Publié le 10 décembre 2014

RDC : Quand des entreprises financent des groupes armés

SUR LE TERRAIN / République Démocratique du Congo

La mine de Bisie, plus grand site d’exploitation de cassitérite (minerai d’étain) du territoire de Walikale, en République démocratique du Congo, est un exemple type de la collusion entre entreprises et groupes armés.

En s’approvisionnant en ressources naturelles issues de zones de conflit ou à haut risque, de nombreuses entreprises sont susceptibles de financer des acteurs armés responsables de graves exactions. Elles contribuent ainsi à alimenter la violence au détriment de la paix et du développement. Les premières victimes de ces conflits sont les populations locales. Déjà exposées à la violence et à des traitements inhumains et dégradants, elles sont également l’objet d’une violente répression lorsqu’elles élèvent la voix contre la mise en œuvre de nombreux projets extractifs.

En République démocratique du Congo, la concession du site d’exploitation de cassitérite (minerai d’étain) de la mine de Bisie est successivement attribuée au Groupe Minier Bangandula – GMB (2005) puis à la Mining and Processing Congo - MPC (2006).
Ces deux entreprises ont recours à des groupes armés pour « sécuriser leurs activités » : 85ème brigade non réintégrée composée de nombreux Maï-Maï Sheka pour GMB et hommes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) pour l’entreprise MPC. Ces deux groupes développent un commerce illégal de cassitérite basé sur le racket des creuseurs. Le contrôle du minerai d’étain devient, par ailleurs, l’objet d’affrontements entre groupes armés qui refusent de quitter la région et d’abandonner ce commerce si lucratif. [1]
En finançant ces acteurs armés, les entreprises GMB et MPC encouragent une forte militarisation de la zone et y alimentent la violence. Le recours à des hommes armés permet également à l’entreprise MPC de faire pression sur les creuseurs artisanaux présents sur le site minier afin de les faire fuir. [2]
L’entretien d’un climat d’instabilité et de violence permanente permet à l’entreprise MPC d’éviter des contrôles trop nombreux, créant un cadre propice à des activités illégales.
L’entreprise MPC, rachetée depuis par Alphamin Resources Corp (entreprise minière cotée en bourse à Toronto) est accusée d’avoir extrait et commercialisé des minerais sans permis d’exploitation et d’en transporter vers Goma par hélicoptère, alors même que le Ministère des mines [3] avait exigé la fermeture de cette mine en 2010.

Considérant que les conflits et donc les guerres sont inévitables, autant en tirer profit quitte à les alimenter en accaparant les terres et en exploitant les ressources naturelles. Ecouter

En savoir plus
Des ressources naturelles au cœur des conflits (rapport, octobre 2014)
Rompre le lien entre l’exploitation des ressources naturelles et les conflits
République démocratique du Congo : "Halte au pillage des ressources naturelles
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RDC : des ressources naturelles qui tuent

[1Depuis 2010, on assiste sur le site de Bisie à de violents affrontements entre les Maï-Maï Sheka appuyés par les FDLR et les militaires des ex-CNDP et des FARCS. Source : IPIS International Alert, La complexité de la gestion des ressources dans un contexte de fragilité de l’Etat : le cas de l’Est de la RDC, 2010, p28

[2On estime que le site accueillait en 2010 plus de 12 000 personnes comprenant principalement des creuseurs et des commerçants. CERN., Ibid., 2013, p 105

[3Le Groupe d’experts sur la RDC pointe également la poursuite du commerce et de l’extraction de la cassitérite depuis la mine de Bisie dans leur dernier rapport final (voir paragraphe 206) http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/2014/42

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