Noël contre la faim

Publié le 24 mai 2012

Les migrations, toujours considérées comme un « problème »

Et si c’était une chance ?

Témoignage
En 2009, plusieurs travailleurs sans papiers risquent de se faire expulser. Une grève se déclenche, qui va durer plusieurs mois, et qui va être soutenue par de nombreuses organisations, par des syndicats et également par des employeurs. C’est le cas de Derichebourg Multiservices, entreprise cotée en bourse, qui emploie vingt mille salariés en France, dont treize mille dans la propreté. On y dénombre quatre-vingts nationalités. Sophie Moreau-Follenfant, directrice des ressources humaines de Derichebourg s’interroge : « Pourquoi des personnes qui donnaient satisfaction à titre professionnel et qui étaient depuis longtemps dans l’entreprise devraient-elles faire l’objet d’une mesure aussi violente qu’un licenciement ? ». L’entreprise décide de déposer et d’appuyer une centaine de demandes de régularisation. – Le Monde, 7 juin 2010

La migration est une chance pour l’économie française

Les migrants qui entrent en France sont principalement dans la tranche d’âge active ; ils contribuent plus par les prélèvements dont ils s’acquittent qu’ils ne coûtent en prestations. Ces publics sont en même temps des consommateurs, lesquels créent de la demande, donc de nouveaux emplois. Enfin, ils s’avèrent indispensables pour occuper des postes que les Français de souche, en dépit du chômage, délaissent. Sans eux pas d’autoroutes, de travaux publics, de construction, de restauration collective, de services à la personne si précieux aujourd’hui.

La migration est une chance pour l’aide au développement

À l’autre bout de la chaîne, les transferts financiers des immigrés font vivre pour une part importante leurs pays d’origine. Les migrants envoient chez eux près de quatre fois plus d’argent que ce que l’on appelle l’aide publique au développement (rapport Onu-Pnud de 2009). En l’attente d’un véritable codéveloppement, qui ne peut s’instaurer que sur de longues années, ces fonds sont vitaux. Ils représentent souvent une fraction déterminante du PNB de ces pays. De multiples micro-réalisations ainsi que maints villages en dépendent. Le tout, sans intermédiaire ni déperdition. Des régions entières du Mali, comme celle de Kayes, s’effondreraient complètement sans cet apport direct.

La migration est une chance pour enrichir chaque culture

Le « vivre ensemble » d’une société a besoin d’une certaine stabilité mais également d’un certain renouvellement. L’identité collective n’est jamais un acquis défini une fois pour toutes mais un acquis en permanente évolution. La France n’a-t-elle pas été façonnée, au cours du temps, par de nombreuses vagues d’immigration ? Empêcher tout renouvellement ou refuser toute évolution constitue une menace de rigidité et de repli identitaire qui peut détruire le « vivre ensemble ». Il n’est pas question de nier les différences ni les diverses spécificités, parfois difficiles à conjuguer. Mais l’apport de chacun permet de tisser en continu une identité collective dynamique (c’est le cas du couscous au plan culinaire ou encore de la musique jazz !).

Au Chêne de Mambré, le livre de la Genèse raconte qu’Abraham se trouve assis à l’entrée de sa tente lorsqu’il aperçoit trois hommes debout devant lui. Il se lève précipitamment, court à leur rencontre et organise pour eux un accueil magnifique en leur proposant du repos, de l’eau, du pain, des galettes, du lait caillé et du veau. L’un de ces trois étrangers va alors lui annoncer une très bonne nouvelle : « Je reviendrai vers toi l’an prochain, alors, ta femme Sara aura un fils. » (Gn 18,9).

La migration, source de dynamisme pour la foi chrétienne

Toute l’histoire du peuple d’Israël est marquée par l’émigration : pour ces hommes de l’Ancien Testament, l’événement fondateur est la libération de leur situation d’émigrés en Égypte ; lors de leur arrivée et de leur installation à Canaan – un pays qui n’était pas vide – ils se ressentent aussi comme des émigrés dans la « Terre promise » ; la chute de Samarie et de Jérusalem les amène à repartir en exil, et certains resteront à jamais émigrés dans les terres d’accueil. L’errance apparaît, de ce fait, comme un signe du peuple de Dieu, qui le pousse à chercher Dieu toujours au-delà des situations acquises.
L’errance est reprise et affirmée dans le Nouveau Testament, notamment dans la Lettre aux Hébreux où Abraham, « l’étranger », est proposé comme archétype de l’homme biblique, éternel voyageur vers la Terre promise, toujours en route. Et les évangiles témoignent que Jésus, dont la mission était itinérante, s’inscrit dans cette histoire du migrant : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. » (Lc 9,58)
À l’heure de la mondialisation, ne serions-nous pas des éternels voyageurs, venant de toutes parts, en quête d’une terre promise commune, en route vers la plénitude du bonheur partagé ?

Questions pour un partage

En quoi ma vie quotidienne a-t-elle été enrichie par les arrivées successives de migrations (au plan musical, culturel, culinaire…) ?

Un Français sur 4 a un parent ou grand-parent immigré. Est-ce que cela se vérifie dans mon entourage ?

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