Publié le 1er octobre 2015

En Serbie, Groupe 484 se mobilise pour aider les migrants

En Serbie, l’association Groupe 484, partenaire du CCFD-Terre Solidaire, travaille depuis plusieurs années auprès des migrants pour leur apporter une aide juridique, sociale, et psychosociale. Elle milite aussi pour que l’Etat mette en place de réels dispositifs d’accueil. Robert Kozma, coordinateur, revient sur le défi que représente l’afflux massif de migrants depuis cet été

Quelle est la situation des migrants en Serbie ?

La Serbie, qui ne fait partie ni de l’Union européenne, ni de l’espace de libre-circulation Shengen, se trouve sur la route des migrants qui entrent dans l’Union européenne via notre frontière avec la Hongrie. Mais depuis le 14 septembre, la Hongrie a fermé sa frontière et annoncé qu’elle allait recourir à l’armée pour repousser les migrants. Désormais, les migrants qui franchissent la frontière hongroise illégalement et sont arrêtés encourent une peine de trois à cinq ans de prison. Les points d’entrée légaux sont fermés, et ceux qui s’y présentent sont refoulés. (ndlr : A ce jour seul un point de passage a été ré-ouvert le 20 septembre).
Depuis la frontière avec la Macédoine, des bus sont désormais organisés pour transporter les migrants directement vers la frontière avec la Croatie, d’où les migrants tenteront de rejoindre l’Allemagne via la Hongrie ou la Slovénie, puis l’Autriche. Mais la Hongrie a muré en quelques jours sa frontière avec la Croatie. La Croatie demande maintenant à la Serbie de réguler les arrivées, et la tension monte entre les deux pays. Le risque est que le nombre de migrants coincés en Serbie grandissent, dans des conditions difficiles.

Combien de personnes ont-elles transitées par la Serbie cet été ?

D’après le HCR, entre juillet et août, pas moins de 66 500 personnes ont été enregistrés à Presevo, au point de frontière entre la Serbie et la Macédoine, sachant qu’il faut ajouter tous ceux qui ne s’enregistrent pas. En septembre, le flux devrait se maintenir au même rythme. On compte une majorité de Syriens. On voit aussi passer beaucoup d’Afghans, des Irakiens, ainsi que des Somaliens, des Érythréens et des Pakistanais.
En général les migrants font une halte en arrivant en Serbie pour reprendre des forces. De quelques heures à deux jours en moyenne. Jusqu’en août, ils prenaient le bus jusqu’à Belgrade, avant de prendre un autre bus ou un train jusqu’à la frontière hongroise. A Belgrade, les migrants ont commencé à faire halte et à dormir dans un parc près de la gare de bus. Seuls les plus riches allaient à l’hôtel. Ce sont d’abord des citoyens et des associations, dont la nôtre, qui leur ont apporté de l’aide : nourriture, sacs de couchage, kits d’hygiène, aide médicale.

Comment la population a-t-elle réagi face à l’afflux des migrants ?

A Presevo, près de la frontière macédonienne, nous avons vu de belles réactions de la population pour organiser l’aide aux migrants. A Belgrade aussi. A Konica, près de la frontière hongroise, c’était plus problématique. Les réfugiés n’étaient pas admis en ville.
Il y a une évolution, notamment dans les médias, qui ont véhiculé des images plus positives que ces dernières années. Je crois que la population n’était pas mécontente de se différencier de la Macédoine et de la Hongrie, où les gouvernements nationalistes ont recours à la police, et même à l’armée. La population a compris que les migrants étaient seulement en transit, et qu’il ne servait à rien d’aller contre eux. L’idée était d’organiser au mieux des distributions alimentaires, des abris et de les aider à traverser le pays. Il n’y a pas eu de groupes de citoyens organisés contre les réfugiés.

Est-il possible de demander l’asile en Serbie ?

La Serbie a du mettre en place un système d’asile indépendant en 2008 afin de remplir les conditions pour devenir un pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Entre 2008 et 2014, environ 5000 personnes ont fait une demande d’asile. Mais si la procédure existe, personne en réalité n’obtient le statut de réfugié. Les autorités prennent souvent prétexte que les réfugiés ne veulent pas rester en Serbie. Néanmoins nous militons pour que la Serbie octroie un vrai statut de réfugié et accompagne les personnes qui désireraient rester.
Il existe 5 centres destinés à accueillir les demandeurs d’asile. Cependant ils ne sont pas situés près des frontières, où les points d’accueil manquent, et ils sont restés vides tout l’été ! C’est seulement pendant l’hiver que ces centres sont sur-occupés. Du fait des conditions météo hivernales très rudes, les migrants ont besoin de se mettre à l’abri.
Une petite fille participe aux activités organisées par les volontaires de Groupe 484

Depuis quand existe votre association groupe 484 ?

Nous fêtons cette année notre vingtième anniversaire. Groupe 484 tire son nom de l’accueil de 484 familles de réfugiés qui avaient trouvé refuge en Serbie après avoir fui la Krajina en Croatie à la fin de la guerre en 1995. La fondatrice fut Jelena Šantić, une danseuse de ballet et militante pour la paix de renom, qui a reçu le prix de la paix Pax Christi International en 1996. Le Groupe 484 a toujours travaillé pour lutter contre la xénophobie et la haine en Serbie. La situation des réfugiés de Croatie s’étant progressivement améliorée, l’association a ensuite travaillé avec les déplacés de la guerre du Kosovo, les expulsés de l’Union européenne, les Roms, et désormais les demandeurs d’asile et les migrants.

Quelle est votre action auprès des migrants ?

Cet été nous nous sommes organisés en urgence pour apporter une aide matérielle là où les migrants se rassemblaient, près des frontières et à Belgrade. Nous avons reçu d’ailleurs une aide du CCFD-Terre solidaire pour cela. Nous avons aussi organisé des activités avec des volontaires pour les enfants, ainsi qu’auprès des mineurs non accompagnés, comme nous le faisons toute l’année.
Nous sommes très attachés à faire un travail de sensibilisation auprès des communautés locales en contact avec les migrants. Nous nous posons constamment la question : Comment la société serbe peut être plus accueillante ? Comment éveiller cet appétit de l’autre ?

C’est difficile d’avoir accès aux familles, mais par le biais des écoles où nous intervenons, nous les touchons par l’intermédiaire des enfants. Nous proposons par exemple aux enfants de faire leur arbre généalogique, car dans chaque famille ici, il y a la mémoire d’avoir été déplacé, réfugié ou d’avoir émigré. Dans une des villes où se trouve un centre d’hébergement, nous avons proposé aux enfants de faire une recherche sur une statue représentant un personnage important pour la ville. Il s’est avéré que c’était un étranger, un Slovène, qui avait fondé le premier hôpital de la ville et un orphelinat au XIXeme siècle. Cela change l’image souvent négative qu’ils ont des étrangers. Nous encourageons les contacts : parfois nous invitons les habitants à venir manger avec les demandeurs d’asile. Une autre fois, ce sont les enfants qui ont préparé un repas avec les demandeurs d’asile en invitant leurs familles.

Nous venons aussi d’inaugurer une exposition au musée d’Art africain de Belgrade sur la vie des migrants. Nous sommes dans une telle urgence qu’un tel projet peut paraitre décalé, mais c’était prévu de longue date, et nous n’avons pas voulu annuler.

Quelles sont vos priorités maintenant ?

Nous devons réagir et agir. Les migrants manquent de tout : de nourriture, d’eau, d’abri, d’endroits où se laver. Surtout que les conditions météo vont devenir de plus en plus difficiles. Nous demandons aux autorités de prévoir des abris plus grands, et d’octroyer vraiment un statut de réfugié.
Nous avons aussi des inquiétudes par rapport à la politique européenne. Nous savons qu’elle voudrait faire des pays qui entourent l’Europe des zones « tampons », pour retenir les réfugiés. L’Europe va-t-elle donner des fonds pour l’accueil des migrants ? Dans quelles conditions pourrons-nous les accueillir ?

Propos recueillis par Anne-Isabelle Barthélémy

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