Noël contre la faim

Publié le 24 mai 2012

La rencontre avec le migrant

Quand la différence se fait conversation

La rencontre évoque, provoque et convoque
À travers le premier mouvement, la rencontre évoque. Chaque personne que nous rencontrons devient comme une sorte de miroir qui nous renvoie une image de nous-mêmes : un miroir qui nous révèle des traits, des atouts et aussi des limites, qui nous identifient. C’est en ce sens que l’on peut dire que la rencontre évoque : elle donne à chacun de la présence, et dès lors, elle fait exister. La rencontre évoque la vie portée par chacun, elle la rend visible et vivante, elle la révèle et la fait vibrer.

Une femme étrangère vient demander à Jésus de guérir son enfant, possédé par un démon (Mc 7, 24-30). Jésus ne veut pas satisfaire la demande de la femme car il croit que sa mission est réservée aux enfants d’Israël. Il lui répond de manière très dure : « Il ne sied pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens ». Mais la femme insiste en lui disant que les « petits chiens, dessous la table, mangent les miettes des enfants ». Et Jésus se laisse alors déplacer par cette femme qui au début l’agaçait et lui dit : « À cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille ». Cette rencontre révèle à Jésus que le salut dont il est porteur a un caractère universel. Si la différence agace, elle peut ouvrir au radicalement
nouveau.

Si dans le premier mouvement, elle évoque, dans le deuxième, elle provoque. La rencontre renvoie à soi mais elle conduit aussi au-delà de soi-même. Elle devient ainsi une invitation au voyage. Et un voyage dans des terres inconnues. La rencontre déplace car elle fait entrer dans l’univers de l’autre. Un univers que je ne connais pas, en tout cas, jamais entièrement. Et un univers qui, étant différent du mien, commence toujours par me déranger. La rencontre provoque à sortir de soi et à s’ouvrir au monde de l’autre. C’est en ce sens que la rencontre ouvre au sacré car elle me mène au-delà de ce que je maîtrise et contrôle. La rencontre constitue toujours une expérience de transcendance, car elle me mène au-delà de mon monde et de mon univers de sens.
L’évocation renvoie à ce que chacun porte de plus précieux en soi. La provocation pousse ailleurs, vers un nouveau possible. Si la rencontre évoque et provoque à la fois, c’est qu’elle convoque : elle appelle à la fois à entrer et à sortir. Elle donne rendez-vous dans un même lieu à l’humain et au sacré, au « déjà-là » et au « pas-encore », au passé et à l’avenir.

Témoignage

Le « Goût de l’autre », c’est un repas partagé, une fois par mois, entre Français et étrangers, dans la mairie du 4e arrondissement de Paris. Un rendez-vous mensuel entre des personnes qui pour la plupart ne se connaissent pas, autour d’un repas préparé à chaque fois par un étranger selon une recette de son pays (le plat principal) et un Français (l’entrée et le dessert). Autour du goût des aliments on partage ainsi le goût de la vie des uns et des autres. Il n’y a rien à prouver ni à démontrer dans ces repas, juste le plaisir de rencontrer des gens différents autour de saveurs nouvelles et mélangées. L’Égyptien Ishak dit : « Autour de la table du “Goût de l’autre” je ne me sens pas étranger ». Son identité ne relève pas de ses papiers. C’est la rencontre qui le fait exister. Autour du repas on se rassemble et on se ressemble car on retrouve l’autre, le « différent », au-delà des représentations, à travers une expérience qui est commune à tout le genre humain, celle de manger. Si autour du repas partagé du « Goût de l’autre », la différence s’efface pour laisser place à la ressemblance qui permet à chacun de se sentir reconnu par l’autre, dans la rencontre entre Jésus et la Syro-phénicienne, c’est leur différence qui introduit la distance nécessaire pour découvrir quelque chose de nouveau et d’inconnu. Deux mouvements contraires qui sont pourtant présents dans toute rencontre.Ishak

Si, en tant que chrétiens, nous sommes invités à accueillir l’étranger, ce n’est pas uniquement par charité à son égard mais parce que l’Évangile est avant tout une invitation à la rencontre. Une rencontre qui évoque la vie portée par chacun, qui provoque à aller plus loin et qui convoque à faire chemin ensemble. La rencontre fait de l’Évangile un lieu de relation plutôt qu’un objet de transmission. La rencontre nous conduit ainsi à dire que l’Évangile est, autant qu’un message à transmettre, une conversation à établir : une conversation à travers laquelle chacun évoque, provoque et convoque la vie de l’autre.

Questions pour un partage

Ai-je déjà eu l’occasion de rencontrer et échanger avec un étranger dans ma vie quotidienne en France (parents d’école, collègue de travail, voisin) ?

Quelle en a été mon expérience : agacement, surprise, curiosité, ressemblance ?

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