Noël contre la faim

Publié le 9 janvier 2015

L’écoresponsabilité, une urgente conversion

Par Dominique Lang, Assomptionniste et journaliste à l'hebdomadaire Pélerin

Le mouvement semble irréversible : en quelques décennies, la thématique de la responsabilité écologique, réservée jusque-là à quelques ONG environnementalistes, est complètement passée dans les sphères politique, sociale et économique, sans coup férir. Bien sûr, ce passage est loin d’avoir converti tous les coeurs. Mais le succès rapide d’une expression telle que le « développement durable » témoigne de profondes mutations en cours.
Partout, la manifestation de plus en plus évidente des limites du modèle économique dominant actuel s’impose. Épuisement, corruption, pollution, forment un fil rouge de l’actualité qui s’exprime aussi bien dans la mondialisation économique que dans les réalités environnementales. Et à chaque fois, ce sont les communautés les plus faibles qui en souffrent le plus : communautés humaines des régions pauvres mais aussi formes animales et végétales rares ou sauvages, détruites à grande échelle.

« L’Église a une responsabilité envers la Création et doit la faire valoir publiquement aussi. »
Pape Benoît XVI , encyclique L’Amour dans la vérité, § 5

De cette prise de conscience des effets pervers de nos pratiques actuelles, des conversions peuvent finalement émerger.
Si dans les milieux chrétiens, beaucoup de fidèles l’ont bien compris sur un plan personnel, les structures ecclésiales manifestent encore une prudente inertie. Pourtant, depuis trente ans, les grands discours des papes ont bien dénoncé les dangers de la crise écologique en cours, analysée comme une crise éminemment morale.
L’encyclique Caritas in veritate du pape Benoît XVI reconnaît clairement le souci écologique comme un nouveau pan de la doctrine sociale de l’Église à côté des thématiques traditionnelles de la paix, de la justice, du travail ou de la famille.
Entre « développement intégral » et « écologie humaine », les chrétiens sont urgemment invités à manifester leur cohérence de vie et de foi dans ce domaine.

Reste donc maintenant à mettre collectivement ces appels à l’œuvre dans le tissu ecclésial lui-même.

Un document récent (2012) des évêques de France proposait quelques pistes simples pour agir [1]
Mais il faut bien reconnaître que le texte est resté souvent lettre morte dans la multitude des urgences pastorales.
Peut-être que les temps liturgiques de la conversion, comme celui du carême, pourront jouer là leur rôle d’aiguillon  ?
Déjà, dans le monde, des conférences épiscopales ou des mouvements donnent à cette occasion des pistes concrètes pour changer de modes de vie.
En France, une campagne récente pour vivre un « carême sans viande » montre que la transition écologique constitue d’abord un appel à plus de cohérence et à la joie d’une vie enracinée dans une sobriété plus heureuse.
Et, depuis le 1er juillet 2014, une invitation à vivre un jeûne volontaire chaque premier jour du mois, se poursuit pour mobiliser les consciences aux décisions à prendre au cours du sommet climatique qui se déroulera à Paris en fin d’année [2]

Une Église qui accompagne la créativité sociale

Cette cohérence passe aussi par une articulation plus assumée entre notre respect dû à la Création et notre espérance de salut manifestée dans le Christ à la lumière de ce que les premières communautés chrétiennes expérimentaient déjà par le partage et la mise en commun des biens.
Si, comme le rappellent souvent ses responsables, l’Église catholique n’a pas de solution toute faite aux défis actuels du réchauffement climatique ou de la perte de la biodiversité mondiale, elle doit cependant assumer sa prétention à être « experte en humanité ».
Et cela passe par la capacité à faire confiance aux lieux de créativité sociale, comme elle l’a toujours fait dans les temps de crise. C’est comme cela qu’elle peut faire émerger (ou accompagner) des contre-modèles économiques, des solidarités d’un nouveau genre et des lieux concrets aux modes de vie prophétiques.
Là, la force de son réseau mondial peut jouer un dans la presse grand rôle dans la diffusion de bonnes et audacieuses pratiques, par la force de l’exemple vécu.
La mobilisation du réseau jésuite, depuis 2011, dans ce domaine, montre que cela est possible à grande échelle dans des institutions très diverses [3]

Mais, pour cela il faut rappeler que la conversion écologique qu’il faut désirer pour nos Églises ne constitue pas en soi une nouvelle idéologie à laquelle l’Évangile devrait se plier.
Il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle pour tous, puisqu’elle nous invite à redécouvrir en profondeur la cohésion profonde entre le projet créateur et l’œuvre de salut du Dieu de Jésus-Christ pour ce monde.
Lutter pour le respect des droits des humains ne peut plus se faire sans respecter leur terre et le monde naturel qui les accueille.
Sinon, comment prétendre gérer durablement les biens communs que sont l’accès à l’eau, à la terre, aux semences, à l’énergie pour tous les vivants ?
Cette conversion passera nécessairement par un changement de regard. Cela se vit par exemple quand on réalise que la nature ne nous « environne » pas mais que, à notre place singulière, nous en faisons intégralement partie. C’est bien de ce monde dont nous nous nourrissons. C’est de lui que nous tirons les biens de notre vie quotidienne. C’est à lui que nous confions nos restes.

Le pape François le rappelle depuis le début de son ministère : à la société du « déchet » (social et environnemental) que nous avons créé [4], il est urgent de répondre par un projet plus humble et plus attentif au grand mystère de la vie que nous partageons tous. Pour le bien de la communauté de tous les vivants de cette terre.

[1Conférence des évêques de France (CEF), Enjeux et défis écologiques pour l’avenir, Bayard-Cerf-Fleurus-Mame, Collection « Documents d’Église », 80 p..

[3Suite à leur chapitre général, où de toute part il a été demandé de travailler les enjeux des défis environnementaux actuels, la Compagnie s’est mise au travail, publiant quelques mois plus tard un document stimulant, intitulé « Guérir un monde brisé », invitant notamment toutes les communautés, écoles et institutions jésuites à devenir acteur du changement en ce domaine.

[4Texte de l’audience générale du 5 juin 2013.

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