Noël contre la faim

Publié le 2 novembre 2015

Le nouveau souffle de la théologie de la Libération

Une délégation du CCFD-Terre Solidaire a participé, du 26 au 30 octobre, au Congrès Continental de Théologie organisé par le partenaire du CCFD-Terre Solidaire « Amerindia », à Belo Horizonte, au Brésil.
L’occasion de mesurer à quel point l’élection du Pape François a donné un nouveau souffle à l’Église et à la théologie latino américaine.

« Si la Théologie de la Libération est morte, je n’ai pas été invitée à son enterrement. Alors je continue à croire naïvement qu’elle existe ! » La boutade de Gustavo Gutiérrez, le « père » de la Théologie de la Libération, a été accueillie par des salves de rires.
A lui seul, le bon mot résume d’ailleurs le climat de confiance et d’optimisme qui a régné durant le 2ème Congrès Continental de Théologie, qui s’est déroulé du 26 au 30 octobre 2015, à Belo Horizonte au Brésil.
Cette rencontre a été organisée par le partenaire du CCFD-Terre Solidaire « Amerindia », un réseau composé d’évêques, de théologiens, de chercheurs en sciences sociales, de religieux et de laïcs engagés dans l’Eglise.
Le thème de cette seconde édition ? « L’Église qui avance avec l’Esprit et à partir des pauvres ».

L’objectif des organisateurs était de « discerner, à partir de la Parole de Dieu, la présence de l’Esprit Saint à l’intérieur de pratiques de solidarité avec les exclus, et réfléchir au nécessaire défi de réformer l’Église ».
Mais surtout, profiter de l’évènement pour montrer le dynamisme de la théologie latino américaine. « Le 1er Congrès, organisé en 2012, avait été très important car il s’était déroulé dans un contexte que l’on peut qualifier d’ « hiver ecclésial », a rappelé Socorro Martinez, l’une des coordinatrices d’Amerindia. A cette époque, il était crucial de réaffirmer la force de la théologie latino américaine et en particulier de la Théologie de la Libération, 50 ans après l’ouverture du Concile Vatican II ».

Une Théologie de la Libération bien vivante

Trois ans après, ce 2ème Congrès avait donc une saveur toute particulière pour les quelques 300 participants.
La raison tient évidemment à l’élection, en 2013, d’un pape Latino américain. « François a indéniablement impulsé un nouveau souffle à l’Eglise mondiale et continentale, a souligné Pablo Bonavía, membre de la Commission d’organisation du Congrès continental. Il a amené avec lui des changements significatifs dans le contexte ecclésial ».
Pour Cecilia Tovar, théologienne péruvienne, « le Saint-Père s’est rapidement imposé comme un acteur très important de la scène internationale, qui propage l’idée de la miséricorde. »

Paulo Barbosa da Silva, membre de la délégation de quatre personnes du CCFD-Terre Solidaire qui a participé à la rencontre, partage ce sentiment. « On perçoit un climat d’espérance dans l’Église latino américaine aujourd’hui », se réjouit ce natif de Manaus, au cœur de l’Amazonie brésilienne.
Agent pastoral au diocèse de Strasbourg, Paulo est particulièrement heureux de participer à ce congrès. « Je rencontre et échange avec les grands théologiens comme Leonardo Boff qui ont marqué ma formation de chrétien », se réjouit-il.
Lui qui se revendique comme un « pur produit des Communautés Ecclésiales de Base (CEB) » est plus que jamais convaincu que « la Théologie de la Libération est bien vivante ».

Jean-Claude Gerez La délégation du CCFD-Terre solidaire avec Léonardo Boff

Un besoin de s’ouvrir davantage

Pour le Père Jean-Claude Sauzet, responsable de la délégation, ce congrès a permis avant tout de prendre le pouls du Continent. « Une bonne analyse politique et sociale est indispensable pour comprendre les réalités du continent et accompagner du mieux possible les partenaires, souligne l’ancien aumônier du CCFD-Terre Solidaire. Mais observer l’évolution de l’Église et de la théologie est très important aussi. » D’autant que de nombreuses thématiques développées pendant le Congrès sont au centre des actions menées par le CCFD-Terre Solidaire.

Durant les cinq jours de ce Congrès, les participants ont en effet pu échanger expériences et réflexions dans le cadre d’ateliers. Une quinzaine de thématiques étaient proposées, parmi lesquelles les migrants, l’Éco théologie, le droit urbain, ou encore la Cosmovision Indigène.
Des ateliers malheureusement trop brefs au goût des participants et où la présence d’acteurs des problématiques évoquées a souvent fait défaut. « J’étais la seule personne issue d’un peuple indigène, s’est étonné Paulo Barbosa da Silva. D’ailleurs je pense que le Congrès aurait pu s’ouvrir d’avantage. Il manquait par exemple des représentants des nouveaux courants de la Théologie latino américaine, comme les théologies indienne et afro ».
Pour Jean-Claude Sauzet, « le Congrès aurait aussi gagné à inviter des théologiens venus d’autres continents, même comme simples observateurs. »

« Capitalisme spirituel »

En attendant, les figures « historiques » de la théologie latino américaine, elles, étaient bien là. Et elles espèrent que la présence de François à Rome va aider l’Église continentale à renouer avec l’élan du Concile Vatican II et de la Conférence épiscopale de Medellin, en Colombie, en 1968.
La nécessité d’une Église des pauvres pour les pauvres y avait été clairement affirmée. Mais le remplacement progressif des évêques en place par des prélats plus conservateurs avait freiné cet élan.
L’espoir est d’autant plus grand que la pauvreté et les inégalités sont toujours très présentes en Amérique latine. Une pauvreté que Gustavo Gutiérrez qualifie « d’échec de la Création ».

Cette Création est « mise en danger par la cupidité d’une minorité », a encore une fois dénoncé Leonardo Boff, appelant de ses voeux un « capitalisme spirituel ».
Le théologien brésilien a évoqué les conflits socio-environnementaux qui secouent le continent et dans lesquels l’Église est souvent impliquée au côté de la société civile et du peuple. Quitte à y risquer la vie et devenir un martyr, comme cela a été le cas avec Mgr Romero. Le nom de l’archevêque de San Salvador, assassiné en mars 1980 et béatifié en mai dernier a été très souvent évoqué au cours du Congrès.
« Cette multiplicité des conflits et la permanence des inégalités interpellent plus que jamais l’Église sur son rôle prophétique », assuré Juan Hernandez Pico, théologien salvadorien. En Amérique latine, comme ailleurs.

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Virginie Vanhee et Gustavo Gutierrez
©Jean-Claude Gerez

Portrait : « Je me suis réconciliée avec l’Église Catholique »

Militante au Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (MRJC), Virginie Vanhee faisait partie de la délégation du CCFD-Terre Solidaire au Congrès Continental de Théologie. Une grande expérience humaine et spirituelle.

Tout semblait disposer Virginie Vanhee à participer au 2ème Congrès Continental de Théologie. « J’ai grandi dans une famille catholique pratiquante, dans un petit village des Flandres, explique cette jeune femme de 27 ans. En 2002, j’ai intégré le Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (MRJC) ».
Dès le collège et l’apprentissage de l’espagnol, Virginie s’intéresse à l’Amérique latine. C’est donc tout naturellement qu’en 2012, elle part travailler six mois en Espagne, dans une association qui accueille des migrants, notamment sud-américains.

Quand elle a appris que le CCFD-Terre Solidaire envisageait d’envoyer une délégation au Congrès de Théologie, celle qui est chargée de Relations (et de Solidarité) Internationales au sein de la Mairie de Lille n’a pas hésité. « J’y ai vu la possibilité de rencontrer d’autres personnes de ce continent. Mais aussi de découvrir les acteurs de cette Église sociale qui me plait parce qu’elle lutte. Et enfin de discuter des problématiques économiques et sociales du continent ». Une mission largement accomplie.

Révolution spirituelle

Car très vite et grâce à sa maitrise de l’espagnol, la jeune femme s’est sentie à l’aise parmi les congressistes, multipliant les conversations avec les théologiens. Elle a évidemment assisté aux conférences et à l’atelier (sur les migrants !) et noirci des pages entières de notes. Elle s’est associée également au groupe de jeunes qui ont manifesté, à l’issue de la conférence de Gustavo Gutiérrez, leur désir d’avoir toute leur place dans cette théologie latino américaine.

« Ces quatre jours de Congrès ont été très enrichissants au niveau personnel, admet la jeune femme. Sur le plan émotionnel, cette expérience m’a bouleversé et j’ai le sentiment d’avoir vécu une mini-révolution sur le plan spirituel ! » Mais l’essentiel est peut-être ailleurs pour la militante du MRJC. « Ce Congrès m’a permis de raffermir ma foi et me réconcilier avec l’Église catholique ».

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