en suivant activement les axes de travail portés par le CCFD-Terre solidaire et quantité d’autres dynamiques dans le Forum. Ils ont pu approfondir leurs connaissances et analyse sur les thèmes du développement défendus par le CCFD-Terre solidaire, et rencontrer lors d’échanges informels de nombreux acteurs de la société civile venus du monde entier. Une expérience très enrichissante et motivante, dont ils ont rendu compte, au quotidien, par la tenue d’un blog très dynamique sur le site du CCFD-Terre solidaire. Ils vont désormais restituer cette expérience lors de nombreuses rencontres et conférences en France, auprès de leurs délégations et du grand public.
Pour les partenaires du Sud, l’occasion de construire et consolider des alliances
Les 12 organisations directement invitées par le CCFD-Terre solidaire, mais aussi d’autres partenaires retrouvés sur place, ont pu échanger les uns avec les autres, et intervenir dans de nombreux débats et rencontres sur place. Pour certains, il s’agissait de consolider un travail au sein d’alliances déjà forgées. Pour d’autres, l’enjeu était d’aller à la découverte de nouvelles thématiques, approches, réflexions, ou de nouvelles organisations, de confronter leurs expériences et modes d’action, et de prendre connaissance de divers réseaux dont ils sont éloignés aujourd’hui. Un travail qu’ils vont poursuivre dans les mois à venir avec l’accompagnement du CCFD.
Des medias français peu présents, mais une bonne couverture de la presse écrite
Malgré l’absence d’envoyés spéciaux des medias audiovisuels, et le peu de place accordée au sujet dans les médias français pour cause de forte actualité sociale dans l’hexagone, le CCFD a pu faire connaître ses positions, celle de ses partenaires du Sud et le résultat de ses travaux dans plusieurs sujets radios (France inter, France info, RFI) et même au cours d’un duplex avec Davos sur France 24. Et plus largement dans l’ensemble des titres de la presse écrite qui ont couvert le FSM (Le Monde, Les Echos, La Croix, Libération, La Vie, Réforme…).
Catherine Gaudard,
Directrice Plaidoyer
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De notre correspondant
Até logo Belém (A bientôt Belém)
Un soleil accablant, suivi d’averses tropicales. Des sites universitaires excentrés, des kilomètres parcourus à pied, pour enfin parvenir au but… à condition que l’atelier où le séminaire n’ait pas été annulé sans crier gare ou déplacé à l’autre bout du campus. Et quand tout correspondait à ce qui était écrit, là, sur le grand journal du FSM, c’était parfois le son qui ne marchait pas ou alors la traduction, quand il y en avait, qui manquait de précision.
Voilà le tableau du FSM 2009. Enfin, celui que dresseront tous les râleurs –il y en a quelques-uns chez les altermondialistes- . Ceux qui auront oublié que l’Amazonie est une région équatoriale où, justement, soleil et pluie concourent à la luxuriance d’une partie du monde qui constitue le poumon de la planète. Celui qu’il faut défendre contre toutes les formes d’agressions. Ceux qui auront oublié aussi que le Brésil possède son propre rythme ; souvent, la nonchalance n’est qu’apparente, toujours elle est compensée par la disponibilité et la gentillesse de ses habitants dont la philosophie se résume en ce proverbe : « A la fin, tout s’arrange. Si ça ne s’arrange pas, c’est que ce n’est pas la fin ! ».
Chico Whitaker, le fondateur du FSM de Porto Alegre en 2001, avait lui-même prévenu, lors de la soirée d’accueil du CRID, le 26 janvier : « Ne vous attendez pas à ce que tout marche comme une montre -« ici, ce n’est pas Davos ! »- ça va marcher, mais dans le chaos ». Il avait raison.
Le cru FSM 2009 a été excellent. Il a connu une affluence record, avec 135 000 personnes, au lieu des 80 000 initialement prévues. Largement suivies, les thématiques -Amazonie, Energie, Crise financière, Droits de l’homme, Criminalisation des mouvements sociaux…- ont donné lieu à des débats d’une rare qualité. Mais c’est surtout le climat qui a régné pendant ces jours qui restera l’élément le plus marquant.
Tandis que la planète traverse une crise systémique (financière, alimentaire, sociale, énergétique, climatique, environnementale), jamais les propositions et convictions portées par les altermondialistes n’ont eu autant de crédibilité. Les propositions étaient portées par des gens venus du monde entier, même si l’on pourra regretter la très faible participation de l’Afrique et de l’Asie. Comme s’il avait fallu attendre que la planète vive le chaos pour que l’on prête enfin l’oreille à ceux qui « dans l’action », tentent de construire depuis des années un autre monde possible.
L’histoire retiendra également que ce FSM 2009 aura accueilli cinq chefs d’Etat latino-américains : Brésil, Paraguay, Equateur, Bolivie et Venezuela. Comme pour rappeler, à l’instar d’Evo Morales, qu’ils étaient les fruits des FSM.
Enfin, comment oublier ces quelques 3000 indigènes venus participer au FSM 2009 ? Un record de présence dont les principaux intéressés se seraient bien passés. Mais « le danger est à nos portes » n’ont cessé de répéter les Tukano, Sateré Maué, Tuyuca, Marubo, Maioruna, Dessana, Arara, Apurinã et autres Baniwa. Un danger qui les ont amenés à poser un temps les arcs et les flèches pour prendre un micro et confier leur angoisse de disparaître.
Reste désormais à donner une suite à cette belle aventure humaine. Pour les signataires de l’appel « Mettons la Finance à sa place ! » destiné à demander un changement de paradigme économique, rendez-vous est d’ores et déjà pris pour le 28 mars lorsque le G20 se tiendra à Londres. Sur les autres thématiques, les liens tissés à Belém se renforceront encore pour créer de nouveaux réseaux, travailler ensemble et lier des partenariats pour la liberté et la dignité de chacun. Afin qu’un jour, cet autre monde possible voie le jour.
Jean-Claude Gérez,
journaliste
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