Publié le 20 mai 2009

Des filières en partie destinées au marché mondial

En Colombie, l’essor considérable de filières d’agrocarburants est soutenu par des politiques impulsées au plus haut niveau de l’Etat. L’extension des monocultures d’huile de palme (biodiesel) et de canne à sucre (éthanol) s’accompagne pourtant de graves violations des droits humains et des territoires parmi les communautés noires, paysanne ou indigènes.

Des filières en partie destinées au marché mondial d’agrocarburants, et notamment le marché européen crée par l’objectif ambitieux de l’Union européenne d’incorporation de 10% , qui implique des importations depuis les pays du Sud.

La crise énergétique, l’effet de serre, le protocole de Kyoto, le réchauffement global et le développement durable sont des sujets qui figurent systématiquement dans tous les programmes politiques de la majorité des pays et des institutions multilatérales et internationales. Il n’est dès lors pas difficile de comprendre l’essor spectaculaire qu’ont eu les énergies renouvelables ces dernières années. Il s’agit d’un marché florissant qui a engendré en 2007 un montant de 174,4 milliards de dollars d’investissement dans le monde, l’Union Européenne étant le premier investisseur mondial avec 80,2 milliards de dollars.

Visionnez le diaporamaDans ce contexte, l’Union européenne a incorporé dans sa politique énergétique l’usage d’agro combustibles pour le transport et de bioénergie pour la production d’électricité. Depuis début 2007, moment où a été approuvé le dénommé "paquet énergétique" (incluant la révision du Comité directeur 2003/30/CE, relatif à la promotion de l’usage de biocarburants et d’autres combustibles renouvelables dans le transport), des quotas de consommation obligatoire d’agro carburants ont été fixés pour les états membres de l’Union. Le but étant d’atteindre la consommation de 10 % d’agro carburants pour 2020 dans le secteur du transport. Pour y arriver, l’importation massive d’agro combustibles est indispensable, ou mieux encore, celle de sa matière première, qui se raffine en Europe à un prix compétitif, tout en stimulant l’expansion des « cultures énergétiques » dans tous les pays producteurs.

En Colombie la monoculture de canne à sucre n’a fait que s’étendre, il existe près de 450.000 hectares plantés de canne à sucre, (dont la production est destinée au traitement du sucre, et pour une quantité significative, à l’élaboration d’éthanol combustible) ainsi que 328.973 hectares plantés de palmier à huile selon les statistiques de Corpoica et de Cenipalma en 2007, zone en pleine expansion. Le gouvernement colombien prévoit pour 2010 921.000 hectares et estime qu’il y a un potentiel total de 3.500.000 hectares. L’Union européenne est le deuxième consommateur mondial d’huile de palme et l’acheteur principal d’huile de palme colombienne (2007). La Colombie est le 5e producteur mondial (2007) et le 5e pays exportateur (2006). La Colombie a produit 732.445 tonnes d’huile de palme en 2007 (63 % dédiés à la consommation traditionnelle, 4,9 % pour l’agro diesel et 32,1 % pour l’exportation) et prévoit d’atteindre, en 2010, près de 1,2 millions de tonnes d’huile (44,5 % consacrés à la consommation traditionnelle, 20 % pour l’agro diesel et 35,5 % pour l’exportation).

Le développement de cette agro-industrie et l’expansion de la zone cultivée ont amené ou sont directement les causes de plus de 25 actes de violation de la législation nationale et internationale souscrites par la Colombie. Des dénonciations multiples existent contre la concurrence des cultures énergétiques face aux cultures alimentaires, à la perte conséquente de la biodiversité, à la destruction des bassins hydriques et à la précarité des conditions de travail dans le secteur agricole. Les communautés touchées indigènes, noires et paysannes et les travailleurs agricoles donnent de nombreux témoignages qui dénoncent les violations qu’ils subissent. Par exemple :

– Les plantations qui ont envahi les territoires des communautés noires dans le Chocò et dans la région de Tumaco ont été déclarées illégales. Les membres des groupes paramilitaires qui ont agi dans cette zone ont fait des déclarations publiques où ils assument la responsabilité des déplacements de population et des atrocités commises contre la population civile et reconnaissent leurs liens avec l’agro-business.

– Des entreprises productrices « éco-certifiées » ont causé la dispersion d’huile de palme dans la baie de Taganga en avril 2008.

– La grève des coupeurs de canne de la Vallée du Cauca fin 2008, pour dénoncer les conditions déplorables de travail.

– Le cas emblématique de la propriété Carimagua dans le département du Meta, où l’on a tenté de revenir sur la décision de céder un bien public de 17.000 hectares à environ 800 familles déplacées pour les destiner à l’agro-business en les offrant à des entrepreneur.

La situation des populations affectées n’a pas cessé d’empirer ces dernières années. La violence armée continue (meurtres, déplacements forcés, assignations à résidence forcées, menaces et harcèlements), les conditions sociales et de travail dans les zones productives ne se sont pas améliorées et les impacts sur l’environnement n’ont pas cessé d’augmenter.

Cependant, les réponses apportées à ces situations par le gouvernement colombien, les gouvernements des pays européens ou en Amérique du Nord , ne peuvent être qualifiée autrement que de « tièdes » ou presque inexistantes.

Cette problématique a motivé, d’une part, la Coordination Belge pour la Colombie (CBC) et les autres organisations en Europe et, d’autre part, CENSAT- Amigos de la Tierra, le Processus des communautés noires (PCN), l’autorité nationale du gouvernement indigène (ONIC), le Diocèse de Quibdó, la Comisión Intereclesial de Justicia y Paz et Vía Campesina Colombie (Coordinador Nacional Agrario, Fensuagro et Fenacoa).

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