Noël contre la faim

Publié le 24 mai 2012

Les préjugés sur les migrants

Vecteurs de haine et de rejet

Témoignage
« “Peu importe le séjour d’un tronc d’arbre dans l’eau, il ne sera jamais un caïman”. Cela fait dix ans que je vis ici, sans cesse mes origines sont un obstacle alors que je cherche par tous les moyens à m’intégrer. Impossible de trouver un logement sans cautions françaises. Plus de dix heures d’attente à la préfecture afin de renouveler mes papiers pour finalement m’entendre dire que je dois revenir le lendemain. Et si je ne suis pas content : « je n’ai qu’à rentrer chez moi ». Je veux faire valoir mes diplômes mais quand je les présente on me demande s’ils sont faux. Je suis venu en France pour étudier mais on m’affirme que les Africains viennent ici seulement parce que là-bas tout va mal et qu’on meurt de faim. » – M. Salif Mandala Djiré, venu du Mali

Sur le sujet des migrations, rien n’est plus préoccupant que le décalage entre la somme des études démontrant que l’immigration est une chance pour l’avenir de la France et la persistance d’idées reçues fondée sur une équation simple : « immigrés = problème ».

« On ne peut pas se laisser envahir par toute la misère du monde ! »
Depuis 40 ans, on ne constate aucune augmentation du pourcentage de migrants dans le monde. 3 % de la population mondiale ne réside pas dans son pays de naissance. Et s’il est vrai que les migrations vers les pays occidentaux ont augmenté, elles restent minoritaires (33 % des migrations internationales). Et pour rappel, seulement 1 % des Africains résident en Europe !

« L es migrants sont pauvres et nous coûtent trop cher ! »
Des études universitaires ont montré que les migrants apportent plus à l’économie française qu’ils ne reçoivent. Lionel Ragot, économiste et spécialiste des questions migratoires, a déclaré à l’Assemblée nationale fin 2010 : « Globalement, la contribution des immigrés au budget des administrations publiques en 2005 était positive de l’ordre de 12 milliards d’euros » [1]. Les immigrés occupent souvent des emplois moins qualifiés et sont davantage touchés par le chômage. Mais ils sont aussi plus jeunes et donc contribuent beaucoup plus aux budgets retraite et santé (les 3/4 de nos dépenses sociales), alors qu’ils en bénéficient moins.

« À moi, Dieu vient de me faire comprendre qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme. (…) Je me rends compte en vérité que Dieu est impartial, et qu’en toute nation, quiconque le craint et pratique la justice trouve accueil auprès de lui. » (Ac 10,28.34-35)

« Les migrants ne savent pas et ne veulent pas s’intégrer »
Ces dernières années, de très hauts responsables politiques accréditaient l’idée que les migrants ne sauraient pas s’intégrer. Or, de nombreux rapports sur l’intégration montrent que, pour l’immense majorité des migrants, si l’intégration prend du temps – elle est un cheminement complexe et chaque fois unique – au final, elle fonctionne [2]. Par ailleurs, le migrant ne saurait être rendu seul responsable de ses prétendues difficultés à s’intégrer. Concernant l’accueil des immigrés, l’étude du Mipex [3] démontre que la France « a, à l’égard des nouveaux arrivants, les politiques d’intégration les moins favorables et les plus contradictoires des grands pays d’immigration ». Notons aussi que nombre d’étrangers diplômés ne peuvent exercer en France la profession pour laquelle ils ont été formés. Enfin, bien souvent les difficultés dites « d’intégration » sont d’abord le fruit d’une exclusion sociale et d’une précarité économique.

« Migrants = délinquants »
On constate d’année en année un accroissement de la délinquance – calculée en nombre d’interpellations – de la part des étrangers. Mais l’étude de l’Observatoire de la Délinquance nuance fortement ce constat. L’exclusion sociale joue un rôle majeur dans cet accroissement et pour les vols à la tire et à l’étalage, les mêmes peuvent être interpelés plusieurs fois. Enfin, les montants concernés par ces petits larcins, bien sûr très désagréables, sont sans commune mesure avec les délinquances économiques et financières souvent beaucoup moins réprimées.

La France n’est pas un pays d’immigration massive.
En 2008, les immigrés représentaient 8,4 % de sa population contre 13,7 % pour les États-Unis ou 14,1 % pour l’Espagne. Entre 1999 et 2007, si la proportion d’immigrés a augmenté en Île-de-France, « elle est restée stable en France métropolitaine » [4]. Malheureusement, le sentiment que la France est un pays d’immigration massive se renforce, alimenté par l’ultra médiatisation de certains faits divers comme l’arrivée de 20 000 Tunisiens à Lampedusa en Italie (quand 250 000 personnes arrivaient en Tunisie depuis la Libye) ou par les amalgames récurrents entre étrangers et Français d’origine étrangère.

« Migrants = musulmans = problème »
Régulièrement dans l’histoire, la religion a été identifiée comme étant un obstacle à l’intégration. À la fin du XIXe siècle, l’arrivée d’une population évacuée d’Alsace, majoritairement protestante avait déjà suscité l’hostilité dans le Sud-Ouest de la France. Le catholicisme des immigrés italiens et polonais a provoqué dans l’entre-deux guerres de multiples formes de rejet. Pour beaucoup de chercheurs, la « diabolisation » de l’Islam s’inscrit dans cette longue histoire de rejet de l’autre en activant des ressorts spécifiques : l’émergence et la forte médiatisation de franges extrémistes au sein des multiples courants qui traversent l’Islam. Or, dans les faits, quelles que soient leur origine et leur religion, les migrants suivent un même processus d’intégration.
Et s’il existe aujourd’hui un Islam de France, c’est-à-dire des pratiques religieuses adaptées au contexte français, c’est bien parce que ce processus d’intégration est en marche, bien qu’il se fasse parfois dans la douleur pour certains musulmans et qu’il suppose une dialogue constant.

Questions pour un partage

Qu’est-ce que je ressens quand j’entends dire à l’étranger que les Français sont des râleurs, suffisants et orgueilleux ?

La contribution globale des colonies à l’effort de guerre français pour la Première Guerre Mondiale s’est élevée à 555 491 soldats. La Première Armée d’Afrique qui débarqua en Provence, le 15 août 1944 comptait 173 000 Nord-Africains et Africains dans ses rangs. Quelles questions ces chiffres soulèvent-ils en moi ?

[1Lionel Ragot, Rapport « Cette France-là », 2011, www.cettefrancela.net/IMG/pdf/CetteFranceLa-rapport_audit.pdf /

[2Cf. Rapport du Haut Conseil à l’Intégration : La France sait-elle encore intégrer
les immigrés ? 2011. Voir aussi études de Dominique Schnapper

[3Mipex : Migration Integration Policy Index (étude du British Council)

[4Données de l’INSEE (2011)

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