Publié le 3 avril 2006

Immigration, le développement : une alternative ?

Avril 2006, Il y a un lien entre les déséquilibres de la planète et la migration. Mais instrumentaliser l’aide au développement pour empêcher l’immigration est voué à l’échec.

La migration est souvent présentée comme l’effet mécanique du sous-développement. Les migrants fuyant pauvreté, misère, désordre social, il suffirait d’injecter des moyens pour le développement pour tarir les causes la migration. L’idée doit autant au tiers mondisme, fervent de solidarité internationale... qu’à l’extrême droite qui fait du développement, le paravent de son rejet de l’étranger.

« L’aide au retour doit être d’autant plus forte que les difficultés d’intégration sont plus grandes. En pratique, les mesures d’aide doivent être réservées en priorité aux ressortissants des régions dont la civilisation et le niveau de développement sont les plus éloignées des nôtres : monde islamique, Afrique, Asie ». Cet extrait du chapitre « Organiser le co-développement négocié » du programme Front national incite donc à considérer avec circonspection le lien couramment établi entre politique migratoire et développement.

Impact marginal

Depuis le « million Stoleru », une somme de 10 000 francs proposée à tout travailleur immigré souhaitant rentrer au pays après 1978 et la fin de l’immigration de travail, les mécanismes se sont beaucoup perfectionnés.
Cette première initiative avait totalement échoué. Elle n’avait suscité que deux mille demandes. Associé ensuite à des plans sociaux, ce système avait bénéficié à 13 000 chômeurs, 46 000 salariés, dont 39 % de Portugais et 45 % d’Espagnols. Autant dire, marginalement à la population qu’il était censé inciter à quitter la France. Devenu au fil des ans plus sélectif, il n’aura eu qu’un impact marginal. L’arrivée de la gauche au pouvoir va changer les termes – on parle d’aide « à la réinsertion » – pas la logique.

L’idée d’aider au retour pour tenter d’inverser les flux jettera ses derniers feux avec les dix centres de formation-retour, créés au Sénégal et en Algérie en 1993. Les centres algériens accueilleront trente-trois stagiaires ! En 2001, douze personnes bénéficieront d’une aide à la réinsertion, avant que le mécanisme ne soit abandonné.
Faute de pouvoir les inverser, les politiques migratoires vont tenter de tarir les flux, d’éradiquer les causes de la migration avec des mécanismes d’aide au développement.

Arrières-pensées

Le gouvernement de Michel Rocard (1988-1991) va mener une première série d’expériences dans la vallée du fleuve Sénégal en lien avec les associations de migrants. Mais les procédures bureaucratiques sont lourdes, peu adaptées aux réalités souples de ces acteurs transnationaux qui vont accéder peu à peu à un statut reconnu, celui des Osim, Organisations de solidarité internationales issues de la migration.

Mais il faudra du temps encore pour dégager cette forme de coopération originale, baptisée le co-développement, de ses arrière-pensées. Sans nuance, Charles Pasqua de retour aux affaires en 1995, a proposé aux associations de Maliens d’orienter des clandestins vers un mécanisme de soutien à la réinsertion, en échange d’un engagement à ne pas revenir en France. Dix candidats.

Un projet de circulation

Plus conceptualisé, le rapport de Sami Naïr à Jean-Pierre Chevènement va tenter de relancer le co-développement de manière ambitieuse en proposant un dispositif permettant aux migrants de s’investir dans le développement de leur région, d’associer les États d’origine, les collectivités locales... Mais, le destinataire du rapport, le ministre de l’Intérieur, trahit bien l’intention : le but est de réduire les flux en diminuant les écarts de développement. Directement associé, à l’incitation au retour des candidats recalés lors de l’opération de régularisation, le co-développement façon Chevènement échoue sur le même écueil.

C’est que sa logique butte sur une contradiction : alors qu’il cherche à les fixer, les migrants s’inscrivent dans un projet de circulation. Car le lien entre développement et migration est moins sommaire que cette simple image de vases communicants. La migration est certes un moyen pour des régions enclavées d’accéder aux ressources qui ne sont pas immédiatement à leur portée, mais plus d’échanges, plus d’ouverture, plus de développement suscitent aussi plus de mobilité. Le contre-exemple centraméricain montre que le « développement » entendu au sens ultra-libéral accentue même la migration.

Instrumentaliser le développement au bénéfice d’un projet de limitation des flux migratoires est donc illusoire. Tant que les politiques commerciales, agricoles détruiront les économies populaires et les agricultures paysannes, aucune prime, aucun projet n’endiguera les flux migratoires.

Thierry Brésillon

Article extrait d’un dossier paru dans Faim Développement magazine n°212, avril 212
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