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Forum social de Belém : la construction d’un autre monde est déjà en route !
Avec une participation record par rapport aux attentes (133.000 participants au lieu de 80.000), et 2400 activités organisées, le Forum social mondial de Belém a montré une vraie vitalité du mouvement social, dans toute sa diversité, pour se mobiliser face aux crises écologique, alimentaire, financière, climatique… Pleinement accueilli par la ville de Belém et ses habitants, le Forum était très ancré dans les réalités locales, à commencer par celles de l’Amazonie (à la différence de forums précédents qui avaient pu apparaître comme étant « hors sol »).
Le forum a en effet été introduit par une Journée pan-Amazonienne qui a permis la rencontre avec les peuples indigènes des 9 pays de l’Amazonie. Un enjeu majeur, avec le rassemblement de près de 4.000 représentants issus de 120 groupes ethniques, quilombolas et marrons, dont la présence a marqué la grande marche d’ouverture du Forum. Certains ont dû voyager plus de 8 jours pour venir au Fsm, par bus et par bateau. Bien plus large que les précédentes rencontres pan-amazoniennes, cette mobilisation était un pari réussi, qi a permis aux peuples d’Amazonie de profiter de l’espace du FSM pour se faire entendre, y compris auprès du pouvoir politique. Les jours suivants, les échanges avec les autres participants du Forum n’ont pas toujours été faciles, en raison de la langue, et des différences dans les modes d’expression. La préoccupation majeure de nombre d’entre eux est devenue la vente de leur artisanat ou leur art du tatouage… Mais le cri d’alarme lancé par les représentants de ces peuples a résonné pendant tout le Forum, et a été largement pris en compte dans les travaux, avec le souci d’assurer les bases de la vie culturelle, spirituelle et matérielle de tous les hommes, tout en préservant la nature et la planète.
Le forum a ensuite montré la force d’attraction et le dynamisme du mouvement social, en ces temps de crise, tout en révélant les difficultés liées notamment au choix d’une ville aussi excentrée, et au manque de moyens financiers (même si l’Etat du Para et la ville avaient apporté un énorme soutien en infrastructures et services). Au sein d’une foule de brésiliens, dont beaucoup d’étudiants des deux universités accueillant le Forum, la dimension internationale était réelle, bien que moins forte que dans les forums précédents : 142 nationalités étaient présentes, avec 4.900 organisations mobilisées, dominée par une très forte représentation d’organisations de toute l’Amérique Latine, suivies d’une délégation européenne avec 491 organisations (28 dans la délégation du CRID). Les délégations d’Afrique et d’Asie étaient faiblement présentes, une des limites de ce Forum.
Certes, on a pu avoir le sentiment de la cohabitation de deux forums : un Forum brésilien, vibrant de jeunesse et de dynamisme, aux côtés d’un Forum international plus restreint bien que très dynamique lui aussi . Le souci de ne pas se retrouver avec un déficit (c’est le premier FSM ayant réussi ce pari !) a en effet conduit les organisateurs du Forum à faire des choix drastiques en termes de dépenses, en particulier pour la traduction, et pour le fonds de solidarité qui doit permettre à un plus grand nombre d’organisations du Sud de venir. L’accès de tous à de nombreux débats en a été limité, même si l’on a parfois réussi à se débrouiller avec les moyens du bord pour la traduction.
Le camp de jeunes a rassemblé plus de 20.000 jeunes, beaucoup plus que le Forum n’en attendait, d’où certains problèmes de logistique, d’hygiène etc.., en particulier en raison des pluies diluviennes, mais une ambiance garantie ! Et malgré les problèmes logistiques, la violence et la délinquance étaient quasiment absents de l’espace du Forum, qui s’est déroulé dans une ambiance bon enfant.
Plus de 400 groupes culturels participaient au forum : la volonté était d’affirmer la dimension culturelle comme forme d’expression politique des alternatives, et pas seulement comme une parenthèse de détente et de distraction. Un pari difficile, pas toujours atteint.
Malgré ces défis et limites, ce 8ème Forum mondial a témoigné de la vitalité d’un mouvement social en plein renouvellement : d’abord, la jeunesse des participants, de nombreux responsables d’activités et intervenants a été remarquée. Ensuite, la volonté d’aller de l’avant sur les enjeux, de développer des réponses face aux multiples crises, et de faire le lien entre toutes ces crises. Entre ONG, syndicalistes, chercheurs, indiens d’Amazonie, paysans, femmes, jeunes… du Nord comme du Sud, groupes locaux et réseaux internationaux, radicaux et rénovateurs, le dialogue progresse dans la recherche d’une vision du monde et de propositions cohérentes, s’efforçant de dépasser les langages et approches propres à chacun : c’est le défi lancé à chaque fois par le Forum. Entraînés dans cette dynamique, d’autres Forums continuent de s’organiser en parallèle et viennent enrichir le Forum lui même : Forum mondial des théologiens, Forum des Collectivités locales, Forum de l’éducation, et un nouveau venu : le Forum Sciences et démocratie, rassemblant des scientifiques.
La venue de 5 chefs d’état d’Amérique latine en parallèle au Forum, gérée très habilement par le Forum sans écraser ni bouleverser sa propre dynamique, a montré que le rapport entre le mouvement social et les politiques a pris plusieurs chemins visibles. Luiz Ignacio Lula (Brésil), Fernando Lugo (Paraguay), Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur), et Hugo Chavez (Venezuela), ont rappelé devant 10.000 personnes qu’ils étaient l’émanation des mouvements sociaux, des syndicats et des revendications indigènes. Ils se sont présentés comme issus de la dynamique du FSM, ont souligné leur volonté de poursuivre les démarche de nouvelle gouvernance économique et financière, en privilégiant l’échelle régionale, associant étroitement les sociétés civiles...
En termes de contenus : la plupart des activités du forum étaient centrées sur les réponses face aux crises : financières, alimentaires, énergétiques, climatiques, conflits comme celui de la Palestine etc.., avec une réflexion transversale sur la crise du modèle de développement, allant pour certains jusqu’à la « crise de civilisation». On peut regretter que les activités n’aient pas été suffisamment « agglutinées », c'est-à-dire dans le jargon du Forum, qu’il n’y ait pas eu plus d’incitation au regroupement des activités ayant les mêmes thèmes ou objectifs. Une avancée méthodologique cependant : le Forum a nettement progressé dans l’atterrissage sous forme d’assemblées thématiques, avec 29 déclarations thématiques, aux formats et statuts les plus divers, allant des textes d’analyse aux documents de stratégie précis avec appel à signature. Point largement commun à la plupart de ces déclarations : elles vont au-delà de la dénonciation, pour réagir aux propositions des gouvernements et leur répondre en s’engageant dans des propositions d’alternatives. Ces déclarations révèlent une meilleure prise en compte du rapport entre l’écologie et le social, et un rapprochement croissant entre toutes les thématiques.
La presse internationale était bien présente, en particulier la presse économique : Les Echos, The economist, Financial Times ont souligné la pertinence des propositions formulées dans ce Forum face à la crise financière, Der Spiegel allant jusqu’à s’interroger en couverture « La réponse est peut être plus à Belém qu’à Davos ». Par contre les télévisions occidentales ont très peu couvert le Forum, toujours déconcertées par la complexité des messages et l’absence de « personnalisation ». La presse écrite et les radios française ont assez bien couvert l’évènement, avec une grande diversité de points de vue, des plus enthousiastes aux plus désabusés. Parallèlement, les nouveaux modes d’information et de communication que sont les sites web et les multiples blogs ont permis une bonne diffusion de l’actualité du Forum auprès de ceux qui voulaient s’informer.
Un processus qui se poursuit
Dans cette ambiance de grand festival, et malgré les aléas logistiques et de participation, ce Forum a mené un réel travail : les luttes, les urgences ont été prises en compte dans les débats. Ce FSM a bien joué son rôle d’espace de construction de la résistance et de nouvelles pratiques, de nouveaux systèmes. Certes, ce temps fort de rencontre qu’est le FSM n’a de sens que parce qu’il est précédé et suivi de rencontres nationales et régionales des réseaux, qui permettent d’approfondir, de consolider les alliances, de poursuivre les dialogues et mobilisations. Ainsi, plusieurs assemblées thématiques ont dégagé des temps forts de mobilisations et de rassemblements communs : mobilisations autour du G20 le 28 mars et en avril 2009, pour les migrations en mai 2009, une journée mondiale d’action le 12 décembre pour la justice climatique à l’occasion de la conférence de Copenhague… Enfin, les Forums thématiques, les Forums nationaux, régionaux ou continentaux sont d’autres espaces qui prolongent, approfondissent, ancrent les propositions dans les réalités diverses des mouvements sociaux dans chaque contexte.
Le lendemain du Forum, quelques 120 membres du Conseil international (dont le CCFD-Terre solidaire, qui y représente la CIDSE), et des observateurs, se sont réunis pendant 2 jours pour tirer le bilan de ce 8ème Forum social mondial, et travailler sur les suites. Un vaste chantier qui se construit quotidiennement au sein des milliers d’organisations qui participent au Forum.
Catherine Gaudard,
Directrice Plaidoyer
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