Noël contre la faim

Publié le 7 décembre 2010

Productivité maximale : édens fiscaux = employés modèles ?

À en croire les comptes des entreprises multinationales, leurs employés dans les paradis fiscaux sont d’une rentabilité sans commune mesure avec le reste de leurs filiales...

Le salarié bermudien est environ 11 fois plus rentable qu’un salarié suisse ou néerlandais et 46 fois plus que la moyenne des salariés dans le monde ! Aux Bermudes, pour 100 euros de salaire versés, les multinationales américaines engrangent 3 500 euros de bénéfices ! Autrement dit, le taux de profit par rapport à leur masse salariale (hors intérêts et dividendes reçus des investissements de portefeuille) y atteint 3 500 %, un record seulement égalé par la Barbade. Avec des taux respectifs de 660 % et de 160 %, l’Irlande et la Suisse feraient presque pâle figure, même si leurs performances restent supérieures aux 84 % de rentabilité enregistrés en moyenne au niveau mondial... Ces chiffres extraits d’une étude de Robert E. Lipsey [1] ont de quoi donner le vertige !

La productivité du travail se définit comme la valeur ajoutée produite par salarié, ou par heure de travail. Selon la théorie économique, des gains de productivité peuvent
être obtenus par l’organisation du travail, la motivation des salariés (gestion des ressources humaines), l’investissement dans des équipements et la qualification des
salariés. Aurait-elle tout faux ? Manifestement, la densité de palmiers et d’établissements financiers joue un rôle non négligeable... Selon l’OCDE en 2009, qui ramène le PIB d’un pays au nombre d’heures travaillées, c’est le Luxembourg qui arrive en tête de la productivité par travailleur, puis la Norvège (PIB gonflé par le pétrole), l’Irlande, les États-Unis, la Belgique et les Pays-Bas, devant la France et l’Allemagne [2]. Là aussi, une belle concentration de paradis fiscaux aux premières places.

Il n’y a pas que le profit par salarié qui atteint des sommets dans les places offshore : le montant des actifs laisse également pantois. Au niveau mondial, il atteint 800 000
euros par salarié. Il s’élève à 3,2 à 4 millions en Suisse, aux Pays-Bas ou en Irlande, à 17 millions à la Barbade et à 36 millions pour les Bermudes ! L’ampleur des écarts s’explique par la faiblesse du dénominateur comme par le volume du numérateur. D’une part, les effectifs salariés dans ces territoires sont relativement faibles, car l’activité qui y est enregistrée juridiquement ne correspond pas (ou peu) à une activité réelle sur le territoire. D’autre part, les entreprises y gonflent les profits et les actifs. En 2003, les entreprises américaines ont ainsi réalisé la moitié de leur bénéfice à l’étranger dans six petits pays - Pays-Bas, Irlande, Bermudes, Luxembourg, Suisse et îles anglo-normandes – ne cumulant pas même 30 millions d’habitants, mais offrant un taux de taxation particulièrement bas (voir graphique).

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Là où les entreprises américaines font leurs profits en 2003
Source : K. A. Clausing, R. S. Avi-Yonarh “Reforming corporate taxation in a global economy : a proposal to adopt formulary apportionment”, The Hamilton Project, June 2007, p. 8.

Quant aux actifs, la place grandissante des immatériels (brevets, marques, logos...) qui représentaient 60 % de la valeur d’une société en 2007, selon le cabinet de conseil Ernst & Young [3], permet leur localisation de façon déconnectée des lieux de production. C’est le cœur du problème.

[1C. Chavagneux [2008] « Mondialisation : les multinationales adorent les paradis fiscaux », Alternatives Économiques, septembre 2008, n° 727.

[2Sources : OCDE StatEx-tracts : http://stats.oecd.org/Index.aspx?DatasetCode=PDYGTH

[3Ernst & Young, Capital immatériel, son importance
se confirme, janvier 2008.

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