Noël contre la faim

Publié le 12.03.2012 • Mis à jour le 07.09.2012

Luttons contre la spéculation sur les marchés agricoles

Les spéculateurs s’engraissent alors que des femmes et des hommes ont faim ! Depuis la crise financière de 2008, de nombreux investisseurs se sont rabattus sur la spéculation sur les matières premières agricoles et font d’importants profits alors même que près d’un milliard de personnes souffrent de la faim – une ruée spéculative qui a d’ailleurs encore été amplifiée par l’apparition de nouveaux marchés, comme celui des agrocarburants ou des crédits carbones. Ces pratiques ont directement favorisé les achats massifs de terres et le détournement des productions alimentaires à d’autres fi ns et accentué l’envolée des prix. La domination des logiques de profits immédiats nuit aux agriculteurs du monde entier, fausse la compétitivité, y compris de l’agriculture française, et le pouvoir d’achat des consommateurs.

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En jouant ainsi sur les cours mondiaux des matières premières, les spéculateurs participent à maintenir un être humain sur sept en situation d’insécurité alimentaire ! Et cela ne concerne pas seulement les pays du Sud : pour les 8,2 millions de Français vivant sous le seuil de pauvreté, se procurer une alimentation de qualité à un prix accessible devient une lutte quotidienne. On ne peut pas dire que les perspectives pour les prochaines années soient plus rassurantes : en novembre 2011, la FAO [1] rappelait que les prix vont se maintenir
à un niveau élevé en 2012 alors même que le coût de la nourriture a déjà augmenté de plus d’un tiers en 2011 dans les pays les plus pauvres.

Pourtant, toujours selon la FAO, l’agriculture mondiale, avec ses forces de production actuelles, pourrait nourrir normalement 12 milliards de personnes, soit presque le double de l’humanité actuelle. Nous le revendiquons, il n’y a pas de fatalité à la montée des prix des produits alimentaires, mais une urgence : interdire, par nos lois, la spéculation sur ces produits.
Brisons la spéculation sur la faim !

- Interdisons la spéculation sur les matières premières agricoles -

Ce n’est qu’en mettant fin à la spéculation et en s’engageant en faveur d’une véritable régulation des marchés agricoles au bénéfice des petits producteurs, que la France fera preuve de cohérence dans sa volonté de maîtriser l’économie et de faire face au défi alimentaire mondial.

Il s’agirait en premier lieu d’encadrer et de réguler les pratiques financières qui mettent en péril la stabilité des prix. On pourrait ainsi interdire à tout investisseur hors secteur agricole (comme les fonds de pensions ou les compagnies d’assurances) d’intervenir sur les marchés de matières premières agricoles. Cela devrait s’accompagner d’un renforcement des pouvoirs des autorités des marchés afin qu’elles puissent agir sur toute situation entraînant un fort déséquilibre des cours (retournements opportunistes, brusque hausse des volumes de transaction sur une denrée…).

- Nos autres propositions -

  • Mettre en place des stocks de régulation qui permettraient de temporiser les fortes hausses ou baisses de prix par introduction sur les marchés ou stockage de denrées.
  • Rendre transparentes les informations relatives à la production et aux stocks, y compris pour les agro-industriels et le secteur agroalimentaire.
  • Stopper l’incitation à la production d’agrocarburants dans les pays en développement, ce qui exige d’abandonner le calendrier européen qui prévoit l’incorporation de 10 % d’agrocarburants dans le secteur des transports d’ici à 2020.

- En chiffres -

Selon l’Insee, en 2010-2011, les prix des denrées alimentaires en France ont augmenté de 3,2 % sur un an (l’inflation moyenne n’était que de 2,1 %). Le prix du café a ainsi augmenté de 16,8 %, celui des huiles et margarines de 11 %. Depuis 2000, la hausse moyenne des prix au niveau mondial a atteint près de 30 % [2]. Au niveau international, entre septembre 2010 et septembre 2011, les prix des denrées alimentaires ont augmenté en moyenne de 19 % (chiffres de la Banque mondiale).

Sur la première bourse d’échange de matières premières, à Chicago,
ce sont, en produits dérivés, 46 fois la production mondiale réelle de blé et 24 fois la production mondiale réelle de maïs qui sont échangées chaque année.

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Luttons contre la spéculation sur les marchés agricoles (pdf)

Qu’est ce que la souveraineté alimentaire ?

Le concept de souveraineté alimentaire désigne le droit pour chaque peuple, pays ou groupe de pays de définir et de mettre en place sa propre politique agricole et alimentaire, sans qu’elle génère des impacts négatifs sur les populations d’autres pays. Né au milieu des années 1990 des réflexions et travaux de la Via Campesina, et largement diffusé par le mouvement altermondialiste, ce concept implique le droit des paysans à décider ce qu’ils produisent, la manière de le produire, le droit des Etats à protéger leurs marchés agricoles et la participation des populations au choix des politiques agricoles. Il prend aussi tout son sens au travers de la défense des cultures alimentaires, en opposition aux productions à des fins énergétiques (les agrocarburants par exemple). Enfin, la notion de souveraineté alimentaire accorde également une grande importance à la place des femmes et au rôle majeur qu’elles jouent dans l’agriculture des pays du Sud.

Y a-t-il un lien entre la spéculation sur les marchés agricoles et le « panier de la ménagère » ?

Oui. Les prix des denrées alimentaires sont sous-tendus par de multiples facteurs : état des récoltes, politiques commerciales relatives aux échanges de denrées agricoles, tendances alimentaires mondiales... et la spéculation sur les marchés agricoles participe à cette équation. Depuis l’éclatement de la crise financière en 2007, nombre d’acteurs ont déserté les marchés « traditionnels » pour investir les marchés des produits agricoles qui garantissent des rendements importants. Les volumes de transactions sont immenses : pour la seule place de Chicago, en produits dérivés (contrats par lesquels on fixe à l’avance le prix auquel on peut acheter ou vendre une certaine quantité d’actif sous-jacent), on échange chaque année 46 fois la production mondiale réelle de blé et 24 fois la production mondiale réelle de maïs. Résultat, selon la Banque mondiale, au niveau international, entre septembre 2010 et septembre 2011, les prix des denrées alimentaires ont augmenté en moyenne de 19 %. Les impacts sont énormes dans les pays du Sud mais aussi de plus en plus au Nord. Le « panier de la ménagère » européenne, au bout de la chaine de production, pâtît de la financiarisation du secteur agricole, et même si l’organisation européenne des marchés et des productions nous prémunissent encore un peu des pics et fortes variabilités de prix, ce « rempart » se délite petit à petit. En 2010-2011, selon l’INSEE, les prix alimentaires en France ont augmenté de 3,2 % sur un an (l’inflation moyenne n’était que de 2,1%). Le prix du café a ainsi augmenté de 16,8 %, celui des huiles et margarines de 11%.

Les agrocarburants ont-ils un impact réel sur les prix des produits agricoles ?

Oui. En « détournant des assiettes » des denrées agricoles pour « les diriger vers la pompe », les agrocarburants participent à la flambée des prix alimentaires. En instaurant ( par la Directive européenne du 23 janvier 2008) un objectif d’incorporation minimum de 10 % d’agrocarburants dans la consommation totale de carburants pour les transports, et ce d’ici 2020, l’Europe alimente la crise agricole. Les agricultures familiales des pays du Sud sont particulièrement vulnérables à ce phénomène.

Les agrocarburants sont triplement néfastes :

  • en poussant significativement à la hausse des prix des denrées alimentaires de base
  • en favorisant l’expansion du modèle agro-industriel (modèle peu créateur d’emplois) et la ruée des grands groupes agro-industriels ou énergétiques sur les terres agricoles
  • en générant des impacts environnementaux dûs à la déforestation massive, au recours intensif aux engrais et pesticides et au déplacement des cultures traditionnelles vers des zones plus fragiles.

L’impact de la production d’agrocarburants sur la disponibilité alimentaire et les prix peut s’illustrer par deux exemples :

  • aux Etats-Unis, au même moment qu’en Europe, a également été développée une politique d’incorporation et de soutien aux agrocarburants. En 2010, ce sont 40% de la production annuelle de maïs qui a été détournée de sa destination alimentaire pour être incorporée au carburant. Autant de production indisponible sur les marchés alimentaires qui favorisent les déséquilibres.
  • Les Philippines étaient jusqu’à peu un pays auto-suffisant en riz. Mais avec la ruée sur la production d’huile de palme pour incorporation dans les agrocarburants, ce pays a délaissé cette culture alimentaire. Aujourd’hui, les Philippines sont le premier importateur mondial de riz, dont le prix a doublé sur les marchés locaux en 5 ans.

[1FAO : Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture

[2Données de l’Observatoire français de la formation des prix et des marges des produits alimentaires

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