Un avenir sans faim

Publié le 15 septembre 2011

Le règne de l’argent et de la finance

Une crise de civilisation ?

« Aucun serviteur ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’Argent. » (Luc 16, 13)

La crise récente a révélé l’immense influence de la finance sur notre économie. Depuis trente ans, l’activité financière s’est développée à un rythme bien plus rapide que la croissance de l’économie. En 2008, le volume des transactions financières était 74 fois supérieur au Produit intérieur brut (PIB) mondial. Aujourd’hui, le financement de l’économie réelle n’est plus la seule raison d’être de la finance, devenue un secteur d’activité à part entière. La complexification croissante des produits financiers facilite cette déconnexion avec l’économie réelle et contribue à diluer la responsabilité. Parfois, les spécialistes de la finance eux-mêmes ne connaissent plus exactement la nature de ce qu’ils échangent.

« Le développement économique s’avère factice et nuisible, s’il s’en remet aux “prodiges” de la finance pour soutenir une croissance artificielle liée à une consommation excessive » (Encyclique Caritas in Veritate, 68). La bulle des subprimes américains est l’illustration des dangers que fait courir une économie financiarisée à l’excès. Elle a souligné l’imprudence et l’aveuglement des acteurs, le déficit de régulation de la part des États et le piège d’un modèle de consommation à crédit.

Mais loin d’être seulement financière, cette crise traduit une crise plus profonde de civilisation. Celle d’une société qui a élevé l’argent au rang de valeur suprême et fait de l’accumulation de richesses le critère unique de mesure d’une vie réussie, au détriment de toutes les autres dimensions : sociale, spirituelle ou culturelle.

Le rôle des paradis fiscaux dans la crise

Les paradis fiscaux ont facilité cette course effrénée au profit immédiat, privant les autorités de régulation nationales et internationales de leur capacité à mesurer l’ensemble des risques et à prévenir la crise financière. Les entreprises ont été réorganisées pour atteindre des objectifs excessifs de rentabilité à court terme de la part des investisseurs et des actionnaires, parfois en contradiction avec le droit du travail ou de l’environnement. De leur côté, les banques et les fonds d’investissements se sont engagés dans des opérations de plus en plus risquées, utilisant à l’occasion les avantages réglementaires des paradis fiscaux pour s’affranchir des règles internationales de prudence financière. Des institutions financières ont pu y localiser une part importante de leurs activités risquées, parfois dissimulée hors de leur bilan comptable. Aujourd’hui encore, peut-on réellement mesurer l’ampleur exacte des pertes liées à la crise, étant donné l’opacité des paradis fiscaux ?

Questions pour un partage

« Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’Argent » (Lc 16,13).
À quel rapport à l’argent l’Évangile nous invite-t-il ?
Comment cette phrase résonne dans la gestion de mes finances au quotidien, dans l’utilisation que je fais de mon argent ?

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