Publié le 01.12.2014 • Mis à jour le 15.12.2014

Le CCFD-Terre Solidaire présent à la COP20 à Lima

Du 1er au 12 décembre, la Conférence des Parties 20 (COP20) se déroule à Lima au Pérou, avant celle de « Paris Climat 2015 ». La conférence de Lima devrait poser les premiers jalons de l’accord mondial attendu pour l’année prochaine. Elle doit contribuer à renforcer et diffuser des initiatives de lutte contre les changements climatiques. Présent, le CCFD-Terre Solidaire sera vigilant à ce que ces initiatives respectent les critères environnementaux et sociaux, et répondent aux besoins des plus pauvres et des plus vulnérables.

Le principal défi des négociations climatiques reposera sur les choix et les modèles agricoles, technologiques, économiques,… proposés face à l’urgence climatique. Tous ne sont pas les bons. De nombreux « agendas des solutions » se multiplient en dehors du cadre de l’Onu. Si les ONG accueillent favorablement certaines initiatives, d’autres, dépourvues de règles communes et de garde-fous, relèvent trop souvent du « climate-washing ». Loin de proposer des alternatives efficaces pour réduire les gaz à effet de serre, certaines font même peser des risques supplémentaires pour les populations et notamment sur le droit à l’alimentation et la souveraineté alimentaire. Elles peuvent (souvent) répondre à des intérêts particuliers, ceux de grandes entreprises, et freiner l’essor des solutions d’intérêt général.

Deux « fausses solutions » plus particulières seront suivies par le CCFD-Terre Solidaire :

Global Alliance on Climate Smart Agriculture

En septembre 2014, à l’occasion du Sommet de Ban Ki Moon dédié au Climat, l’Alliance internationale pour l’agriculture climato-intelligente a été lancée et 14 pays dont la France, les Etats-Unis ou le Niger et plus de 30 structures (associations, entreprises, recherches…) en font dorénavant partie. Pourtant, une grande majorité des organisations de la société civile ont manifesté fermement leurs doutes sur cette Alliance en s’appuyant sur l’analyse du document-cadre de cette initiative. Trois critiques majeures sont faites :
- le périmètre des pratiques promues n’est délimité par aucun critère d’exclusion ni normes sociales ou environnementales (laissant libre court au développement d’OGM ou à des pratiques intensives en pesticide, d’autant plus quand les premiers acteurs privés impliqués sont ceux de ces secteurs). La référence aux Droits de l’Homme est lacunaire malgré une mention succincte du droit à l’alimentation.
- les besoins prioritaires des différents modèles agricoles ne sont pas clairement identifiés : adaptation pour les agricultures familiales vs atténuation pour l’agriculture industrielle.
- la gouvernance de l’Alliance et les liens avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et le comité de la sécurité alimentaire mondial sont flous au risque de générer compétition, confusion ou manque de représentativité des agricultures familiales.

Impacts négatifs sur la sécurité alimentaire des mécanismes climat (avec focus Redd+)

On estime aujourd’hui que 10% des émissions de Gaz à effet de serre (GES) sont dues à la déforestation. D’où l’inclusion de la déforestation, dès le début des années 2000, dans les négociations internationales avec la mise en place du mécanisme : réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts dans les pays en développement, et le rôle de la conservation, de la gestion durable des forêts et du renforcement des stocks de carbone forestiers dans les pays en développement (REDD+). Ce mécanisme se veut la formulation d’une proposition de compensation financière des résultats des pays en matière de réduction de la déforestation.

Ce mécanisme a fait l’objet de questionnement, sur son architecture (problème de gouvernance qui n’est toujours pas résolus), sa performance réelle (préserver la forêt là-bas pour pouvoir émettre ici),… mais également sur son impact pour les populations locales et leur sécurité alimentaire. En effet, les projets REDD+, en privatisant certaines zones forestières, accaparent des terres et excluent de fait les populations vivant sur le territoire. Des communautés locales, des populations autochtones se retrouvent ainsi priver de leur première ressource alimentaire, la forêt.
Au-delà de cette privatisation certains projets sont bien loin de répondre aux enjeux de réduction de la déforestation et des GES. En effet, comment une plantation d’eucalyptus, de palmier à huile ou de bananier pourrait recevoir des compensations financières au nom de REDD+ quand il a fallu 1/ déforestation pour installer ces plantations ? 2/ quand la plantation développée est souvent à très large échelle, industrielle et dont les impacts négatifs sur l’environnement sont plus que reconnus.

Quelle mobilisation du CCFD-Terre Solidaire à l’occasion de la COP20 ?

La journée du 30 novembre a été marquée par la veillée de la lumière organisée par le Conseil Inter-réligieux du Pérou, auquel participe la Commission Episcopale d’Action Sociale (partenaire du CCFD - Terre Solidaire). Christiana Figueres, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), accompagnée du Ministre de l’Environnement péruvien, Manuel Pulgar-Vidal, a reçu des mains des organisateurs de la veillée un cierge, censé illuminer les travaux des négociateurs à la COP-20. Elle s’est engagée à le poser sur la table d’ouverture du Sommet. Les participants à la veillée, quant à eux, attendent des engagements fermes des Etats afin d’ouvrir la voie d’un accord contraignant pour maintenir le réchauffement mondial en deçà des 2°C annoncés.

Le CCFD-Terre Solidaire est également présent aux négociations officielles. Il présentera les propositions de la société civile à l’occasion d’un « side event » organisé au pavillon européen sur la « Climate Smart Agriculture ».

Le CCFD-Terre Solidaire sera mobilisé avec ses partenaires tout au long du sommet des peuples (8-12 décembre). Après deux journées d’ateliers et d’échanges, les organisations de la société civile marcheront dans Lima le 10 décembre sous le mot d’ordre « Changement climatique / Changement de système ».

Enfin, Lima sera l’occasion de préparer avec la société civile internationale la présidence française de la Conférence des Parties 21 en 2015 ainsi que la mobilisation autour du sommet.

Aller plus loin :
- Lima, dernière étape décisive avant Paris Climat 2015 - RAC / Note de position des organisations françaises à Lima
- Climate Smart Agriculture : les nouveaux habits de l’Empereur ? / CIDSE
- Global Alliance for climate smart agriculture : un jeu de dupes ? / Coordination Sud
- Les agricultures familiales sont incontournables dans la lutte contre le changement climatique – Recommandations pour la COP 20 / Coordination Sud
- Le site web de la Coalition Climat 21

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