Noël contre la faim

Publié le 05.07.2011 • Mis à jour le 14.08.2012

Arrestation de Jovan Divjak

Lettres ouvertes au Parlement européen et au gouvernement autrichien

Paris, Lundi 4 juillet 2011
Monsieur le Président du Parlement européen,
Madame, Messieurs les Présidents des groupes politiques,
Mesdames et Messieurs les députés européens,

Nous souhaitons attirer votre attention sur la situation du Général Jovan Divjak, assigné à résidence à Vienne depuis son arrestation le 3 mars dernier, et vous demander d’intervenir en toute urgence auprès du gouvernement autrichien.
Alors qu’il ne figurait ni sur les listes du TPIY, ni sur les listes d’INTERPOL, la police autrichienne a interpellé Jovan Divjak à partir d’une "liste noire", élaborée après la guerre de Bosnie-Herzégovine, par la Serbie de Milosevic, où il figurait avec 17 autres personnes qui, comme lui, se sont opposées à la guerre d’épuration ethnique.

Accusé de "crime de guerre", il est en attente d’une décision de la justice pour son éventuelle extradition à Sarajevo ou à Belgrade. Cela fait plus de 100 jours que Jovan Divjak, symbole de la défense de Sarajevo, attend de pouvoir prouver son innocence : une attente insupportable pour ce combattant de la paix et d’une Bosnie Herzégovine multiethnique.

La justice autrichienne, dans l’attente d’un accord entre les parquets en charge des crimes de guerre en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, n’avait pas voulu statuer sur le sort Jovan Divjak. Aujourd’hui, on apprend que cet accord n’aura pas lieu : Jovan aura donc attendu trois mois pour rien. La justice autrichienne devra donc statuer sur le fond, et il est urgent d’agir auprès des autorités autrichiennes et de l’OSCE pour exiger une libération totale et immédiate.

Soldat de l’armée yougoslave depuis 1984, il est affecté en Bosnie-Herzégovine, et c’est à Sarajevo qu’il assiste en 1992 à l’agression du peuple bosnien, alors sans défense. C’est tout à son honneur qu’il décide de rester pour libérer Sarajevo. Depuis la fin de la guerre, il milite pour la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine par l’éducation avec son association OGBH. Jovan Divjak voyage dans toute l’Europe pour trouver les fonds et permettre aux jeunes Bosniens, orphelins de guerre, de poursuivre leurs études. Il est arrêté seize ans après la guerre, et on s’interroge aujourd’hui sur le sens de cette arrestation, intervenue quelques semaines avant celle de Mladic, auteur des crimes commis à Srebrenica.

Jovan Divjak est un ardent européen, convaincu que le salut des peuples des Balkans occidentaux est dans l’Union européenne. Encore faut-il que celle-ci leur ouvre les bras et agisse avec courage pour aider à la clarification des responsabilités de guerre, qui mènerait, nous en sommes persuadés, à la vérité, à la justice, et à la réconciliation. Toute l’histoire nous enseigne qu’il ne pourra y avoir de paix durable sans engager un travail de culpabilité, de rédemption et de pardon... Or ce travail n’a pas véritablement démarré.

Dayton avait entériné la partition ethnique de la Bosnie-Herzégovine, et depuis l’arrestation de Mladic, les tensions s’exacerbent sous l’action des dirigeants serbes de Bosnie-Herzégovine, qui peuvent impunément multiplier les déclarations de scission et de haine sans être inquiétés... Le gouvernement de la Republika Srpska a demandé un référendum sur les institutions judiciaires de la Bosnie-Herzégovine, s’inscrivant en fait dans la perspective de la "dissolution pacifique" de celle-ci, bravant ainsi tous les accords et les conditions de l’adhésion à l’Union européenne. Il menace Jovan Divjak de le livrer à la justice serbe s’il "met les pieds en Republika Srpska" et aujourd’hui, il porte Mladic en héros, finance sa défense. L’attitude complaisante des dirigeants de Serbie crée une situation dangereuse et explosive dans la région, et plus particulièrement en Bosnie-Herzégovine.

La Commission européenne est intervenue, et Mme Ashton s’est déplacée à Banja Luka, empêchant le référendum. Mais du même coup, en rencontrant Dodik, elle l’a accrédité d’une autorité politique en Bosnie-Herzégovine, alors que le pays n’arrive pas à construire son gouvernement, et ce, neuf mois après les élections. De son côté, le Haut Représentant Valentin Inzko, diplomate autrichien, reconnaît son impuissance à supprimer les fonds pour la défense des criminels contre l’humanité...

Le Parlement européen doit jouer tout son rôle et s’impliquer tout entier pour trouver des solutions conformes à nos valeurs et à nos traités. On ne saurait en effet accepter les déclarations des dirigeants de Republika Srpska, ni l’attitude complaisante des dirigeants de la Serbie : il faut les dénoncer avec force.

Au moment où nous allons commémorer Srebrenica et ses 8372 morts assassinés par l’armée de Milosevic sous le commandement de Mladic, le Parlement européen - qui a reconnu le 11 juillet comme journée du génocide de Srebrenica dans l’ensemble de l’Union européenne - s’honorerait à intervenir et rencontrer le gouvernement autrichien pour qu’il lève l’assignation à résidence, exiger la libération totale et immédiate de Jovan Divjak, lui permettant ainsi de revenir la tête haute à Sarajevo, et à la Bosnie-Herzégovine de se reconstruire. Alors que ce pays traverse la crise la plus grave depuis la guerre, on ne saurait tolérer en effet le moindre amalgame entre Jovan Divjak et Ratko Mladic, dont ses défenseurs nient le génocide et la disparition de plus de 15 000 Bosniens pendant la guerre s’ajoutant aux 96895 morts actuellement recensés.

Le futur de la région dépendra de sa capacité à écrire son histoire, et comme a pu le déclarer Semso Salihovic, ancien commandant de l’armée Bosniaque, aujourd’hui à Genève : "la peur de l’oubli est plus grande que toutes les peurs dont je suis obligé de me souvenir" : une belle déclaration pour les morts de Srebrenica et tous les disparus.

Télécharger la lettre ouverte au gouvernement autrichien (doc)

Liste des signataires des lettres ouvertes

Aurenche Guy, Président du CCFD-Terre solidaire
Barbé Jacqueline, professeur
BASSANINI Franco, Président de la Cassa depositi e prestiti , ancien ministre
Baudoux Anne, Comédienne
Bayard Pierre, professeur à l’Université Paris Saint-Denis
BILLOUT Michel, Sénateur de Seine-et-Marne
Bitterlich Joachim, Ambassadeur e.r., ancien Conseiller diplomatique et de sécurité auprès du Chancelier Helmut Kohl, Vice-Président de Notre Europe
Brun Henri-Georges, Président de la Maison de l’Europe d’Albertville et de la Savoie
BUEB Francis, Fondateur et directeur du Centre culturel français André Malraux à Sarajevo
CEDRONE Carmelo, EESC Member, Italy
Chenu Georges-Marie, Ministre plénipotentiaire hors classe, Ambassadeur (en retraite)
Chemillier-Gendreau Monique, Professeur émérite de droit public et de sciences politiques à l’Université Paris VII - Diderot
Chesnelong Bénédicte
Cot Jean, Général d’armée, ancien commandant en chef de la FORPRONU
Daoulas Jean-François, Architecte urbaniste à Sarajevo
de Courtivron Hugues, Général, Expert au Centre de Genève pour le Contrôle Démocratique des Forces Armées
de Lapresle Bertrand, Général d’armée (cr), ancien commandant en chef de la FORPRONU
Faivre d’Arcier Bernard, Ancien directeur du Festival d’Avignon
Fischer Claude, Présidente de Confrontations-Europe
Fontaine Nicole, Ancienne Présidente du Parlement Européen, ancienne ministre
FORTASSIN François, Sénateur des Hautes-Pyrénées
Fournel Jean-Louis, professeur à l’Université Paris Saint-Denis
FOURNIER Bernard, Sénateur de la Loire
FRECON Jean-Claude, Sénateur de la Loire
GARAPON Antoine, Magistrat, Président du Comité Kosovo
Gil-Robles Jose-Maria, Ancien Président du Parlement européen
Giuliani Jean-Dominique, Président de la Fondation Robert Schuman
GODARD Jean-Luc, Cinéaste
Père Guggenheim Antoine, Directeur du Pôle Recherche du Collège des Bernardins
Hartmann Florence, écrivaine, ancienne correspondante de guerre dans les Balkans, ancienne conseillère auprès du procureur en chef du TPIY et du TPIR
Hassner Pierre, Chercheur au CERI (SciencesPo)
HERZOG Philippe, Ancien député européen, Président-fondateur de Confrontations-Europe
Joinet Louis, Magistrat, premier avocat général honoraire à la Cour de Cassation, ancien expert indépendant auprès des Nations Unies
Jourdheuil Jean, traducteur, metteur en scène, professeur à Paris X
JOXE Alain, Directeur d’études honoraire à l’EHESS
LACLAVETINE Jean-Marie, Ecrivain, éditeur
Lagauche Serge, Sénateur du Val-de-Marne
Lalumière Catherine, Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe de 1989 à 1994, Présidente de la fédération française des Maisons de l’Europe, ancien ministre
Lamassoure Alain, Député européen, ancien ministre
Le Hyaric Patrick, Député européen, directeur du journal l’Humanité
Le Roch Jean-François, Développeur d’Interex dans les Balkans
LUNACECK Ulrike, Députée Européenne
Marin Maguy, Chorégraphe
Mnouchkine Ariane, Metteuse en scène, directrice du Théâtre du Soleil
MONGIN Olivier, Directeur de la revue ESPRIT
NAHOUM-GRAPPE Véronique, Anthropologue
Najman Boris, Président de l’Association Sarajevo
Nancy Jean-Luc, Philosophe
Noël Bernard, Ecrivain
Pack Doris, Députée Européenne
PILLET François, Sénateur du Cher
Prochasson, André, Ancien président du Forum pour la Démocratie dans les Balkans
PY Olivier, Metteur en scène, Directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe
Ralite Jack, Sénateur de Seine-Saint-Denis, Vice-président du groupe interparlementaire France-Balkans Occidentaux, ancien ministre
RENAR Ivan, Sénateur du Nord
ROCARD Michel, Ancien premier ministre
RODARO Vittorino, Directeur Bureau de Représentation Trentino/Italie, Bruxelles
RUPNIK Jacques, Chercheur à Sciences Po-CERI
SIKIAS Zehra, journaliste, rédactrice en chef, BH Info
Tackels Bruno, Ecrivain, journaliste
TANGUY François, Metteur en scène, La Fonderie/Théâtre du Radeau
Vajgl Ivo, Député européen, ancien ministre
Vasak Christina, Confrontations Europe
Vignon Jérôme, Président de l’Observatoire nationale de la pauvreté et de l’exclusion sociale
Wallon Emmanuel, Professeur de sociologie politique à l’Université Paris Ouest Nanterre 

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