Un avenir sans faim

Publié le 19 janvier 2005

L’aviculture locale est sinistrée

L’élevage de volailles est un atout dans la lutte contre la pauvreté

Pour des femmes, des jeunes chômeurs, des retraités, l’élevage de poulets est une source de revenus. Dans les quartiers pauvres des grandes métropoles, cette activité permet à des ruraux, qui ont du quitter leur village, d’améliorer leur situation.

800 millions de citadins dans le monde produisent eux-mêmes une partie de leur alimentation. L’urbanisation a modifié les habitudes alimentaires : pour nourrir les citadins, une filière avicole s’est développée en Afrique de l’Ouest.

Au Sénégal, elle a permis la création de petites entreprises et de 30.000 emplois.

Les règles actuelles du commerce mondial obligent les pays d’Afrique à abaisser leurs barrières douanières. Les importations de morceaux de volailles congelées ont explosé au Cameroun et au Sénégal.

Importations de volailles
Pays Année Volume Année Volume
Cameroun 1996 978 t. 2003 22.154 t.
Sénégal 1997 1137 t. 2003 11.950 t.

Ces volailles sont vendues à prix cassés :

  • le coût de revient d’un poulet dépend beaucoup du coût de l’alimentation, fabriquée à partir de céréales. Or , les céréaliers européens bénéficient d’aides directes grâce auxquelles ils peuvent vendre leur production à faible coût pour la fabrication de l’alimentation.
  • les groupes industriels de production de volaille écoulent sur le marché africain les sous-produits (pattes, bouts d’ailes, croupions) disponibles une fois que le blanc a été vendu aux consopmmateurs du Nord.
  • les groupes européens délocalisent leur activité vers des pays comme la Thaïlande ou le Brésil où ils ont créé des fermes spécialisées dans les poulets « export » pour abaisser encore les coûts.
Au Sénégal, 70% des élevages de poulets de chair ont disparu depuis 2002

Dans ces conditions, les producteurs locaux ne peuvent pas rivaliser : les volailles importées sont vendues environ 0,50€ le kilo, contre 1,8 à 2,4€ pour le poulet local.

L’aviculture locale est sinistrée.

La production a chuté au Cameroun alors que les producteurs locaux pourraient fournir 90% des besoins nationaux, ils ne fournissent plus que 37% des volailles consommées dans le pays. Sur un échantillon de 100 éleveurs en 200, seuls 8 étaient encore en activité en 2002.

Une étude de l’Institut Pasteur de Yaoundé a mis en évidence qu’au moment de la vente aux consommateurs, 83.5% des morceaux sont impropres à la consommation.

Les poulets exportés vers l’Afrique ont une moins bonne qualité nutritive que les volailles locales.

La plupart des importations arrivent sous forme de morceaux congelés. Mais ensuite, la chaîne du froid est souvent rompue avant l’arrivée au consommateur. La viande peut avoir été décongelée et recongelée à plusieurs reprises.

Ces importations modifient les habitudes alimentaires : les viandes blanches (volailles, porcs) remplacent les légumineuses locales riches en protéines végétales (pois chiches, haricots, niébés) et les viandes locales.

La population devient dépendante de produits importés et les paysans ne peuvent plus vendre leur production.

La production alimentaire industrielle est nocive également pour les sociétés européennes !

Les nappes phréatiques sont polluées par les nitrates.

La spirale investissement pour faire face à la concurrence, endettement, baisse des prix aboutit à la destruction des emplois agricoles (200.000 emplois perdus chaque année en Europe) .

L’ouverture des marchés africains profite essentiellement à quelques multinationales qui détiennent tous les maillons de la filière et n’hésitent pas à délocaliser pour profiter des plus faibles niveaux de salaires et des législations sociales et environnementales les moins contraignantes.

La libéralisation des échanges agricoles ne permet pas de nourrir l’ensemble de l’humanité. La concurrence des produits importés à bas prix appauvrit les petits paysans des pays en développement, premières victimes de la faim.

Pour vaincre la faim et la pauvreté

  • Il faut changer les règles du commerce mondial et autoriser les États à protéger leur marché pour garantir des débouchés aux producteurs locaux.
  • L’Europe doit réviser sa politique agricole dans le sens d’une meilleure prise en compte de l’agriculture paysanne et de la satisfaction des consommateurs et du développement durable.
  • Il faut que les prix agricoles soient suffisamment rémunérateurs.
  • il faut garantir aux paysans un meilleur accès aux crédits, à la terre, aux connaissances, aux technologies appropriées.

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