Publié le 27 mai 2015

Migrations et gestion locale, l’exemple de Sao Paulo

Le CCFD-Terre solidaire plaide pour une gouvernance mondiale de la migration et pour le renforcement des politiques municipales d’accueil. Le Brésil est le laboratoire d’une nouvelle approche de la migration. Notamment Sao Paulo, où réside plus de la moitié des travailleurs étrangers dans le pays. Témoignage de Paulo Illes, coordinateur des politiques municipales pour les migrants.

Jusqu’à présent, les politiques migratoires relèvent des prérogatives des États. Même à l’échelle européenne, les concertations se limitent à des restrictions communes concernant l’accès au droit d’asile (accord de Dublin) et aux outils de contrôle de l’immigration clandestine. Mais les politiques publiques restent nationales, souvent déterminées par les crispations internes que soulèvent la présence d’immigrés et les préoccupations sécuritaires.
Comme l’explique Nina Marx, chargée de mission sur les migrations internationales au CCFD-Terre Solidaire, la politique migratoire devrait relever de deux niveaux, mondial et local : « La migration est un phénomène mondial qui devrait faire l’objet d’une gouvernance mondiale. Notamment autour des zones de fracture (la Méditerranée et le Sahel, la frontière mexicaine) ou autour des pôles d’attraction (Le Brésil, l’Afrique du Sud ou la Thaïlande). »
Par ailleurs, « les collectivités locales sont en mesure d’apporter les réponses concrètes aux problèmes que soulèvent l’accueil des migrants. Il faut promouvoir des politiques municipales d’accueil » explique-t-elle.

Paulo Illes est le coordinateur des politiques migratoires de la mairie de Sao Paulo au Brésil, et partenaire du CCFD-Terre Solidaire en tant que membre du réseau Espacio sin fronteras. Il livre son témoignage sur la politique de la ville de Sao Paulo à l’égard des migrants.

Que représente l’immigration au Brésil ?

Le Brésil est un pays d’immigration. Sur une population de 200 millions, on estime qu’il y a environ 2 millions de migrants. Dont plus de la moitié est installée à Sao Paulo (13 millions d’habitants) et dans son agglomération.
Jusqu’en 2010, il s’agissait essentiellement d’une migration régionale. Mais sous la présidence de Lula, le pays a développé l’intégration avec les pays d’Afrique et des Caraïbes.
Pas moins de 32 ambassades brésiliennes ont été ouvertes sur le continent africain. Comme par ailleurs, l’Europe est en crise et de plus fermée à la migration, nous avons vu se développer une nouvelle vague migratoire, en provenance de pays comme le Sénégal et le Congo Kinshasa, mais aussi d’Haïti.
Pour le Brésil il est plus intéressant de développer ses relations commerciales avec les pays d’Afrique, acheteur des produits manufacturés, qu’avec l’Europe et les Etats-Unis, auxquels il ne peut vendre que des matières premières. Il ne faut pas oublier que près de 70 % des Brésiliens sont plus ou moins des afro-descendants.

Pourquoi le Brésil attire-t-il les migrants ?

Le Brésil manque de main d’œuvre. L’Etat a dû mettre en place un programme pour faire venir 15 000 médecins. L’industrie agro-alimentaire s’est beaucoup développée et embauche : elle emploie notamment les travailleurs africains dans les centres de traitement pour l’exportation de viande congelée vers l’Europe. C’est un travail très dur, dans le froid, avec des gestes répétitifs. Après deux ans, les gens sont usés.
Les Latino-américains, et notamment les Boliviens, travaillent essentiellement pour l’industrie textile, dans des conditions sociales très dures.
Le cas des Haïtiens est particulier. Ils arrivent par la frontière nord, où les passeurs les laissent sans rien, sans argent, affamés, loin de tout. Le gouvernement a mis en place en place des bus quotidiens pour les amener à Sao Paulo.

Comment la ville de Sao Paulo gère-t-elle cet afflux de migrants ?

Le centre-ville abrite 450 000 migrants, l’agglomération entre 750 000 et un million. On ne peut pas ignorer cette population. Sa présence a un impact sur les services sociaux, sur le logement. Elle vit et travaille dans des conditions précaires. Mettre en place une politique spécifique est une nécessité pour la cohésion sociale.
Le nouveau maire élu en 2012, Fernando Haddad, a créé un secrétariat aux droits de l’Homme et une coordination des politiques pour les migrants, dont je suis responsable.
La loi brésilienne sur la migration date de 1981, les associations plaident pour qu’elle évolue pour s’adapter à la nouvelle réalité. Mais ce qui concerne la santé, l’éducation, l’assistance sociale, relève de la compétence de la ville.
L’une des premières actions du maire a été l’organisation d’une conférence sur les politiques d’accueil des migrants, précédée de réunions préparatoires dans tous les arrondissements périphériques.
Elle a dégagé quatre axes de travail : l’assistance sociale, les besoin de formation et les questions liées au travail, la valorisation des migrants et la participation.
-  Un conseil participatif a été constitué où les migrants sont représentés par vingt élus. Pour la première fois de l’histoire du Brésil, les étrangers ont voté.
-  Un centre d’accueil a été ouvert en septembre 2014 pour fournir un hébergement jusqu’à quatre mois, fournir des services d’assistance sociale et juridique, des formations professionnelles, l’apprentissage du portugais…
-  La municipalité a inclus les célébrations cultuelles des migrants dans la vie sociale de la ville, alors qu’avant on envoyait la police pour trouble à l’ordre public.

Thierry Brésillon

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