Un avenir sans faim

Migrations

Pour une approche renouvelée des migrations

Aujourd’hui, la circulation des biens, des informations et des flux financiers ne connait quasiment plus de limite. Un cargo relie Shanghai au Havre en quelques semaines et un ordre de bourse émis à Tokyo est exécuté quasi instantanément à Paris. De progrès techniques en accords internationaux, les barrières commerciales aux échanges ont toutes été levées. A ce « jeu » de la mobilité accrue, les migrants en provenance des pays du sud sont perdants. Confinés aux marges de l’Europe par les dispositifs de surveillance des frontières, maintenus dans la clandestinité par des pratiques administratives arbitraires, les migrants ne cessent de voir leurs droits bafoués. Ces migrants ne doivent pas être les oubliés du débat électoral qui s’ouvre.

Vaines et paradoxales, ces politiques répressives ne prennent pas acte du fait que nous vivons dans un espace interdépendant de mobilité internationale croissante. Encore plus que par le passé, les migrations sont des éléments structurants de nos sociétés. Aucun pays n’échappe à cette réalité, qu’il soit émetteur de flux, terre d’accueil ou de transit de migrants. Selon les Nations Unies il y aurait aujourd’hui 230 millions de migrants. Certains pays émergents sont devenus de véritables « pôles d’attraction » des migrants, et la richesse que constituent les migrations est aujourd’hui internationalement reconnue. Pourtant, encore 18 % des Etats du monde entravent encore la libre-circulation des personnes.

C’est le cas de l’Union Européenne, France en tête, qui entérine cette approche restrictive et inadaptée aux réels enjeux migratoires. Ainsi, dans notre pays qui se replie sans cesse un peu plus sur lui-même, les immigrés voient rogner leur droit au séjour et au travail, leurs droits sociaux et sont finalement victimes de mesures d’éloignement arbitraires. Fondée sur une illusoire fermeture totale du territoire et sur une volonté de contrôle des flux, cette politique tourne le dos aux valeurs de solidarité et de coopération avec ces populations issues de pays défavorisés ou en situation d’instabilité politique ou sociale. Ainsi, en pleine révoltes arabes, les pouvoirs publics ont agité le spectre de l’arrivée massive de populations venues du Maghreb et se sont affranchis des règles de libre circulation en rétablissant les contrôles aux frontières. Le devoir d’assistance à des populations menacées et le respect des droits fondamentaux ont été une nouvelle fois bafoués. Aux portes de l’espace Schengen, du port de Calais à l’île italienne de Lampedusa, les violations des droits humains sont flagrantes et répétées.

Les dispositifs légaux multiplient aussi les difficultés pour les travailleurs sociaux qui assistent les migrants. Ainsi, depuis la destruction de la « jungle » de Calais, les espaces informels de « stationnement » des migrants se multiplient sur toute la côte. Les migrants venus d’Asie centrale (notamment Afghans) et d’Afrique de l’est (Somaliens, Erythréens) survivent dans des conditions précaires. Sujets aux violences et aux traitements inhumains et dégradants, ils espèrent toujours passer en Grande-Bretagne. Cette dérive imprime aussi sa marque sur les relations internationales. Par des accords déséquilibrés, alternant pressions politiques et incitations financières dévoyées, l’Europe oblige des Etats tiers voisins à soutenir ses choix de fermeture et « externalise » son modèle restrictif de politique migratoire et d’asile.

Les candidats à la Présidence de la République devront ainsi montrer que cette France du rejet de l’étranger, n’est pas celle qu’ils entendent construire. Ils devront promouvoir un pays où les valeurs de solidarité reprennent sens et où l’immigration, composante essentielle de la France, s’inscrit dans la normalité de la vie nationale. Le respect des pays du Sud (notamment africains avec qui nous avons des liens historiques et d’amitié forts) devra se traduire dans des politiques migratoires transparentes, ambitieuses et justes. Enfin, la France, devra être en pointe dans la construction, en concertation avec les Nations Unies, d’une gouvernance globale et multilatérale des migrations internationales.

Pour le CCFD-Terre Solidaire et ses partenaires du Sud, les migrants doivent voir leurs droits fondamentaux respectés et cesser de faire l’objet d’une instrumentalisation politique qui en fait des boucs émissaires. Le CCFD-Terre Solidaire identifie deux axes d’actions prioritaires pour une politique humaine et responsable, seule à même de répondre aux défis des migrations internationales et de restaurer l’image de la France auprès de ses partenaires des pays du Sud :

  • Les accords bilatéraux (le plus souvent signés dans l’opacité) et passant outre les intérêts des pays d’origine soumis à la pression, doivent faire place à la construction d’une véritable gouvernance multilatérale.
  • La gestion des migrations doit désormais faire l’objet d’une approche internationale. De fait, les migrations ne peuvent plus relever que des seuls Etats nationaux. En ce sens, la ratification par la France de la convention des Nations Unies pour la protection des droits des travailleurs migrants et leurs familles constitue une première étape.

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