Publié le 22.09.2010 • Mis à jour le 13.08.2012

Dix millions de Sahéliens souffrent aujourd’hui de malnutrition

Les aléas climatiques n’expliquent pas tout.

Paris, le 7 septembre 2010

Les aléas climatiques (sécheresse puis inondations) n’expliquent pas tout. Si près de dix millions de Sahéliens souffrent aujourd’hui de malnutrition, c’est que les gouvernements de la région se sont montrés incapables de faire reculer la pauvreté en milieu rural.

Tenir jusqu’aux prochaines récoltes attendues fin septembre. C’est l’espoir auquel se raccrochent quelque 10 millions de ruraux, au Niger et au Tchad surtout. Le déficit pluviométrique de l’hivernage 2009 (saison des pluies de juin à octobre) laissait présager de maigres récoltes de mil, sorgho ou maïs. De fait, bien des greniers étaient vides dès les mois de février ou mars 2010. Des familles rurales ont alors commencé à migrer vers les capitales (Niamey, N’Djamena) ou vers le Nord-Nigéria. Les éleveurs ont bradé leurs animaux à vil prix, tandis que les femmes faisaient bouillir les feuilles des arbres en guise de repas.

Comme lors de la grande disette de 2005, les céréales ne font pas défaut sur les marchés. Mais les prix élevés empêchent les familles pauvres de s’approvisionner en nourriture. Ainsi, courant août au Niger, le sac de mil de 100 kilos atteignait 26 000 F CFA à Agadez et 25 000 FCFA à Tillabéri (au nord-ouest de la capitale), contre 20 000 FCFA quatre mois plus tôt. « Outre l’insuffisance des pluies, c’est bien l’effondrement du pouvoir d’achat des ruraux qui est à l’origine de la crise », analyse Bassirou Nouhou, secrétaire exécutif d’Afrique verte Niger.

Élément positif, la malnutrition n’est plus un sujet tabou. À Niamey, le régime militaire qui a déposé le président Tandja le 18 février dernier a vite reconnu des « risques de famine » et lancé un appel à l’aide internationale dès le début avril 2010. Des distributions de vivres ciblées ont été organisées de Tahoua à Diffa. « Il y a une volonté politique de s’attaquer au problème », reconnaît le Dr Mamadou Yani Chegou, directeur du département de la nutrition au ministère de la Santé.
 
Des enfants sacrifiés

Mais la solidarité internationale n’est pas au rendez-vous. Au Tchad voisin, le Programme alimentaire mondiale (PAM), relevant des Nations unies, est contraint, faute de ressources, à « une décision déchirante » : limiter la fourniture de nourriture aux seules familles ayant des enfants de moins de deux ans. Pourtant, une enquête nutritionnelle menée en juillet et août par Action contre la faim (ACF), dans l’ouest de la bande sahélienne tchadienne, établit qu’un enfant sur quatre de moins de cinq ans souffre de malnutrition...

Alors que la crise alimentaire atteint son pic en cette « période de soudure » (intervalle entre deux récoltes), des pluies diluviennes tombées courant août ont compromis une partie des futures récoltes. Quelque 110 000 Nigériens sont sinistrés. « C’est une double catastrophe, déplore Ibrahim Mahaman, chef d’un village situé à proximité du fleuve Niger, sorti de son lit : « Hier la sécheresse et aujourd’hui les inondations. »

La plupart des chefs d’État africains, qui s’étaient engagés en 2003 à consacrer 10 % de leurs budgets nationaux à l’agriculture, n’ont pas tenu leurs promesses. Du coup, les aménagements pérennes (périmètres irrigués) et un meilleur recours aux engrais, capables d’augmenter productions et rendements, ont été différés. Les crises alimentaires récurrentes, elles, se poursuivent...
 
Yves Hardy

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