Publié le 1er décembre 2015

La COP 21 lance l’agenda des fausses solutions

La COP 21 offre une opportunité sans précédent d’investir dans des systèmes agricoles et alimentaires à la fois plus efficients pour répondre aux enjeux de l’insécurité alimentaire et adaptés au défi climatique. Mais à l’heure du choix, l’Agenda des solutions sur les questions agricoles offre un consensus mou, bien loin de permettre de bâtir un monde sans faim.

Stéphane Le Foll, ministre français de l’Agriculture, a officiellement lancé ce matin l’initiative "4 pour 1000", dans le cadre de la première journée dédiée à l’Agenda pour l’Action Lima-Paris (LPAA) développé pour la COP 21. Malgré des alertes répétées sur les risques et limites de cette initiative depuis 6 mois, les propositions du CCFD-Terre Solidaire, d’Action contre la Faim et d’Oxfam France pour clarifier les critères et le cadre du "4 pour 1000" et s’assurer qu’il réponde aux objectifs affichés, n’ont pas été prises en compte. Nos organisations dénoncent aujourd’hui cette initiative qui pourrait ouvrir une liste des fausses solutions portées par le LPAA en promouvant des pratiques qui menacent la sécurité et la souveraineté alimentaires des populations.

Le programme "4 pour 1000" vise officiellement à réconcilier agriculture, lutte contre la faim et nécessaire réduction du réchauffement de notre planète. Celui-ci repose sur une théorie scientifique : l’augmentation annuelle de 0.4% (4 pour 1000) du taux de croissance du stock de carbone dans les sols qui permettrait d’absorber l’ensemble des émissions de CO2.

Depuis mars 2015, Stéphane Le Foll s’est largement mobilisé pour rallier un maximum d’acteurs autour du "4 pour 1000". Malheureusement, les mêmes efforts n’ont pas été faits pour structurer cette initiative qui comporte aujourd’hui de nombreuses lacunes. Il n’existe pas de définition claire, accompagnée de critères permettant de déterminer quels seront les modèles agricoles à promouvoir pour combiner deux objectifs particulièrement ambitieux : la lutte contre les changements climatiques et la sécurité alimentaire. Au contraire, une liste de concepts allant de l’agroécologie à l’agriculture de conservation est censée donner le cadre des activités, malgré un risque évident d’instrumentalisation. En effet, tous les acteurs - des organisations paysannes aux multinationales de l’agrobusiness, peuvent y trouver leur compte. Et pour l’instant, nul ne se soucie de l’impact réel qu’auront les projets lancés dans le cadre du "4 pour 1000", aucun mécanisme de suivi et de redevabilité n’étant mis en place.

Il est important de rappeler que séquestrer du carbone dans les sols n’induit pas forcément de lutter contre la faim. De même, lutter contre l’insécurité alimentaire ne permet pas forcément de traiter la question des changements climatiques. Toute initiative visant à allier ces deux enjeux doit garantir que les solutions proposées y répondent. Cela passe par un cadre et des critères pré-définis permettant d’inclure ou d’exclure des activités. Aujourd’hui, le programme "4 pour 1000" promu par la France, présidente de la COP 21, passe sous silence la question centrale du type de modèles alimentaires et agricoles à privilégier pour faire face aux enjeux déjà si prégnants de la lutte contre la faim dans un monde « contraint » par les dérèglements climatiques. Plus globalement, il semble que la majeure partie des initiatives lancées dans le cadre de l’Agenda pour l’Action Lima Paris (LPAA) reposent sur des notions floues où rien n’est explicité. Ainsi, alors que 355 organisations de la société civile dans le monde ont appelé en septembre dernier à ce que « l’agriculture intelligente face au climat » ne soit intégrée ni dans l’accord ni dans l’agenda parallèle de la COP 21, on la retrouve pourtant dans plusieurs initiatives promues dans le cadre du LPAA. Là encore, l’utilisation de ce concept insuffisamment défini et largement capté par les multinationales de l’agro-industrie, n’assure pas le soutien à une transition réelle de nos systèmes agricoles et alimentaires.

Pour son lancement, le LPAA ne semble donc pas répondre à l’objectif qu’il s’est fixé, c’est-à-dire montrer que des acteurs œuvrent déjà pour l’action climatique et qu’ils sont porteurs de solutions réellement transformationnelles. Cet agenda semble au contraire valider certaines pratiques qui portent en elles des risques d’accaparements de terre, de financiarisation de la nature, ou de promotion d’intrants chimiques et d’OGM. Nos organisations ne peuvent que dénoncer cet agenda des fausses solutions et appeler les Etats à ne pas le reconnaître ni l’institutionnaliser dans toute décision officielle de la COP 21.

Contacts presse :

Karine Appy - CCFD-Terre Solidaire : 06 66 12 33 02

Lea Vollet - Action contre la Faim : 06 19 78 94 51

Sarah Roussel - Oxfam France : 06 51 15 54 38

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