Publié le 21 juillet 2015

Bernard Pinaud à Rome « Les peuples et la planète d’abord »

Bernard Pinaud, délégué général du CCFD-Terre Solidaire était présent à Rome lors de la conférence organisée par la CIDSE et le Conseil pontifical pour la justice et la paix les 2 et 3 juillet dernier.

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Quel était l’objet de cette conférence ?

Nous fêtons cette année les 50 ans de la CIDSE [1] et nous avions décidé, pour célébrer cela, d’organiser à Rome une conférence autour du nécessaire changement de paradigme par rapport au modèle de développement et au modèle économique actuel. Et puis est arrivée l’encyclique. Il y a donc eu synergie entre ces deux approches. La présence à cette conférence du cardinal Turkson, le président de la Commission pontificale Justice et paix, mais aussi une intervention du cardinal Parolin, le secrétaire d’État du Vatican, ont permis de valoriser et d’intégrer cette encyclique.

Pourquoi ce « soudain » engagement de l’Église pour la cause écologiste ?

Certains passages de Pacem in terris ou de Popularum progressio abordent cette dimension environnementale, mais ce n’est pas un thème central. Cette encyclique, la première sur l’écologie, est donc un moment absolument marquant. Le concept d’écologie intégrale qui lie dimension sociale et dimension environnementale est d’une très grande importance pour nous puisque cette approche est exactement celle que nous portons. C’est-à-dire que nous ne rentrons pas sur les questions de changement climatique ou environnementales uniquement par le bout environnementaliste, mais en faisant le lien avec les inégalités, avec la lutte pour la justice sociale pour avancer vers ce nouveau paradigme, cette transition écologique et sociale.

« Transition écologique et sociale » qui expliquerait la présence de Naomi Klein, icône du mouvement altermondialiste mondial, à cette conférence ?

Que Naomi Klein vienne avec nous au Vatican pour intervenir dans cette conférence en a surpris plus d’un mais, justement, il nous revient de faire ce lien entre les responsables d’Église et le mouvement altermondialiste. Parce qu’il y a un certain nombre de combats qui sont communs, de propositions communes. Cette encyclique parle d’économie sociale et solidaire, de coopératives, des solutions initiées par des organisations de la société civile. Et cela débouche sur un quasi plan d’action sur trois niveaux : l’interpellation des pouvoirs publics, pour des changements structurels, la mise en place d’alternatives locales et, ensuite, la transformation de la personne, la « conversion écologique » dit le texte. Ce qui renvoie chacun de nous à ses choix, ses modes de vie, de consommation… La venue de Naomi Klein est donc bien dans cette philosophie.

Quid de la position du CCFD-Terre Solidaire sur cette question ?

Le CCFD-Terre Solidaire n’est pas une ONG environnementaliste et n’a jamais mis en avant les questions environnementales. Non pas parce que qu’il ne s’y intéresse pas – nous étions au Sommet de la Terre de Rio, en 1992 –, mais parce qu’il a toujours considéré que, puisqu’il y avait des organisations qui faisaient très bien ce travail, ce n’était pas la peine de se lancer sur ce terrain et qu’il lui fallait rester sur le sien, le développement. Sauf que, les changements et les dérèglements climatiques ont un impact sur beaucoup des projets de nos partenaires, qui se retrouvent confrontés à ces questions, en particulier dans le monde rural. Nous ne pouvons donc plus ne pas prendre en considération ces changements et ne pas lier environnement et développement. Tout cela est un.

Un formidable soutien à l’approche de la COP 21 ?

Comme appel à mobilisation, on ne pouvait pas faire mieux. Cette encyclique pousse l’ensemble de l’Église à se mettre dans une posture de mobilisation vis-à-vis de la COP 21. Le CCFD-Terre Solidaire fait partie de la Coalition Climat 21 [2], qui coordonne l’ensemble des mobilisations de la société civile en France. Nous sommes également membres d’une coordination interreligieuse qui a remis un texte au président de la République, le 1er juillet, et enfin d’une coordination catholique. Le CCFD-Terre Solidaire est donc présent à tous les étages de cette mobilisation qui doit d’abord être une mobilisation citoyenne sur la question des modèles de développement, d’une nécessaire transition écologique et sociale et, en définitive, d’un choix de modèle de développement durable. Cette sensibilisation pourrait d’ailleurs perdurer au-delà de la rencontre de Paris et de la COP 21. Nous voulons aussi profiter de cette occasion pour mettre en exergue, en lumière des réponses alternatives qui existent, mais restent « invisibles ». Rendons visible l’invisible et montrons que l’agroécologie, l’agroforesterie, cela fonctionne, que l’agriculture urbaine, l’économie sociale et solidaire, cela existe !

Propos recueillis par Patrick Chesnet

[1Officiellement enregistrée en 1967, en Belgique, la Coopération internationale pour le développement et la solidarité (CIDSE) se définit comme une « alliance internationale d’agences de développement catholiques » et compte aujourd’hui dix-sept membres dont le CCFD-Terre Solidaire, venus principalement d’Europe mais aussi des États-Unis ou du Canada.

[2Regroupant plus d’une centaine d’ONG, de syndicats de mouvements sociaux français… la Coalition Climat 21 a été reconnue Grande cause nationale 2015 par l’État français, le 21 avril dernier, pour son travail de sensibilisation de l’opinion.

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