Publié le 24 juin 2015

Bilan de la campagne « Des multinationales Hors jeu »

Initiée en novembre 2013, la campagne « Des multinationales Hors jeu : le marché a ses règles, les populations ont leurs droits » s’est achevée en mai 2015. La campagne s’inscrit dans une longue mobilisation du CCFD-Terre solidaire pour rendre les multinationales responsables de leurs impacts dans les pays du Sud. Retour sur deux années de mobilisation et de sensibilisation intenses

Une forte mobilisation

  • Près de 20 000 signatures recueillies pour la pétition demandant à l’Etat français un encadrement des activités de ses multinationales dans les pays du Sud
  • Plus d’une cinquantaine d’élus (députés et eurodéputés) approchés, des conférences données à travers toute la France,
  • Une vingtaine d’évêques français signataires d’une déclaration mondiale pour une législation sur les minerais de sang (au total 150 évêques de 40 pays)
  • D’innombrables rencontres avec différents ministères et institutions internationales,
  • Sans oublier plus de 140 articles dans la presse, une centaine d’émissions sur les ondes, les plateaux TV et un documentaire, Les damnés du lowcost, sur le Rana Plaza…

Les résultats

Après la catastrophe du Rana Plaza au Bangladesh, une loi historique
Le 30 mars 2015, l’Assemblée nationale française adoptait enfin une loi, dite loi « Rana Plaza (1) », obligeant les entreprises à un devoir de vigilance sur les activités de leurs filiales et sous-traitants dans les pays du Sud et les tenant responsables en cas d’atteintes aux droits de l’homme ou dégradations de l’environnement. Elle ouvre la possibilité pour les victimes de catastrophes d’aller en justice devant les tribunaux français.

Une proposition de règlement de commission européenne sur les minerais du sang
Une large majorité des députés européens se sont positionnés le 20 mai 2015 en faveur d’un règlement obligatoire et ambitieux pour contribuer à rompre le lien entre ressources naturelles et conflits. C’est un immense pas en avant et un signal fort adressé aux États membres qui doivent maintenant se prononcer pour un texte final attendu avant la fin de l’année 2015.

Des avancées, à confirmer, pour que les entreprises multinationales paient des impôts là ou elles créent des richesses, à commencer par celles qui bénéficient d’un soutien Français.
Des avancées notables ont été approuvées par les pays du G20, exigeant notamment le reporting pays par pays pour toutes les entreprises

150 référents plaidoyer mobilisés au sein du réseau

Si l’appel au « respect des règles en matière d´investissements internationaux dans les pays du Sud » lancé, fin 2013, par le CCFD-Terre Solidaire a manifestement été entendu, c’est le fruit d’un long travail de préparation et de mobilisation des équipes du plaidoyer à Paris, avec les bénévoles sur le terrain.
Une collaboration « fondamentale » pour Caroline Dorémus-Mège, directrice du plaidoyer : « Le CCFD-Terre Solidaire ne porte pas une parole d’experts déconnectés, c’est une parole qui est construite et portée par des citoyens engagés, qui sont là, derrière nous, pour défendre une vision du développement, du système économique. C’est ce qui nous donne notre légitimité et fait aussi notre force dans notre rapport aux pouvoirs publics. L’interaction avec les députés ou sénateurs sur le terrain renforce nos propres actions au niveau national et apporte une vraie plus-value. »
Cette interaction, Maryse en est l’une des artisanes. Fidèle du CCFD-Terre Solidaire depuis une trentaine d’années, cette ancienne professeur de physique aujourd’hui retraitée dans la « DD25 », la délégation diocésaine du Doubs, a décidé de pousser plus en avant son engagement en rejoignant le « réseau de référents plaidoyer » du CCFD-Terre Solidaire : Cent cinquante personnes réparties sur tout le territoire, spécialisées sur les questions de plaidoyer et dont l’action principale consiste à interpeller les décideurs. « Le fait de travailler ensemble, de manière participative avec les équipe de plaidoyer, de ne pas être lâchés dans la nature nous permet d’être efficaces et d’avancer avec confiance. » explique-t-elle.
« Cela veut dire des formations et des contacts réguliers avec le siège sur les sujets qui sont portés dans les campagnes et un gros travail chez soi d’approfondissement des dossiers et de suivi de l’actualité. C’est comme lorsqu’on est professeur : il faut toujours en savoir un peu plus que ce qu’on prévoit de dire, parce qu’on peut être poussé à développer », plaisante-t-elle.
Car ici, ce ne sont pas des jeunes à qui il faut apprendre, mais des élus qu’il faut convaincre. Et avec lesquels il faut établir, si possible, des liens solides. À l’image de ceux tissés avec Barbara Romagnan. Contactée une première fois lors des législatives de 2012, celle qui est aujourd’hui députée du Doubs sera, pour quelques jours, du voyage d’immersion placé sous le thème des femmes dans l’industrie textile organisé par la région Bourgogne-Franche Comté en août prochain en Tunisie !

Des bénévoles acteurs de changement

La transformation des recommandations, des propositions du CCFD-Terre Solidaire en loi n’est pas la seule retombée positive. « Avec la volonté d’influer sur une décision ou un changement politique, il y a aussi celle d’amener les gens à se poser des questions, à s’investir. C’est toute la question de la citoyenneté active », précise Caroline Dorémus-Mège.
Des bénévoles devenus « acteurs de changement », termes jusque-là habituellement réservés aux partenaires du Sud ? « Lorsqu’il y a certaines lois en discussion à l’Assemblée nationale et que j’entends des arguments qui sont ceux du CCFD-Terre Solidaire ou qui sont convergents avec ce que nous proposons, c’est un sentiment fort », s’émeut aujourd’hui encore Maryse. « On a effectivement le sentiment d’être un acteur du changement, d’être ce grain de sable qui, par la non violence et l’argumentation, enraye le rouleau compresseur de l’économie dérégulée et fait avancer le droit. Pour moi, c’est une grande stimulation. »

En route vers la COP 21

Maryse est d’ailleurs déjà prête au prochain combat : la COP 21, la conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Paris en décembre prochain. « C’est le moment de prendre conscience que le climat concerne toute la planète et que les populations du Sud payent le plus lourd tribut aux dérèglements. » Les arguments sont déjà là…

Patrick Chesnet

(1) Le 24 avril 2013, l’effondrement d’un bâtiment de huit étages, le Rana Plaza, où se trouvaient quelque trois mille employés du textile, travaillant pour des grandes marques internationales dans des conditions déplorables et pour un salaire de misère, entrainait la mort de 1 138 personnes à Dacca, au Bangladesh.

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