Noël contre la faim

Publié le 25.08.2008 • Mis à jour le 13.08.2012

Le développement est-il soluble dans l’OMC ?
L’analyse du CCFD sur l’OMC.

Pour Jean-Michel Severino, directeur général de l’Agence française de développement, l’échec des négociations menées dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce serait très dommageable : « il démontrerait d’une manière générale l’impossibilité qu’il y a, notamment, à s’entendre entre pays développés et pays en voie de développement sur un cadre commercial qui serait de nature à faciliter, à accélérer le développement économique des pays les plus pauvres ».

Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement a tenu à réagir à ces propos tenus dans le cadre du blog de l’AFD « Idées pour le développement », le 22 août dernier.

Catherine Gaudard, directrice du plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire souligne que « le droit à protéger les marchés agricoles aurait dû être la question centrale des négociations ». Elle revient aussi sur les positions des Etats négociateurs et décrypte l’enchaînement des égoïsmes ayant entraîné l’arrêt du cycle de discussions.

Retrouvez le blog "idées pour le développement" créé par des dirigeants d’organisations internationales.

L’analyse du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement

22 août 2008

Le développement est-il soluble dans l’OMC ?
A l’heure où le Président Lula tente de relancer les négociations à l’OMC en jouant le médiateur entre Etats-Unis et Inde sur la question de la protection des marchés, il reste pertinent de s’interroger : qui sont les perdants, qui sont les gagnants de l’échec actuel de ces négociations ? Certes, comme le souligne M. Severino, l’échec actuel révèle clairement que pays développés et pays en développement ne parviennent pas à s’entendre sur un cadre commercial « de nature à faciliter et accélérer le développement économique des pays les plus pauvres ».

Pour le CCFD-Terre Solidaire, le droit à protéger les marchés agricoles aurait dû être la question centrale des négociations, si c’est bien de développement que les négociateurs s’étaient préoccupés dans ce Cycle de Doha dit « du développement ». Il y a deux mois à peine, en réponse aux émeutes de la faim, les dirigeants du monde rassemblés à la conférence de la FAO à Rome avaient rivalisé de déclarations sur l’urgence de soutiens accrus au développement agricole des pays du Sud. Le CCFD s’était réjoui qu’enfin, ce qu’il réclame depuis des années aux côtés de ses partenaires du Sud émerge dans les discours politiques. Il avait souligné cependant que l’augmentation de l’aide, certes nécessaire, n’y suffirait pas, et qu’il était tout aussi urgent de redonner aux pays en développement les moyens de maîtriser les échanges agricoles, pour préserver ou développer les agricultures locales, sauvegardant ainsi la sécurité alimentaire, les emplois et le développement rural.

C’est derrière de telles protections et avec des soutiens massifs à l’agriculture que l’Europe, après la guerre, a pu produire à la hauteur de ses besoins alimentaires et industriels.

Cet enjeu de restaurer des protections était bien le cadet des soucis des négociateurs des pays occidentaux et des pays émergents à l’OMC : leur mandat était de poursuivre la libéralisation, clé de l’accès à de nouveaux marchés. C’est en effet la raison d’être de l’OMC. Faire une place aux préoccupations de développement dans ces négociations exigerait une modification des accords de Marrakech de 2004 créant l’OMC, afin d’en faire une organisation où se négocient des régulations multilatérales du commerce, et non une dérégulation.

A l’OMC, la seule « concession » faite au développement dans ce cycle de négociations, aura été que rien n’était exigé des pays les plus pauvres en termes d’accès supplémentaires à leurs marchés intérieurs. Ils étaient supposés profiter des avancées de la libéralisation chez les autres. D’ailleurs, on savait déjà que ces pays pauvres, d’après les études de la Banque Mondiale, ne tireraient guère de bénéfices de ces négociations, voire même perdraient du terrain sur le marché mondial.

Et puis, les négociations régionales et bilatérales qui se déroulent en parallèle se chargeraient bien, de toutes manières, d’exiger une plus grande ouverture de leurs marchés. L’Union Européenne poursuit par exemple ses négociations avec les pays d’Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) pour des accords de « partenariat économique » bien mal nommés, qui n’ont jusqu’à maintenant réussi qu’à disloquer les solidarités entre pays d’Afrique, freiner leurs tentatives de mettre en place des marchés régionaux protégés, et vont les forcer à ouvrir leurs marchés bien au-delà de ce qui est négocié à l’OMC.

Certes, les pays en développement sont loin de tous donner la priorité à la protection de leurs marchés agricoles et de soutenir leurs agricultures vivrières. Les pays africains commencent à peine à s’y intéresser, sous la pression d’organisations paysannes de mieux en mieux organisées.

A l’OMC, les pays du Sud se sont avant tout unis pour réclamer à juste titre la suppression des subventions aux exportations agricoles du Nord. Ils se sont aussi alliés pour exiger une plus grande ouverture des marchés du Nord, avec déjà sur ce plan des intérêts contradictoires entre pays émergents et pays les plus pauvres, qui se retrouveraient alors en concurrence, par exemple sur la banane.

Sur le droit à la protection des marchés, l’unité était encore plus fragile. Les pays émergents agro exportateurs comme le Brésil n’y tenaient pas trop, car les multinationales agroalimentaires qui y sont installées ont des vues sur les marchés des pays du Sud. L’Inde, répondant à la mobilisation de ses 700 millions de paysans qui souffrent déjà d’une ouverture trop grande, a pris le leadership sur le sujet, et n’a pas cédé. Les Etats-Unis s’y sont farouchement opposés, l’Europe a mollement soutenu, ayant bien d’autres priorités.

L’égoïsme et l’hypocrisie, dictés par les intérêts économiques à court terme de quelques uns, sont les seuls gagnants de ce cycle de négociations. La solidarité et le développement attendront-ils encore longtemps ?

Catherine Gaudard
Directrice du Plaidoyer CCFD-Terre Solidaire

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