Publié le 08.07.2008 • Mis à jour le 15.03.2013

Attaques contre les Roms, le CCFD réagit

Du 10 juillet au 15 octobre, les autorités italiennes recenseront les nomades présents dans le pays. Sur une population totale de 150 000 Roms, 70 000 seraient Italiens. Le recensement concernera même les enfants à qui seront prises les empreintes digitales.

La soumission de mineurs à une telle disposition soulève des protestations dans le pays, à commencer par celle de l’Eglise catholique.

Partenaire du CCFD-Terre solidaire, le Comité catholique international pour les Tziganes vient d’adresser une lettre ouverte à la Conférence épiscopale italienne.

Lors de notre dernière rencontre internationale à Trogir (Croatie) ayant pour thème « Etre des artisans de Paix face à l’anti-tsiganisme ambiant », les 130 participants de 21 pays différents ont manifesté leur inquiétude face aux nouvelles formes de racisme, parfois latent, parfois banalisé ou manifestement violent, qui touchent la population tsigane. Comme dans son passé, cette population reste, aujourd’hui encore, victime d’un rejet et d’une pauvreté inquiétants qui sont largement confirmés par différents rapports officiels et objectifs.

C’est à la suite des conclusions de cette rencontre que nous nous permettons de vous adresser en tant que Président de la Conférence Episcopale Italienne la présente lettre ouverte que nous vous demandons de répercuter à l’ensemble des membres de cette Conférence.

En effet, la situation en Italie et le développement des réactions hostiles toujours plus nombreuses et irrationnelles qu’elle a engendrées sont particulièrement graves au point qu’elles semblent répondre à un dessein préconçu. Ne pas dénoncer les injustices ni les dérives sociales présentes constituerait un délit de fuite de nos responsabilités de baptisés et « d’artisans de paix ».

Nous avons le devoir impérieux de ne pas nous taire !

- Il est profondément injuste d’imputer le comportement inadéquat de quelques Tsiganes à l’ensemble de la communauté et de prendre à son égard des mesures globales et contraignantes qui n’ont pas de fondement juridique ni moral.

- Il est profondément injuste que soient diffusées par des milieux politiques de premier plan des informations fausses et tendancieuses qui sont répercutées et divulguées par les media et qu’aucune voix autorisée ne se sente le devoir de rétablir la véracité des faits et d’appeler à une réflexion sérieuse et objective de ces informations.

- Il est profondément injuste que soient prises des mesures « sécuritaires » de rejet contre cette population alors que c’est elle, puisqu’elle est la plus faible, qui a besoin d’attention et de protection. Il est inquiétant de constater la facilité avec laquelle on arrive à une tragique inversion des valeurs.

- Il est profondément injuste d’assister passivement aux actes de violence notamment sur des terrains de campement dérisoires, délaissés, qui sont des lieux d’une vie « sous-humaine » mais qui sont cependant aussi des lieux d’une vie familiale intense.

- Il est profondément injuste d’ignorer le lourd tribut d’humiliations et de persécutions que les Tsiganes ont déjà payé au cours de leur histoire et qui marque dramatiquement leur conscience collective. Le bon sens nous impose de mettre un terme à l’acharnement qui aboutit à renouveler de telles blessures.

- Il est profondément injuste de rechercher des solutions « populistes » qui ne peuvent qu’engendrer et entretenir un ressentiment entre les communautés tsiganes et la société majoritaire et donc provoquer de nouvelles et inévitables violences qui aboutiront à stigmatiser davantage encore la partie la plus faible.

- Il est profondément injuste que, par son silence, une majorité permette aux « intégristes » de répandre méfiance, mépris, peur et haine et de « nettoyer » ce qui est dérangeant. Demain, cette même majorité se lavera les mains et se justifiera en affirmant qu’elle a été obligée de « nettoyer » la saleté laissée par les autres.

Au nom de la présence aimante et forte du Christ que nous découvrons parmi cette population humiliée, au nom de l’Incarnation, qui est la forme intégrale de la solidarité, nous vous demandons de veiller instamment à ce que la voix de la Conférence Episcopale Italienne se fasse entendre avec force et courage pour condamner ces injustices qui sont aussi une injure au message évangélique dont Elle est porteuse et qui constituent une grave menace pour l’avenir de la société et de l’Eglise.

En ces circonstances tragiques, nous ne pouvons nous réfugier frileusement derrière une prudence qui serait un déni de Justice ; nous devons, au contraire, oser prendre, tous ensemble, les risques que comporte le message de Jésus-Christ.
Nous vous remercions déjà, Eminence, pour les initiatives que vous ne manquerez pas de prendre avec la Conférence Episcopale Italienne afin que soit perçu le regard évangélique de l’Eglise et nous vous prions de croire à notre volonté de collaborer à la construction de la Paix de sorte que la communauté ecclésiale et civile puisse en tirer bénéfice.

Lisez la lettre ouverte aux évêques italiens

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