Noël contre la faim

Publié le 11.07.2013 • Mis à jour le 13.11.2013

Migrations et Doctrine Sociale de l’Eglise

Les positionnements et l’action du CCFD-Terre Solidaire ne sauraient s’analyser comme de simples actions de substitution visant à suppléer la carence ou l’insuffisance des pouvoirs publics. Ils sont vécus avant tout comme un devoir de solidarité et un engagement de foi qui trouvent leur fondement dans notre quête permanente d’actualisation du Message de l’Evangile et de la tradition biblique largement repris et développé dans les enseignements de la Doctrine Sociale de l’Eglise.

L’engagement du CCFD-Terre Solidaire sur les migrations a de tout temps été accompagné par le soutien et les prises de position de l’Eglise et des mouvements d’action catholique, fondées sur : la Dignité de l’Homme et de tous les Hommes, la Destination Universelle des Biens, et l’Option
Préférentielle pour les plus Pauvres.
Considérant l’Humanité comme une seule famille et que « tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimeras, car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Egypte », l’Eglise s’est très tôt engagée auprès des migrants. L’accueil de l’étranger est inhérent à la nature même de l’Eglise et témoigne de sa fidélité au message de l’Evangile. [1] Déjà dans l’Ancien Testament, Dieu appelle son peuple à prendre soin des émigrants et des étrangers. L’étranger y est considéré comme un hôte (Genèse 23,4). « Abraham l’émigré a été accueilli par les fils de Heth qui lui ont permis de résider.
Non seulement accueilli, mais aussi honoré et reconnu » [2]. « Tu n’opprimeras pas l’étranger. Vous savez ce qu’éprouve l’étranger, car vous-mêmes avez été étrangers au pays d’Egypte. » (Exode 23, 9) ….Le septième jour tu chômeras afin que … l’émigré reprenne son souffle (Exode 23 12). Pour Dieu il n’y a pas de frontières. Genèse 1 (26-28).
Dans le Nouveau Testament, La famille de Nazareth en exil en Egypte pour fuir la persécution, est un modèle pour tous ceux qui fuient leur pays car leur vie est menacée (Mt 2,13-14). Le Christ s’identifie à l’émigrant et au pèlerin : « J’étais étranger et vous m’avez accueilli » (Mt 25,35).
Dans la fidélité des textes fondateurs, c’est en 1963 que l’émigration est entérinée dans une encyclique pontificale comme un droit de l’Homme. Dans le livre de l’Exode, « le code de l’Alliance » qui constitue la plus ancienne collection législative de la Bible, Dieu dit à Moïse (Ex 23,9), « Tout homme (…) a aussi le droit, moyennant des motifs valables, de se rendre à l’étranger et de s’y fixer ».
L’Eglise reconnait le droit à émigrer à tout Homme, sous son double aspect : possibilité de sortir de son pays et possibilité d’entrer dans un autre pays à la recherche de meilleures conditions de vie. [3]
Seconde idée fondamentale (1963), le « droit d’émigrer avec sa famille » [4] devient le premier des droits inhérents à la résidence et à l’insertion dans la société d’immigration.

Les messages du Pape à l’occasion de la Journée Mondiale des réfugiés et des migrants ont permis de rendre visible les réflexions de l’Eglise sur cette question. En outre, l’instruction Erga Migrantes Caritas Christi, rédigée en 2004 par le Conseil Pontifical de la Pastorale des Migrants et des personnes en déplacement précise un certain nombre de positionnements. L’action du CCFD-Terre Solidaire auprès des migrants a depuis ses origines été très proche d’un grand nombre de réflexions, de principes et de valeurs portées par le Vatican :

La mondialisation des migrations : nécessité d’une approche globale

Lors de la 97ème journée mondiale du Migrant et du réfugié (2011), le Pape Benoit XVI affirme que le phénomène même de la mondialisation, caractéristique de notre époque, n’est pas seulement un processus socio-économique, mais comporte également « une humanité qui devient de plus en plus interconnectée », dépassant les frontières géographiques et culturelles.
D’un phénomène conjoncturel, la migration devient structurelle. Elle se diversifie sous l’effet des moyens d’information et de la banalisation des transports. Les régions de départ et celles d’arrivée deviennent bien plus proches les unes des autres, le monde est un village [5]. A ce jour, tous les pays sont donc concernés par les migrations au plan social, économique, politique et religieux. [6] « Le phénomène migratoire, toujours plus étendu, constitue aujourd’hui un élément important de l’interdépendance croissante entre les États-Nations, qui contribue à caractériser la mondialisation. Aucun État n’échappe en tout cas aux conséquences des migrations sous une forme ou sous une autre. » [7]

Favorisées par les facilités de circulation engendrées par la mondialisation, les migrations seraient ainsi le résultat des déséquilibres du monde. « Le Magistère a toujours dénoncé les déséquilibres socio-économiques, qui sont par-dessus tout des facteurs de migrations, les risques d’une mondialisation sans règles, où les émigrés sont davantage les victimes que les protagonistes de leurs démarches migratoires, et le grave problème de l’immigration illégale, surtout quand l’émigré devient objet de trafic et d’exploitation de la part de bandes criminelles » [8]. En ce sens, il est donc plus que jamais essentiel d’avoir une approche globale, « une approche large dans laquelle les migrants sentent que leur expérience participe à la création d’un monde plus juste et prospère pour tous » [9]. Le phénomène migratoire pose le problème moral de la « recherche d’un nouvel ordre économique international, pour une distribution plus juste des biens de la terre, dans une vision de la communauté internationale comme famille des peuples, avec application du droit international » [10]. Ainsi, le Saint Siège encourage le débat commencé dans le Dialogue de Haut Niveau sur les migrations internationales et le développement qui s’est tenu à New York en septembre 2010, avec la participation de 130 Etats membres de l’ONU. [11]

Monseigneur Marchetto, Secrétaire du Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants, affirme ainsi « Nous voyons se développer un espace de réflexion et de coopération pour une politique migratoire toujours plus liée et coordonnée à une politique de développement, plus à même de garantir aux migrants le respect de leurs droits humains et la possibilité de conditions de vie acceptables. Il s’agit d’un dialogue multilatéral, avec une optique mondiale, où sont présents les pays de départ, de transit et d’arrivée, ce qui peut constituer un signe d’espérance ». [12] Les politiques cantonnées au niveau national se révèleront inefficaces. « Aucun pays ne peut aujourd’hui à lui seul s’imaginer résoudre les problèmes de l’émigration. Des politiques purement restrictives seraient encore plus inefficaces et auraient des effets encore plus négatifs, risquant d’augmenter les entrées clandestines
et même de favoriser l’activité des organisations criminelles. » [13]

La migration est une chance : nécessité d’une approche positive

Dans la Doctrine sociale de l’Eglise, on peut lire : « L’immigration peut être une ressource, plutôt qu’un obstacle au développement » [14]. En effet, dans nos sociétés contemporaines, les migrations sont le plus souvent perçues comme un problème. Pourtant, Monseigneur Jean-Luc Brunin du Service national de la Pastorale des Migrants s’interroge : « nous risquons souvent de nous focaliser sur la dimension tragique de la mobilité humaine. Pourquoi n’aborder le phénomène migratoire que sur le seul aspect problématique et négatif ? La mobilité humaine est un donné de la mondialisation qui demande à être géré de façon humaine et généreuse pour la transformer en chance. Il n’est pas fatal que les mouvements migratoires deviennent des tragédies humaines » [15]. En effet, les migrations constituent des occasions de dialogue et de communion [16]. Nombreuses sont les civilisations qui se sont développées et enrichies précisément grâce aux apports venant de l’immigration [17].
De plus, on découvre aujourd’hui de plus en plus les retombées positives de l’émigration sur le développement des pays d’origine, à travers les transferts d’argent des émigrés à leur famille, ainsi que leur contribution effective à leur pays d’accueil. [18]

Le vivre-ensemble : un enjeu majeur

Le Concile Vatican II affirme que « tous les peuples forment une seule communauté » [19]. Tous appartiennent donc à une unique famille, migrants et populations locales qui les accueillent, et tous ont le même droit de bénéficier des biens de la terre, dont la destination est universelle, comme l’enseigne la doctrine sociale de l’Eglise. C’est ici que trouvent leur fondement la solidarité et le partage. [20]

L’Humanité constitue une seule famille de frères et sœurs dans des sociétés qui deviennent toujours plus multiethniques et interculturelles, où les personnes de diverses religions aussi sont encouragées au dialogue, afin que l’on puisse parvenir à une coexistence sereine et fructueuse dans le respect des différences légitimes. [21] L’Eglise s’engage donc fermement pour le dialogue interculturel, œcuménique et interreligieux. Le dialogue interreligieux ne doit pas être compris uniquement comme une recherche de points communs pour construire ensemble la paix, mais surtout comme occasion de renouer avec les dimensions communes au sein des communautés respectives. [22] La nécessité d’un dialogue entre les hommes de cultures différentes doit aller au-delà de la simple tolérance pour parvenir à la sympathie. Une simple juxtaposition des groupes de migrants et d’autochtones tend à la fermeture réciproque des cultures, ou bien à l’instauration entre celles-ci de simples relations d’apparence ou de tolérance. [23] Et les chrétiens se doivent de jouer un rôle actif dans ce vivre-ensemble. Les chrétiens doivent écouter l’appel à l’aide provenant de nombreux migrants et réfugiés, mais ils doivent ensuite promouvoir, à travers un engagement actif, des perspectives d’espérance, qui préludent à l’aube d’une société plus ouverte et solidaire. [24]

Le respect des droits des migrants

La protection et le respect des droits des migrants est l’une des priorités de l’Eglise. Le Magistère a réaffirmé le besoin d’une politique qui garantisse le respect du droit de tous les migrants, « en évitant scrupuleusement d’éventuelles discriminations » [25]. Tout migrant jouit de droits fondamentaux inaliénables qui doivent toujours être respectés. La contribution des migrants à l’économie du pays d’accueil est aussi liée à la possibilité qu’ils ont, dans leur travail, d’utiliser leur intelligence et leurs capacités [26].

Il est donc essentiel de remettre la question des migrations dans la perspective des droits fondamentaux que l’Instruction Romaine rappelait : le droit d’émigrer lié au droit naturel de tout homme d’user des biens matériels pour atteindre sa perfection d’une façon plus totale et aisée. [27] En ce sens, le Vatican a pris fortement position pour défendre le droit d’asile qui se trouve aujourd’hui de plus en plus bafoué : les personnes en danger doivent pouvoir présenter leur demande d’asile, et donc avoir accès au territoire. Si l’Union Européenne porte tout son effort sur le contrôle de l’immigration irrégulière, elle développe une logique qui vient contredire celle du droit d’asile [28].
En outre, l’Eglise encourage activement la ratification des instruments internationaux légaux visant à défendre les droits des migrants, des réfugiés et de leurs familles et entend offrir, « par le biais de ses diverses institutions et associations, un « advocacy [29] » qui devient toujours plus nécessaire » [30]. Elle insiste tout spécifiquement sur la Convention internationale pour la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille – entrée en vigueur le premier juillet 2003 et dont la ratification a été vivement recommandée par Jean-Paul II – qui offre un résumé des droits qui permettent aux migrants d’apporter une telle contribution [31].
Pour conclure sur le concept du « gagnant-gagnant-gagnant [32] », Monseigneur Veglio, Président du Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants a réaffirmé en juin 2011 « le phénomène important de la mobilité humaine comme une opportunité fondamentale à saisir ». « C’est le souhait de l’Eglise pour le bien des migrants, des pays qui les accueillent et ceux dont ils sont originaires. » [33]

[1Erga Migrantes Caritas Christi n°22, 2004

[2Ange Sankieme Lusanga, « L’approche biblique, théologale et le Statut de l’étranger », Ethique de la migration, 2012

[3Jean XXIII, Encyclique Mater et Magistra, n°30, 1961

[4Encyclique « Pacem in terris », 1963

[5Service National de la Pastorale des Migrants, « De toutes langues et cultures, être et devenir ensemble une Eglise qui propose la foi en terre de migration », 2001

[6Erga Migrantes Caritas Christi – introduction, 2004

[7Erga Migrantes Caritas Christi n°4, 2004

[8Erga Migrantes Caritas Christi n°29, 2004

[9Message du Pape Benoit XVI à la 97ème journée mondiale du migrant et du réfugié 2011

[10Proposition de l’Eglise universelle pour une bonne gestion du phénomène migratoire en Afrique aujourd’hui,
Monseigneur Marchetto, août 2007

[11Proposition de l’Eglise universelle pour une bonne gestion du phénomène migratoire en Afrique aujourd’hui, Monseigneur Marchetto, août 2007

[12Proposition de l’Eglise universelle pour une bonne gestion du phénomène migratoire en Afrique aujourd’hui, Monseigneur Marchetto, août 2007

[13Erga Migrantes Caritas Christi n°7, 2004

[14Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise, article 297, 2004

[15L’Eglise et les migrants : un avenir commun ?, Mgr Jean-Luc Brunin, Service National de la Pastorale des Migrants, août 2003

[16Erga Migrantes Caritas Christi intro, 2004

[17Message de Jean-Paul II lors de la journée mondiale de la paix 2001

[18Proposition de l’Eglise universelle pour une bonne gestion du phénomène migratoire en Afrique aujourd’hui, MGR Marchetto, août 2007

[19NOSTRA AETATE - Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes, 1965

[20NOSTRA AETATE - Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes, 1965

[21Message du Pape Benoit 16 à la 97ème journée mondiale du migrant et du réfugié 2011

[22Erga Migrantes Caritas Christi n°69, 2004

[23Message du Pape Jean-Paul II à la journée mondiale du migrant et du réfugié 2005

[24Message du Pape Jean-Paul II à la journée mondiale du migrant et du réfugié 2005

[25Erga Migrantes Caritas Christi n°30, 2004

[26Erga Migrantes Caritas Christi n°5, 2004

[27L’Eglise et les migrants : un avenir commun ?, Mgr Jean-Luc Brunin, Service National de la Pastorale des Migrants, août 2003

[28Commission sociale des Evêques – Comité Episcopal des Migrations – Justice et Paix France : Droits d’asile, quelques points d’attention, 2003

[29Advocacy : plaidoyer

[30Message du Pape Benoit XVI à la 95ème journée mondiale du migrant et du réfugié 2006

[31Erga Migrantes Caritas Christi n°5, 2004

[32Gagnant pour le pays de départ, Gagnant pour le pays d’accueil, et gagnant pour le migrant lui-même

[33« Affronter les migrations de manière solidaire » Monseigneur Veglio à la présentation du Glossaire sur l’asile et les migrations, 16 juin 2011

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