Noël contre la faim

Publié le 27.09.2013 • Mis à jour le 27.09.2013

Lancement du rapport du GIEC : un appel des organisations catholiques de développement

Entre le 23 et le 26 septembre 2013, des représentants des gouvernements se sont réunis à Stockholm pour valider les conclusions du premier groupe de travail du 5ème rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui rassemble l’ensemble des éléments de compréhension de notre système climatique et de son évolution.

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Ce nouveau rapport du GIEC, officiellement rendu public ce vendredi 27 septembre, doit permettre d’éclairer les décisions politiques en matière de lutte contre les changements climatiques. Ses conclusions sont d’autant plus attendues que la communauté internationale est en train de négocier un accord mondial sur les changements climatiques, qui devrait être signé lors de la conférence climatique internationale qui aura lieu à Paris, en 2015.
Et ce rapport lance un nouveau cri d’alarme à la communauté internationale : les changements climatiques sont désormais une réalité au Nord comme au Sud, et leurs impacts se font déjà sentir par les populations ; mais le rapport nous dit également qu’il est encore temps d’agir.

Que dit ce nouveau rapport du GIEC ?

Les scientifiques du Giec affirment que le lien entre les activités humaines (surtout l’usage des énergies fossiles) et les changements climatiques n’a jamais été aussi certain (probabilité à 95%, contre 90% en 2007, et juste au-dessus de 50% en 1995). Ils expliquent que les changements climatiques montrent déjà leurs premiers effets, notamment en termes de hausse de la température, de hausse du niveau des mers, d’intensification des fortes pluies, de fréquence des événements extrêmes, d’acidification des océans, etc.

Le rapport établit quatre scénarios possibles. Ces scénarios montrent que si une politique climatique très ambitieuse est menée, il reste possible de maintenir la hausse moyenne de température sous les deux degrés (par rapport aux niveaux des températures préindustrielles). Par contre, si le monde se maintient sur les trajectoires actuelles en termes d’usage des énergies fossiles, de concentrations atmosphériques en CO2 et de hausse de la température, l’objectif des 2°C sera inatteignable. Rappelons qu’en 2010, tous les gouvernements de la planète se sont accordés pour définir l’objectif de 2°C comme seuil maximum pour éviter un emballement incontrôlable du système climatique.
Le rapport montre que dans le scénario du pire, d’ici la fin du siècle, les températures pourraient augmenter jusqu’à +4,8°C par rapport à la fin du 20ème siècle, c’est-à-dire +5,5°C par rapport aux niveaux préindustriels. La fréquence des vagues de chaleur, qui aujourd’hui ont lieu une fois tous les 20 ans, pourraient doubler ou tripler ; le niveau de la mer pourrait s’élever à près d’un mètre en 2100, et à 3 mètres en 2300 ;

Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter le site mis en place par le Réseau Action Climat France qui explique de manière graphique et pédagogique les éléments scientifiques du rapport : www.leclimatchange.fr

Un enjeu de solidarité internationale et de justice globale

Des changements climatiques dont les pays « développés » sont principalement et historiquement responsables, mais dont les pays du Sud payent le plus lourd tribut, et dont les impacts seront encore démultipliés si les trajectoires de développement de tous ne sont pas repensées. Les impacts se font ainsi déjà ressentir : déplacements de populations, crises alimentaires suite à des sécheresses ou des inondations, raréfaction de la ressources en eau dans certaines régions... Et ce n’est qu’un début.

Selon un rapport 2013 de la Banque Mondiale, une hausse de la température mondiale moyenne de 2°C d’ici 20/30 années et de 4°C avant la fin du siècle (envisageable dans le contexte d’inertie des négociations climatiques internationales) aurait des impacts violents sur les populations les plus vulnérables ; à titre d’exemples :

  • 40% des terres cultivées en maïs rendues inexploitables pour cette culture dans les années 2030 en Afrique subsaharienne, alors même que le continent africain connaît déjà les impacts d’une forte insécurité alimentaire due à l’irrégularité des récoltes ;
  • une réduction des précipitations annuelles en Afrique australe qui pourrait atteindre 30% dans un monde à +4°C, avec une aggravation des risques de sécheresse ;
  • en Asie du Sud Est : une élévation du niveau de la mer 10 à 15% supérieure à la moyenne mondiale (érosion côtière, inondations, etc), une augmentation de l’intensité des cyclones tropicaux, une destruction d’écosystèmes importants (récifs coralliens, zones humides côtières) ;
  • en Asie du Sud : une augmentation de la production vivrière qui ne devrait progresser globalement que de 12% par rapport aux niveaux de 2000 dans un monde à +2°C (contre 60% sans changement climatique), conduisant à une baisse d’un tiers de la production vivrière par habitant ; une réduction de plus de 10% de la disponibilité d’eau par habitant dans un monde à + 3°C ;

Le changement climatique constitue ainsi un enjeu majeur de solidarité internationale, qui nécessite un engagement fort des Etats, notamment aux niveaux européens et français :

  • un renforcement de l’action collective dans le cadre des négociations climatiques internationales pour le court et moyen termes, et la construction d’un accord mondial et équitable post-2020. En tant que future présidente du sommet sur les changements climatiques en 2015, la France a un rôle clef à jouer dans ce cadre et doit se montrer exemplaire.
  • une action politique ambitieuse en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de transition énergétique (et sachant que des solutions existent !) (voir pour un renvoi ici vers le site du Réseau Action Climat-France qui traite de ces questions : http://www.rac-f.org/) et qui soit cohérente avec les objectifs de développement et de respect des droits humains ; attention, en effet, aux "fausses solutions" engagées au titre de la lutte contre le changement climatique, dont la plus-value dans ce domaine reste à démontrer et qui ont des effets dévastateurs sur les communautés locales rurales notamment des pays du Sud (notamment les impacts négatifs du développement des agrocarburants industriels sur la sécurité alimentaire des populations, les risques associés aux mécanismes de marché carbone et de paiement pour services environnementaux en termes de privatisation des espaces naturels dont dépendent les populations locales pour leurs ressources alimentaires et énergétiques, etc).
  • la mobilisation de financements publics, innovants et additionnels à l’aide publique au développement pour soutenir la lutte contre les changements climatiques dans les pays du Sud. La lutte contre le changement climatique ne doit pas se traduire par la création d’un nouveau marché ouvert à la "spéculation verte". Les investissements publics doivent permettre d’appliquer à plus grande échelles des démarches ayant déjà montré leur efficacité. Des solutions existants et sont déjà mises en œuvre par les partenaires du CCFD-Terre Solidaire. L’agro-écologie, notamment, ouvre la voix à une nouvelle organisation de la production agricole et alimentaire déterminante quand on sait que l’agriculture est un secteur fortement impacté par les effets du changement climatique.

Lire le rapport 2012 de la CIDSE "Garantir le droit à l’alimentation dans un monde de contraintes climatiques"

Les directeurs des organisations catholiques de développement lancent un appel en faveur de la justice climatique

Nous, Directeurs d’organisations catholiques de développement travaillant ensemble dans plus de 100 pays pour la réduction de la pauvreté et la justice sociale, nous nous mobilisons suite à la publication du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), en lançant un appel pour la justice climatique.

Le rapport du GIEC publié aujourd’hui est à nouveau très clair sur le fait que le changement climatique est indéniable et causé par les activités humaines. Le rapport confirme ce que nous voyons tous les jours dans le travail que nous engageons avec nos partenaires du Sud auprès des communautés vulnérables : que le changement climatique impacte le plus fortement les plus pauvres, qui ont le moins contribué au problème.

Le temps du doute, des décisions de court-terme et de la défense des intérêts particuliers (au détriment de l’intérêt général) aurait du être dépassé depuis longtemps déjà. Si nous n’engageons pas une action à la hauteur de l’urgence de la crise climatique et ne réduisons pas les émissions de gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique, la température augmentera bien au-delà du seuil critique, internationalement reconnu, de +2°C d’ici la fin du siècle. Cela constitue un risque majeur pour les communautés vulnérables et pour la famille humaine dans son ensemble.

C’est pourquoi nous appelons aujourd’hui les gouvernements à prendre les mesures urgentes nécessaires pour faire évoluer nos économies dépendantes des énergies fossiles vers des sociétés sobres en carbone, et à soutenir financièrement les efforts des pays en développement en termes de gestion des impacts du changement climatique et de construction de trajectoires de développement viables. Les décideurs internationaux doivent urgemment adopter des politiques adaptées face au défi du changement climatique et s’assurer que les efforts de développement et les droits humains ne sont pas mis en danger. Dans le cadre des négociations climatiques internationales, il est impératif que tous les pays s’engagent de manière constructive vers un accord climatique ambitieux et juste, et les pays développés, qui sont les principaux responsables du changement climatique, doivent être exemplaires et montrer la voie. Nous en appelons également à l’ensemble des citoyens du monde : nous devons vivre plus simplement pour que tous les hommes puissent simplement vivre.

En tant que responsables d’organisations confessionnelles, nous réaffirmons notre engagement fort à agir en faveur du bien-être de tous au sein de la Création, en se plaçant aux côtés des populations pauvres et vulnérables.

Télécharger la déclaration des directeurs CIDSE

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