Publié le 3 mai 2011

La mesure de l’impact

Le renforcement des capacités et la durabilité sociale et environnementale du développement sont les deux domaines qui peuvent être mesurés.

En matière d’impact, l’effort de mesure est concentré dans deux domaines : le renforcement des capacités des partenaires, résultat direct de l’accompagnement des partenaires, la durabilité sociale et environnementale du développement, résultat indirect de cet accompagnement.

Dans le premier domaine, l’impact est apprécié grâce à des indicateurs qui portent tant sur l’organisation interne, la capacité de planification, de suivi et d’évaluation des actions menées, que sur la capacité de projection et d’interlocution institutionnelles.

On cherchera à évaluer aussi bien la vitalité de la vie associative, que la qualité des systèmes de suivi comptable et financier, la pertinence du plan stratégique du partenaire, l’accroissement de sa légitimité institutionnelle, son rôle en terme de structuration de réseaux ou de plates-formes de société civile.

Dans le second domaine, la mesure de l’impact est particulièrement malaisée : en effet, dès lors que l’action repose sur des notions telles que « transformation sociale », agence ou « actorat » social, structure (de pauvreté) et donc modèles de développement, on conçoit que l’impact ne peut être appréhendé à l’échelle du projet, mais plutôt à l’échelle du groupe social ou du territoire.

La mesure de l’impact, par conséquent, ne peut être que située (socialement, territorialement). On peut distinguer, au sein de ce second domaine, trois sous-champs : l’émergence des acteurs sociaux, la transformation des modes de développement, la durabilité du changement.

L’émergence des acteurs sociaux

L’objet est ici d’apprécier le rôle que de nouveaux sujets, individuels et collectifs, peuvent jouer dans la définition de projets de société.

Cette émergence est fonction de variables telles que l’existence de nouveaux sujets politiques, exerçant en situation, leurs droits de citoyenneté ; l’existence d’espaces de concertation entre l’État et les administrés (leur fonctionnement, leur incidence) et la légitimité sociale de ces espaces ; l’envergure (politique, conceptuelle) des projets de transformation sociale portés par de nouveaux sujets politiques. Le degré d’innovation politique contenu dans ces projets ; la capacité des acteurs à saisir ces sujets pour mettre en œuvre des actions de plaidoyer, d’influencer le corps social.

La transformation des modes de développement

Le CCFD - Terre Solidaire et ses partenaires s’inspirent des principes de l’économie sociale et solidaire qui se développe depuis plus d’un siècle à travers le monde et des débats actuels concernant la mesure de la richesse (externalités négatives du développement économique, indicateurs de conservation ou dégradation du patrimoine, prise en compte des activités non rémunérées) pour concevoir d’autres modèles de développement.

La mesure des changements de modèle est malaisée et le CCFD - Terre Solidaire n’a pas encore développé d’outillage méthodologique pour la réaliser. Les pistes sont cependant fécondes. Parmi celles-ci : la mesure du coefficient de Gini à l’échelle locale et son évolution ; la mesure du produit local net, qui tiendrait compte des externalités négatives mais aussi des activités non-rémunérées, créatrices de richesse, et son évolution ; l’évolution du taux d’ouverture des économies (l’économie sociale et solidaire étant par définition une économie à forte valeur ajoutée sociale, elle est aussi fortement localisée).

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Représentants d’un village Hmong au nord du Laos exposant leur système de gestion territoriale.

La durabilité sociale et environnementale du changement

Il s’agit d’appréhender, non seulement la compatibilité entre modes de développement et contraintes sociales et environnementales, mais aussi la capacité des acteurs locaux à préserver leur projet collectif de tout changement non souhaité. Autrement dit, ce qui est ici en jeu c’est l’autonomie des acteurs locaux et leur capacité à défendre cette autonomie.

Pour mesurer cette durabilité du changement, des indicateurs existent :

  • la compatibilité entre le changement et les déterminations locales (sociales, territoriales), appréhendée en termes d’« homothétie » ou d’isomorphisme (des méthodes ad hoc, fondées en partie sur la linguistique pragmatique, l’anthropologie structurale, la socio-anthropologie permettraient de cibler les indicateurs d’isomorphisme) ;
  • la capacité de « résilience » des sociétés locales face aux interventions extérieures non souhaitées. Cette capacité est fonction de l’histoire, de la culture mais aussi, de la solidité du projet collectif qui peut être renforcée par les agents de développement.

Les indicateurs d’impact appartenant à chacun de ces trois sous champs pourraient être condensés en un « taux » ou « indice » de « durabilité sociale » du changement exogène.

Cet indice permettrait de préciser dans quelle mesure les changements introduits par le développement sont facteurs de structuration sociale. Cet indice serait l’équivalent de l’IDH du PNUD (un indice portant non plus sur les moyens mais sur les fins du développement), à cette différence près qu’il s’appliquerait à mesurer des processus de développement (il s’agirait donc non plus d’un indice d’état, mais d’un indice de processus).

Comme on le voit, l’échelle pertinente pour les indicateurs d’impact « indirects » n’est pas le projet mais la société (ce qui est normal si l’on insiste sur le caractère « situé » et « processuel » de l’approche). Le CCFD - Terre Solidaire doit encore se doter de moyens pour prendre le pouls des sociétés, à l’échelle d’intervention de ses partenaires. Une solu­tion serait de conduire des tests à partir d’échantillons significatifs.

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