Noël contre la faim

Publié le 24 mai 2012

Les migrations dans la mondialisation

Agir au-delà des frontières nationales

Témoignage
« En ouvrant ma porte aux migrants, en cherchant à trouver le visage de Dieu en eux, je me suis senti vraiment missionnaire, annonciateur de la Bonne Nouvelle. Mais le plus enrichissant, c’est que les migrants eux aussi m’ont évangélisé, m’ont aidé à changer de discours et à agir. J’ai redécouvert des valeurs que beaucoup ont oubliées : le courage, la ténacité, l’espoir et surtout la confiance totale en la providence de Dieu. La mondialisation a du bon, surtout si c’est une mondialisation à visage humain, guidée par la solidarité. Et les migrants nous rappellent cette mondialisation de solidarité ! » – Anselm Mahwera, prêtre missionnaire d’Afrique, est le fondateur de la Maison du migrant de Gao qui accueille quotidiennement les migrants expulsés d’Algérie, de tous pays, de toutes origines et religions.

De façon récurrente dans l’Histoire, par temps de crise, les migrants deviennent des boucs émissaires et sont désignés comme les coupables des maux de la société, même par des gouvernants dans l’incapacité d’apporter des réponses aux difficultés sociales et économiques vécues par la population locale. Aujourd’hui, dans un contexte de profonde crise financière, économique et sociale des sociétés occidentales, on constate que l’Europe se replie sur elle-même et ferme ses frontières. Témoin de cette évolution, la réaction des pouvoirs publics de nombreux pays européens lors des soulèvements dans les pays arabes qui, loin de se réjouir, ont aussitôt brandi le spectre de l’arrivée massive des populations venues du monde arabe. Ces discours, fondés sur la peur de l’autre, conduisent à légitimer une politique européenne et française principalement sécuritaire qui non seulement relègue au second plan le respect des droits fondamentaux mais aussi les bafoue. En France, la fragilisation des droits des étrangers qui a provoqué une prise de parole forte des associations et mouvements chrétiens reste plus que jamais un sujet d’actualité.

« Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme ni femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ. » (Ga 3,28)

Des facteurs de mobilité accrus

Pourtant, et là réside le paradoxe, nos sociétés s’inscrivent de fait dans un monde de plus en plus mondialisé. Les nouvelles facilités de communication et de transports ont accru les facteurs de mobilité. Le phénomène de la mondialisation, propre à nos sociétés contemporaines, n’est pas seulement un processus socio-économique, mais reflète également « une humanité de plus en plus interconnectée », dépassant les frontières géographiques et culturelles (message du Pape Benoît XVI lors de la 97e journée mondiale du Migrant et du Réfugié en 2011). Les Nations Unies ont recensé officiellement 214 millions de migrants, soit 3 % de la population mondiale. C’est un phénomène aujourd’hui équilibré puisque les migrations du Sud vers le Nord ne représentent que 33 %, autant que les migrations sud-sud et bien plus que les migrations nord-nord. De fait, les migrations internationales sont aujourd’hui une donnée incontournable de nos sociétés, et c’est un phénomène mondial.

La nécessité d’une approche plus globale

Par là même, penser apporter un cadre et des règles pour ces mouvements de population en fermant ses frontières nationales est aussi illusoire qu’irresponsable. La question des migrations doit sortir des arcanes habituels de la seule gestion souveraine des États nationaux pour faire l’objet d’une gouvernance globale multilatérale, fondée d’abord sur les droits fondamentaux des personnes. Cette approche collégiale doit s’appuyer sur des organes et des instruments juridiques internationaux qui permettraient les discussions multilatérales. C’est pourquoi la ratification des outils juridiques internationaux comme la Convention des Nations Unies pour la protection des travailleurs migrants et leurs familles constitue un élément essentiel pour donner corps à cette approche à la fois juste, responsable et humaine. Juste, parce qu’elle implique aussi bien les pays de départ, de transit et d’arrivée ; responsable car elle rappelle aussi les États à leurs devoirs ; enfin profondément humaine puisque, loin de considérer le migrant comme une variable d’ajustement économique, elle en respecte inconditionnellement la dignité et l’intégrité, notamment sur le plan du droit de vivre en famille.

Questions pour un partage

Puis-je dans le même temps avoir une voiture japonaise, un café brésilien, porter des vêtements fabriqués en Chine et refuser d’avoir des voisins immigrés ?

Comment se fait-il que les gens du Nord qui émigrent soient des expatriés ou des volontaires et que les gens du Sud qui émigrent soient des migrants ou des clandestins ?

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