Publié le 29 novembre 2007

Israël-Palestine, vers la fin de la stratégie de deux Etats ?

Jeff Halper, fondateur du comité israélien contre la démolition des maisons (ICAHD), analyse la nouvelle situation au Proche-Orient.

Jeff Halper
Avec la conférence d’Annapolis, nous vivons un moment du conflit le plus crucial depuis des années. Pendant 40 ans, l’occupation israélienne a structuré la situation sur le terrain et donné naissance à une situation d’apartheid.
En 1948, à l’issue de la guerre, l’Etat d’Israël a étendu son territoire des 42 % de la Palestine, prévus par le plan de partage des Nations unies, à 78 %. Ne laissant que 22 % aux Palestiniens. Ce territoire initialement prévu pour être celui de l’Etat arabe, a d’abord été sous souveraineté jordanienne (la Cisjordanie et Jerusalem-Est) et égyptienne (la bande de Gaza). En 1967, Israël a conquis ces deux parties. L’Egypte et la Jordanie ont renoncé à leurs prétentions sur ces deux territoires au bénéfice de l’Etat revendiqué par les Palestiniens.

En 1988, les Palestiniens, par la voix de l’OLP, ont accepté de faire de ces 22 %, la base territoriale du futur Etat. Mais cette répartition n’est de facto pas acceptée par Israël. À la fois pour des raisons religieuses et militaires. Les différents plans élaborés par l’armée pour décider du sort de ces territoires conquis en 1967 prévoyaient le morcellement et une forme de contrôle plus ou moins strict sur les zones où se concentre la population palestinienne.

De leur côté, les mouvements religieux favorables à l’annexion de ces territoires ont pris leurs propres initiatives et manipulé l’armée et les institutions pour faire avancer leur entreprise. Le résultat, c’est que la colonisation a détruit l’unité territoriale de la Cisjordanie.

L’apartheid, pas un slogan : un système

Quant aux 4 millions de Palestiniens, puisqu’on ne peut ni les chasser, ni leur donner la nationalité israélienne, le principe a été de les confiner dans l’espace le plus réduit possible. C’est ainsi que, en plus de Gaza, totalement isolé et totalement fermé, la Cisjordanie a été divisée en quatre cantons. L’Autorité palestinienne et peut-être un futur Etat palestinien y exerçant une autorité subordonnée aux exigences israéliennes : contrôle des frontières, de l’espace aérien...

Quand je parle d’apartheid, ce n’est pas un slogan, je décris précisément un système comparable à celui que l’Afrique du Sud avait mis en place : une séparation, des bantoustans, une domination institutionnelle, un contrôle sur l’économie, l’eau, sur les mouvements de population en dehors de chacun de ces cantons et à l’intérieur même... À cela s’ajoute la confiscation de Jérusalem-Est.

Il y a une différence avec l’Afrique du Sud, qui aggrave encore la situation : les bantoustans servaient de réserve de main d’œuvre bon marché. Depuis le début de l’Intifada, les permis de travail ont été massivement retirés aux Palestiniens et Israël importe maintenant des immigrants chinois, philippins... il y a 300 000 immigrés en Israël. Les conséquences économiques et sociales sont énormes sur les territoires palestiniens où le chômage est énorme et le taux de malnutrition atteint 50 à 60 % !

450 kilomètres de mur

Le mur de séparation est davantage qu’une simple barrière de sécurité. Il serpente à l’intérieur des territoires palestiniens, il créé des enclaves, transforme certains village, voire une ville comme Qalqiliya en ghettos. il sépare les malades des hôpitaux, les enfants des écoles, les paysans de leurs terres. Il divise les familles, il soumet les universités à un véritable blocus, il détruit un paysage biblique.

Les portes agricoles censées permettre aux paysans de se rendre sur leurs terres placées de l’autre côté du mur, sont soumises au bon vouloir des militaires. Elles sont peu nombreuses, elles soumettent les paysans à l’arbitraire des militaires qui en ont les clés, elles demeurent fermées les jours de fêtes juives... Leur objectif est de toute façon d’entraver le travail agricole pour pousser les paysans à renoncer à leurs terres.

Annapolis, formaliser le statu quo

Ce modèle, ce découpage qui sapent le fondement territorial et la viabilité d’un futur Etat palestinien, fait l’objet d’un consensus en Israël. Or, la paix ne peut pas être bâtie sur cette base. L’objectif de la conférence d’Annapolis pour le gouvernement israélien est d’amener les dirigeants palestiniens à entériner ce système et à en faire la base d’un accord.

Le contexte international, la présence de George W. Bush, l’inflexion pro-israélienne de la diplomatie française, etc., offrent un moment propice pour formaliser cette situation d’apartheid et lier les dirigeants palestiniens à la préservation de ce système.

Yasser Arafat n’était pas disposé à joué ce jeu. il a été mis hors circuit. Il n’est pas certain que Mahmoud Abbas [l’actuel président de l’Autorité palestinienne, ndr] le soit. Si le processus mis en route à Annapolis n’aboutit pas, le gouvernement cherchera à installer un dirigeant palestinien mieux disposé. Et au pire, le statu quo peut perdurer.

D’un problème national à un problème d’égalité

Mais c’est la dernière chance pour qu’existe un jour un véritable Etat palestinien. Pour l’instant le principe de deux Etats, un juif israélien et un Etat palestinien, demeure le principe de résolution du conflit. Mais si le projet d’un Etat viable pour les Palestiniens n’aboutit pas, le problème va changer de nature.

On passera d’un problème national, à un problème d’égalité et de droits civiques. Les Palestiniens voient dans le stratégie de deux Etats, la seule garantie pour ne pas être dominés. Mais sans base territoriale — détruite par la colonisation — sans unité dans le mouvement national — sapé par les divisions idéologiques — un Etat palestinien devient improbable.

Le problème qui demeure, c’est celui de l’inégalité de droits entre Juifs et Palestiniens et l’enfermement physique des Palestiniens.

Paris, le 22 novembre 2007

Jeff Halper et le fondateur du comité israélien contre la démolition des maisons (ICAHD) qui la politique de refus de nouveaux permis de construire aux Palestiniens à Jérusalem-Est. Cette politique délibérée a contenu les zones habitées par les Palestiniens pour permettre le déploiement des colonies israéliennes.

Le site de l’ICAHD

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