Un avenir sans faim

Publié le 10.11.2016 • Mis à jour le 12.11.2016

La société civile centrafricaine sous pression

Les ONG signataires ont été informées de l’arrestation lundi 7 novembre à Bangui d’un leader de la société civile centrafricaine, M. Gervais Lakosso, coordinateur du Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC). Les motifs qui ont prévalu à son arrestation sont graves : troubles à l’ordre public, destruction de biens et surtout atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat.

Pour rappel des faits, suite à la recrudescence d’incidents graves dans plusieurs villes de Centrafrique, ayant causé des dizaines de morts (Kouango, Koui, Ngakobo et Kaga Bandoro), le GTSC a appelé les habitants de la capitale à une journée VILLE MORTE le 24 octobre 2016 pour dénoncer en particulier l’incapacité de la force des Nations Unies (MINUSCA) à protéger des populations civiles. Des habitants de Bangui en colère ont mis en place de leurs propres initiatives des barricades dans la rue tandis que d’autres ont tenté spontanément de marcher pacifiquement vers le quartier général des Nations Unies. La MINUSCA est alors intervenue pour libérer la circulation, et, dans un contexte encore mal défini, des Casques Bleus auraient, selon de nombreux témoins, tirés sur les civils non armés au niveau du Ministère du Tourisme, tuant quatre (04) personnes.

Suite à cette journée, de nombreux communiqués des autorités centrafricaines et de la communauté internationale ont dénoncé des « ennemis de la paix » sans préciser si cela visait des hommes politiques (dont l’implication dans la rue semble confirmée) ou si cela visait le GTSC qui avait appelé à la journée Ville morte. Plus tard, le coordinateur du GTSC s’était vu refusé de participer à la journée de dialogue entre le président et les forces vives organisée en réponse à ces évènements.

L’arrestation de M. Lakosso et les motifs invoqués inquiètent fortement les ONG signataires. Sauf, preuve de son implication dans les violences, ce collectif de la société civile n’a fait que jouer son rôle en interpellant fortement les autorités et la Communauté internationale sur son mandat de protection civile des populations, conformément aux différentes résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Même si on peut formuler des réserves quant à ce type de mobilisation qui, dans un contexte trouble et volatile, risquait de déraper, il n’en demeure pas moins que cet appel était légitime et non interdit formellement par les autorités centrafricaines.
Il est inquiétant, au moment où la Centrafrique renoue avec la démocratie, qu’un leader de la société civile soit arrêté et incarcéré au Camp de ROUX, une annexe de la Maison Carcérale de Ngaragba réservée aux détenus les plus durs (serait-ce une punition ?)... Et ce d’autant plus que les casques bleus, mobilisés de manière étonnamment rapide pour une fois, qui ont réprimé une manifestation pacifique encadrée par les forces de police, et qui auraient causé la mort de 4 personnes, ne semblent pas, eux, inquiétés.

Le signal donné par cette arrestation peut laisser croire au public et à nos organisations que cette action envers M. Lakosso présente un caractère politique. Les avocats de M. Lakosso constatent, quant à eux, un nombre élevé d’irrégularités dans la procédure qui semblent confirmer la volonté de l’Etat de l’incarcérer, quitte à trouver des prétextes fallacieux.

Sans remettre en cause la souveraineté de la justice centrafricaine, les ONG signataires, en dialogue avec leurs nombreux partenaires en Centrafrique, souhaitent alerter les autorités centrafricaines et la communauté internationale sur ce qui semble être une arrestation abusive à caractère politique dans le but de faire pression sur une société civile engagée comme d’autres acteurs collectifs dans le processus de démocratisation du pays. Les signataires demandent à ce que M. Gervais Lakosso puisse bénéficier d’un régime de liberté provisoire pour pouvoir préparer sa défense en toute sérénité.

Les ONG signataires invitent également les autorités centrafricaines à ne pas fermer le débat dans cette période de relèvement du pays et à respecter tous ceux qui portent pacifiquement des revendications populaires, quand bien même elles doutent de leur bien fondé.

Signataires :
- CCFD-Terre Solidaire
- ACAT France

Contact presse
CCFD-Terre Solidaire – Sophie Rebours – 01 44 82 80 64 – s.rebours@ccfd-terresolidaire.org

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